Vacarme 04/05 / démocratie

lieux de mémoire

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Entre le boulevard de Belleville et la rue du Faubourg-du-temple, la rue de la Fontaine-au-Roi se faufile, passant un peu inaperçue par son calme tandis que les bruits de la vie montent de part et d’autre. Pourtant, en me promenant, j’ai trouvé là l’un des mémoriaux les plus simples et les plus bouleversants qui soient.

Je lève la tête, attirée par une plaque commémorative sans allure. « Dans la rue de la Fontaine-au-Roi résista la dernière barricade de la Commune de Paris défendue par ses chefs : E. Varlin, T. Ferre et J. B. Clément. Elle succomba vers midi le 28 mai 1871 au terme de la "Semaine Sanglante". 120 ans après le Parti Socialiste et son premier secrétaire P. Mauroy rendent hommage au Peuple de Paris qui voulut changer la vie et aux 30 000 fusillés du "temps des cerises".

28 mai 1871 / 28 mai 1991".

Un chansonnier, fils de famille bourgeoise en rupture de ban ; un fils de paysans, ouvrier relieur, lecteur de Proudhon et grand initiateur d’organisations ouvrières ; était-ce bien eux qui étaient dans cette rue, sur la dernière barricade ? Peu importe, c’était des membres de l’aristocratie ouvrière ou des artisans, un bout de peuple debout pour une nouvelle justice sociale, un bout de peuple écrasé trop vite et dont on se demande si le mythe ne le rend pas inaccessible, presque impossible.

Troublée, je poursuis mon chemin dans cette rue qui me mène au boulevard de Belleville : au détour des trottoirs bondés, des éclats de voix et des palabres de carrefours, un autre peuple se montre, bien vivant, jetant à la tête des passants la multiplicité de ses couleurs.

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Publiée dans Vacarme 04/05, , page 29.