Vacarme 46 / lignes

savoir des usagers : de quoi parle-t-on ?

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La question des drogues illégales s’est comme repliée. À peine émergée, la parole de leurs usagers a disparu. Recul tactique en ces temps de droite dure ? Reflux de visibilité, la férocité du sida appa-remment calmée ? Dépolitisation de la question, dans son prétendu rabat sur le champ médical ? Rien n’est pourtant réglé. Les prisons se remplissent, les consommations progressent, la santé des consommateurs fait l’objet de préoccupations constantes. Comment (re)prendre la question ? Avec cet article s’ouvre dans Vacarme une nouvelle ligne qui, de numéro en numéro, interrogera les points critiques de la gestion actuelle des drogues. Pour commencer, retour sur un problème qui travaille le champ depuis quinze ans : quelle place donner au savoir des consommateurs ? Et surtout, peut-être, de quoi ce savoir est-il fait ?

Il y a ne serait-ce que cinquante ans, les expérimentations de psychotropes se nouaient à la production de savoirs. Walter Benjamin avant la guerre, Henri Michaux dans les années qui la suivent, Albert Hofmann, découvreur par accident du LSD en 1943, vivaient des expériences, dans l’ordre de l’intime, en même temps qu’ils menaient des expériences de consommation de drogues, sous le regard souvent de compagnons attentifs. Leurs explorations poétiques de l’imaginaire, interrogations sur le fonctionnement du psychisme, venaient nourrir le savoir commun, comme celles des mouvements psychédéliques qui prétendirent plus tard « ouvrir les portes de la perception ». Aujourd’hui la question est tout autre. Pris dans le vis-à-vis de la médecine et des interdictions légales, les savoirs construits dans la consommation de drogues sont par avance discrédités par la figure du « toxicomane », symbole de déchéance et d’exclusion, agi par le produit et qui s’échappe à lui-même — sinon privé de savoir, au moins porteur d’un savoir destructeur, et toujours susceptible de prosélytisme. Le sida est passé par là, objectera-t-on, et ces savoirs ont trouvé depuis quinze ans le modèle alternatif d’un savoir de malade construit dans la lutte contre l’épidémie, qui lui confère une dimension positive (qui sait mieux les effets d’un produit ou d’une maladie que celui qui les expérimente dans son propre corps ?). Mais ce retournement s’est fait au prix d’un décentrement de l’expérience propre des drogues, la dimension expérimentale se trouvant rabattue sur la maladie. Et lorsque le secteur du soin vient solliciter l’éclairage des usagers de drogues, l’ambiguïté perdure : toute l’histoire du mouvement de la réduction des risques, inventé en contre-feu de la prohibition des drogues pour lutter contre la propagation des grandes épidémies virales (sida, hépatites), aura été d’avoir accès aux savoirs ou compétences techniques de leurs usagers d’abord (connaître le détail de leurs pratiques, pour savoir par où passe le virus), pour les renforcer ensuite (informer sur l’asepsie des gestes ou distribuer des seringues). Ce dans une épreuve constante avec les pouvoirs publics, occupés pour leur part à borner le domaine. Dans quelle mesure l’effort pour faire reculer la prise de risque ne se renverse-t-il pas en acceptation des pratiques, la nécessité de parler vrai (d’entendre le plaisir qu’on prend à consommer des drogues) en incitation à l’usage ? Telle est la limite chaque fois posée par le législateur aux auteurs de messages de prévention, parfois de manière forte — on se souvient du procès intenté à l’association Techno+ pour avoir « incité à l’usage » en diffusant des flyers de prévention [1]. Telle était la question (re)posée au printemps dernier par le gouvernement canadien lorsqu’il se refusa à diffuser les cinq cent mille exemplaires du livret « Savoir plus, risquer moins » achetés par son prédécesseur à la Mission interministérielle (française) de lutte contre les drogues, arguant que « le contenu de l’ouvrage, pourtant basé sur des faits scientifiques, [est] trop ambigu (il décrit entre autres les sensations agréables que peuvent procurer certaines drogues) et nuancé (il ne met pas assez l’accent sur les dangers de la consommation et la nécessité de ne pas consommer ou d’arrêter de consommer [2]) ». L’empowerment des consommateurs de drogues, le renforcement de leur savoir, sont tout à la fois la pointe et la limite des politiques de prévention : la seule façon de continuer d’avancer pour qui cherche à les sécuriser, mais le point où pourrait se produire un renversement pour qui s’efforce de brider les pratiques. Ce savoir continue d’inquiéter.

