séquences

Djamel : Le site ici, il a créé la vie. Il a créé quand même le brassage, des règles, une vie sociale, etc., etc. Que ce soit ici à la cité d’Italie... ou dans les autres quartiers d’Uckange, il a quand même créé la vie. Y’a beaucoup de gens qui sont venus de divers horizons, de partout, du Sud de l’Europe, de l’Est de l’Europe, du bassin méditerranéen ; et ça crée la vie... Je trouve que c’est un peu dommage qu’on gomme ça d’un coup sec.

Je crois que la plupart des gens ici... on a vécu avec l’usine. Moi j’aurais jamais connu Hamid par exemple, ici à Uckange, à la cité d’Italie. Je serais peut-être né en Algérie, je serais peut-être né à Marseille, je serais peut-être né, je sais pas moi, ailleurs. Mais je suis né à Uckange parce que mon père, il travaille en France. Mon père, mon grand-père et les gens du même village que mes parents en Algérie qui connaissent parfaitement Uckange, y connaissent bien la cité d’Italie parce que... La cité... l’usine... Elle a formé, enfin, elle a créé la vie quoi (...)

Hamid : T’imagines que la ville d’Uckange c’était un corps humain et l’usine c’était en même temps le cœur et le cerveau.

(séquence 5)


Jean-Marie : J’ai passé combien de temps dans ces bâtiments... de 1988 ou 89 à 96... Oui, huit ou neuf ans. Huit ans j’crois. Qu’on garde un vestige de la sidérurgie lorraine, ça me paraît normal, et on le gardera dans le dernier endroit où il y en aura... Donc à Hayange à mon avis. Et j’ose espérer que se sera le plus tard possible.

Laurent. Tu dis ça comme un vœu pieux. Je crois que tu t’en fous en fait.

Jean-Marie : Non ! Quoi ? la sidérurgie ? Pas du tout. Pas du tout. Ça fait vivre encore, je sais pas... Bien 15 000 Lorrains vivent grâce à la sidérurgie. Il y a peut-être pas 15 000 travailleurs mais enfin... avec la sous-traitance, avec les familles, etc., avec les commerçants, il y a bien 15 000 personnes qui vivent encore de la sidérurgie en Lorraine... Au moins.

Laurent : Et il y a 50 ans ?

Jean-Marie : Il y a 50 ans, il y en avait 150 000... Facilement... La Lorraine s’est dépeuplée. De toute façon, je parle en personnes qui vivent, pas en travailleurs !... il y a pas eu 135 000 suppressions d’emplois. Mais qu’il y en ait eu avec les mineurs... 70 000, c’est à peu près ça, quoi. Mais les chiffres, moi..., c’est vrai que j’ai oublié pas mal de choses en cinq ans. Faut pas dire que je m’en fiche mais enfin... ! Beaucoup de choses que je ne sais plus. On se détache, on se détache énormément. On devient égoïste, on pense plus aux autres, c’est vrai.

(séquence 6)


Bernard Boczkowski : Eh bien oui, on a toujours été roulés, parce que moi je me rappelle bien, il y a des hommes politiques qui voulaient être élus en ce temps-là, qui disaient : « Jamais la fermeture des mines. C’est la richesse de la France... On fermera pas les mines ! » Eh bien toutes les mines de fer ont été fermées.

Bernard Bodzuk : On nous a exploités quand la mine marchait, on a travaillé comme des dingues pour rien. Et puis maintenant encore on veut nous exploiter avec l’eau. Alors finalement on a été exploités ; moi j’ai été licencié parce qu’on a fermé la mine. Et puis en plus de tous les malheurs qu’on a eu jusqu’à maintenant, eh bien, ils veulent que ça continue quoi. Ils s’en foutent de l’être humain, c’est tout. Voilà.

(Séquence 13)


Christian Pierret (secrétaire d’État à l’Industrie en 2000) : Alors une réunion très solide, fructueuse qui a permis aux élus de s’exprimer très largement ainsi qu’aux associations et a permis de... de... de parvenir à une décision. C’est la constitution nécessaire d’un groupe de pilotage international, comprenant des experts, français et étrangers. Un groupe d’experts qui doit étudier complètement au plan technique, au plan économique, au plan du coût, au plan de toutes les difficultés qui peuvent naître des deux solutions : pas d’ennoyage ou ennoyage.

