Vacarme 24 / arsenal

exils, mélanges, miroirs

entretien avec Nuruddin Farah

entretien réalisé par Michel Agier

L’exil est une expérience de l’arrachement. Arrachement que prolonge la réminiscence, qui assène sans sommation son cortège de voix et de parfums perdus. Puis, c’est la question du retour. Revenir. Revenir ? Nuruddin Farah, l’un des rares créateurs somaliens à prendre le parti de l’exil face à la brutalité du dictateur Siyad Barre, ne sait où revenir. Siyad Barre fut déchû en 1991. Et ce jour de délivrance est aussi devenu celui de l’exil en Somalie. Flots de réfugiés fuyant la violence des combats que mènent ces prétendants au pouvoir toujours plus nombreux et improbables. Mais aussi, exil d’un pays en lui-même, en deçà de lui-même. Etre en Somalie, c’est assister impuissant à la déchéance d’un pays sans pouvoir, un pays sans loi, un pays sans dehors, non plus, tant est immense l’indifférence du monde. L’exil somalien, c’est aujourd’hui la Somalie au lieu même de la Somalie. Revenir sur sa terre lorsque le sol s’y dérobe ? Revenir ?

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Traduction de l’anglais par Guillaume Cingal