Vacarme 25 / arsenal

une voix publique

entretien réalisé par Malika Amaouche, Sylvain Dambrine & Antonin Sopena

Claire Carthonnet lutte depuis plusieurs années pour imposer, au sein d’un discours public sur la prostitution excluant les premières intéressées [1], la parole d’une prostituée autonome parlant en son nom propre et instituant sa propre légitimité. Militante à Cabiria [2], elle s’est retrouvée au premier plan de la mobilisation des prostituées suscitée par la loi pour la sécurité intérieure, de son projet à son adoption [3]. De ce mouvement, initié l’été dernier, on rappellera qu’il fut l’un des premiers à opposer une réaction aux conséquences, très concrètes, des mesures du nouveau gouvernement, et que, bien qu’il constituât un véritable événement politique, il dut compter sur un soutien extérieur très rare, notamment en raison d’une féroce querelle des féminismes. Récit d’une mobilisation, de son essoufflement aussi, qui se voit aujourd’hui astreinte, par les incohérences délibérées de l’application de la loi, et parce que des vies sont en jeu, à une position de résistance.

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Claire Carthonnet a publié J’ai des choses à vous dire aux éditions Robert Laffont, Paris, 2003.

[1] Nous suivons dans cet entretien le choix de féminisation majoritairement adopté par Claire Carthonnet. La féminisation de « prostitué » et des mots s’y rapportant recouvre la prostitution féminine, masculine et transgenre.

[2] Cabiria est une association lyonnaise de santé communautaire travaillant à parité avec des prostituées. Elle tient depuis mai 2002 un journal des répressions, inventoriant les violences subies par les prostituées en région lyonnaise (voir vacarme.eu.org/article363). Sur l’action européenne de Cabiria, voir Vacarme n°23, pp. 29-30.

[3] La loi n° 2003-239 du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure sanctionne, entre autres, le délit de racolage et la prostitution motorisée par des peines maximales de deux mois d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende (art. 225-10-1 et 4 du Code pénal). La loi prévoit également le retrait de la carte de séjour aux prostituées étrangères régularisées (modification de l’article 12 de l’ordonnance du 2 novembre 1945 modifiée), et soumet le droit au séjour pour les étrangères à un véritable chantage à la délation. L’octroi d’une autorisation provisoire de séjour est en effet désormais suspendu au dépôt d’une plainte ou au témoignage dans une procédure pénale contre le proxénète supposé, avec délivrance d’une carte de résident en cas de condamnation définitive. Son application est principalement effective depuis avril ; une circulaire du ministère de la Justice datant du 3 juin est censée la prendre en charge au niveau national. On assiste surtout en réalité à des jugements en comparution immédiate pour les prostituées étrangères sans-papiers.