(séquence 23)


Didier Rizzotto, « James Dean » : J’ai été en Australie, j’ai un peu travaillé là-bas mais il y avait rien d’officiel non plus. C’est pas évident. Il y a du travail là-bas... mais l’immigration est pas mal contrôlée... Comme dans tous les pays riches. Et puis, je comptais rester plus longtemps... puis, bon, ça a foiré, quoi... J’ai failli me marier, t’imagines ! ! ! J’ai rien contre le mariage mais je suis pas pressé. Et puis donc je suis rentré. Ici c’est lourd, quand tu veux faire quelque chose, ça prend du temps. Il y a des groupes, comment on dit ça, des corporatismes qui bloquent tout. On parle de travail, c’est vrai que... le monde du travail c’est quand même... c’est la guerre, quoi. C’est vrai. Et comme en ce moment, je suis dans le travail tous les jours, quelque part ça mine un peu. Bon, je le fais pas pour rien non plus, donc je me plains pas. Mais c’est vrai que...C’est la guerre, le travail.

(séquence 11)


Omar : Je me suis battu, je me suis dit : je vais avoir des papiers d’identité, après ça ira mieux, j’aurais du travail. Eh bien non : il y a rien qui a changé. La seule chose qui a changé c’est que j’ai plus un récépissé de carte de séjour, j’ai une carte de séjour. La différence, ça veux dire qu’avant j’allais à la préfecture tous les trois mois ; eh bien maintenant j’ai plus besoin d’y aller qu’une fois tous les dix ans. C’est la seule différence. C’est tout. Donc quelque part, bon, ça me laisse une certaine richesse de temps, on va dire. Moi je vois comment que le monde il va, et je vois qu’on veut pas me donner mes chances de m’insérer dans la société ; et comme j’ai pas envie de faire du mal à mon prochain, eh bien... je vais me faire du mal qu’à moi-même. C’est-à-dire que je vais m’enlever la vie quoi. Un jour, un jour, je sais pas, ce sera peut-être dans deux ans, trois ans ou quatre ans suivant mon mental, mon moral. Parce que je suis passé par des épreuves qui sont trop difficiles.

Laurent : Omar, en faisant un acte aussi grave tu ne prouveras rien à personne ; ce sera juste un anonyme de plus qui va disparaître.

Omar : Eh bien, qu’est-ce que tu veux que je te dise, moi ? Tu sais, Gandhi, il est appelé aussi à devenir anonyme, il a fait des choses merveilleuses, il a préché la non-violence. Il y a des gens, ils savent même pas qui est Gandhi. Et il a foutu les Anglais hors de son pays, et il a tué personne. Hier le travail c’était une corvée, c’était donné aux esclaves. Aujourd’hui le travail c’est un luxe ; c’est un luxe, aujourd’hui, le travail. C’est un luxe, et moi il y a très longtemps que je le sais, il y a longtemps que je le sais que c’est un luxe.

(séquence 20)


Didier : La ville elle crève, il n’y a plus rien. Tu as juste à prendre ta caméra et remonter la rue de Verdun, il n’y a plus rien d’ouvert. Écoute, On a eu les socialos, on a eu la gauche, on a eu les démocrates, on a eu tout ce que tu veux. Bon, eh bien maintenant tout le monde en a marre. Alors tant qu’à faire... Tu vires ailleurs, donc c’est pour ça que je me suis mis sur une liste de droite, même d’extrême-droite, j’ai pas peur de le dire.

Laurent : Mais, il y a quoi comme propositions dans le programme du Front National ?

Didier : Eh bien écoute, hein, je les connais pas par cœur. La première des choses, c’est déjà supprimer le stationnement payant. Parce qu’il y a déjà plus un chat qui vient à Hayange, alors, si ils veulent que Hayange soit une ville qui vive. Bon, faudrait peut-être que les gens s’arrêtent, hein.

(séquence 25)


Laurent : Et le bruit ?

Roger : Ça me dérange pas. On s’habitue.

Laurent : C’est vrai ?

Roger : On s’habitue au bruit. Des fois quand ça pète fort la nuit, tu te réveilles et puis tu te rendors aussi vite. Ça fait plus du tout d’effet le bruit, c’est pas grave ça. Tant qu’il y a du bruit, c’est qu’il y a des gens qui travaillent. Non ?

Laurent : Pour toi, il est symbole d’espoir ce bruit ?

Roger : J’espère, oui, que ça va durer, mais bon, je suis pessimiste. Encore dix ans et puis c’est fini.

Laurent : Tu crois ?

Roger : C’est ce que les politiques disent, de toute façon. Tout le monde pense la même chose. Ils nous ont fait tout un pataquès dans le journal parce qu’ils ont réussi à faire venir une usine américaine avec dix emplois à la clef. Attends, faut pas qu’y se foutent de la gueule du monde non plus !

(séquence 9)

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Publiée dans Vacarme 21, , pp. 109-117.