Vacarme 41 / cahier

Before the First Evening (extrait)

par

Avant le premier soir, nous sommes enclins à le croire, il n’y eut aucun matin.

Peu importe qu’elle ait été patiemment exhumée, la Ville est vouée à disparaître à nouveau.

érodée
usée
par la pluie
le vent
le gel sa
destinée accomplie

Le cœur de la tour, des briques crues.

Une base carrée, sept étages et, tout en haut, un temple.

Très au-dessus des toits blancs de la ville. Gypse et asphalte brillant. Faisant de l’ombre au Temple de la Tête Haute.

Dieu, pourvu d’un bed and breakfast.

Statue de basalte de Lion piétinant Homme.

Les jardins suspendus - sa joie, son monument à elle - toujours regardés comme une merveille.

qui ne se bâtit aucun
monument, une fois
mort n’aura
aucun monument, dés-
inscrit de la mémoire
au moment même où le
son de cloche
décline

L’échelle penche.

Du bruit dans l’appareil photo, des erreurs de lumière. Je questionne les fenêtres, à travers les collines.

Aucune certitude sur la statue de basalte d’un lion piétinant un homme.

Retrouvant les mouvements perdus (vaillant dans les tempêtes, féroce dans l’assaut, intrépide au combat). Dormir est difficile et se réveiller, dur.

Aucune certitude.

Concupiscence et tristesse. Circuits désimprimés. Prophéties contrariées. S mystiques. Bo-do-Lo marchant sur les eaux, de l’autre côté de l’océan, en haut de ses escaliers abrupts. Mouvements de poisson et vol d’oiseaux, vents et courants. Bois médiocrement séché, mal entretenu.
Mais

ne maudis pas
le jour avant d’avoir
vu la nuit

Mort des idées.

Jour de repos de Dieu - éternel. Le huitième jour est le nôtre.

Le temple peut être rebâti, une ville reconstruite, outrepassant l’année logique. La semence ne trouve aucun repos. Traverse les bassines, localement appelées vallées, nue dans un champ de fleurs.

La chair, le scandale de l’âme. De l’or dans la fournaise, des objets non digérés dans les ventres de poisson.

Les vêtements mis.

La consolation - Janet me corrige - n’est pas que si vous avez des rats, vous n’avez pas de souris. (Vrai, peut-être, mais guère consolateur.) C’est que si vous avez des souris, vous savez que vous n’avez pas de rats.

Une « langue étrangère » ne veut pas dire « la langue d’un étranger ».

« Locuteur natif » ne veut pas dire citoyen.

(Nous devons désorganiser l’âme.)

Je me rappelle comment, enfant, lorsque mon père m’a demandé mon plus ancien souvenir, je lui ai dit que je me souvenais, dans une maison de South Neosho (où nous avions vécu quand j’allais au jardin d’enfants), d’une vitre ovale dans la porte d’entrée.

Il a ri, il a dit qu’il n’y avait jamais eu une chose pareille - puis il s’est arrêté, devenu soudain sérieux, et il a dit que je ne pouvais pas m’en souvenir. La vitre ovale, il a prétendu, n’était pas à South Neosho, mais dans la porte d’une autre maison, encore avant, une maison dont nous étions partis quand j’étais âgé de quelques semaines, la maison où je suis né.

Sémiramis - si je me souviens - était originaire d’une région vallonnée, et quand elle s’est retrouvée dans la plaine, la prairie l’ennuyant à mourir, elle a construit elle-même un jardin grandiose, elle l’a disposé en terrasses, grandement, lui donnant la forme d’une montagne dans son esprit.

Bon. Mais peut-être pas.

La femme d’un roi qui mangeait de l’herbe.

Peut-être.

Ou peut-être n’a jamais existé. Mais d’un autre côté, a peut-être fondé la ville archétype, la ville monstrueuse, Babylone.

« Porte de Dieu. »

« Bois de la Vie. »

« Ville du Canal » ?

Post-scriptum

Traduit de l’américain par Eric Houser.

Le traducteur remercie Iouri Berline.

Keith Waldrop, Semiramis if I remember (self-portrait as mask), Avec Books, 2001

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Publiée dans Vacarme 41, , pp. 42-43.