Peut-être suffit-il cependant de suspendre son jugement et de s’extraire de modèles qui, loin de tout expliquer, masquent des pratiques tenues discrètes, pour aller interroger les usages ou écouter ce que disent les consommateurs [3]. On y verra d’abord qu’à privilégier le prisme du soin, le risque est de perdre l’objet en route. Car assignés à leur seule capacité à limiter les risques sanitaires, les savoirs des usagers de drogues pâlissent de leur confrontation aux savoirs institués. Ils perdent aussi leur objet spécifique, qui est de cultiver des effets, non d’en gérer les conséquences médicales.

Qu’est-ce en effet, à traits rapides, que ce savoir ? Un corpus de connaissance excessivement flottant d’abord, parce que contraint de l’être par le régime d’illégalité des pratiques : développé dans l’oralité, sur la base de produits instables, et sans visibilité des expérimentations des autres. Imprécis pour commencer, car il n’a d’autre choix que de s’appuyer sur des transactions orales, et ce dès l’approvisionnement en produits. À entendre les histoires des uns et des autres en effet, les critères d’identification des substances sont de trois sortes. Le premier est linguistique, c’est l’appellation qu’on donne au produit — mais le vocabulaire, ici, n’est pas celui de la science, ni même celui du langage commun, c’est celui de la rue, ou de la personne qui le vend. Le second tient à l’apparence ou au conditionnement qui, à défaut de notice, donnent des indications grossières : un micro-carré de buvard signifiera le plus souvent LSD (on y verse une goutte du produit), cachet veut globalement dire dance pill (pilule à danser, selon un mélange variable d’ecstasy et d’amphétamines), la poudre sera d’héroïne, de kétamine, de speed (amphétamines) ou de cocaïne, d’autres critères (le prix, la couleur, le goût) venant départager la chose. Le troisième est un critère de confiance : faute de moyens d’identification précis du produit, on fait confiance à un ami, qui lui-même a un dealer de confiance, qui lui-même dit se porter garant de ce qu’il vend. Ce régime d’oralité n’est pas sans conséquence. Aujourd’hui l’héroïne se vend sous l’appellation de rabla à des jeunes qui, tout prévenus qu’ils soient du potentiel addictogène de l’héroïne et des risques d’overdose qu’elle présente, la prennent pour une « substance naturelle telle que l’opium. » [4]. Au tournant des années 2000, le crack, cette drogue de rue, objet de toutes les préventions et tous les alarmismes, était fumé dans des milieux divers et parfois très aisés qui y voyaient de la « cocaïne basée » sans que le rapprochement ait souvent été fait ; et si les deux termes sont de plus en plus souvent admis comme synonymes aujourd’hui, il faut y voir le résultat d’années d’obstination des associations à clarifier les choses, tant l’inertie du langage est grande et plus encore la résistance à se voir associer à l’image de la déchéance. L’approximation d’autre part est renforcée par l’ignorance de la composition réelle des produits. Comme chacun le sait en effet, illégalité veut dire marché noir et marché noir adultération des produits : les consommateurs qui s’y fournissent ne savent donc jamais ou presque dans quelle proportion se trouve la substance recherchée dans ce qu’ils ont en main, si tant est qu’elle y soit présente, ni quels produits adultérants ont été employés pour la couper. Enfin, troisième problème, la segmentation du champ entrave l’accès aux connaissances accumulées par les autres : parce que les pratiques de consommation de drogues sont clandestines, elles sont globalement étanches et invisibles, non seulement au reste de la société, mais les unes aux autres. Parce que les moyens de se faire une idée de ce que font les autres groupes de consommateurs sont rares sinon absents, chacun construit à partir de ses moyens propres ses références, ses règles de comportement, ses procédés de gestion des risques. Difficile dès lors de parler du ou d’un savoir des usagers de drogues, et il est certain que les règles, apprentissages et connaissances varieront considérablement selon que l’on se trouve dans un groupe de lycéens dévalisant les pharmacies familiales pour expérimenter des produits à l’aveugle [5], ou un groupe d’anciens soixante-huitards accumulant de l’expertise depuis des années [6].

Mais, si contraints qu’ils soient de s’en tenir à des expérimentations locales et des données instables, les consommateurs de substances psychoactives n’en ont pas moins un savoir propre, et un objet spécifique : celui des effets des produits. Savoir « se droguer », c’est moins avoir appris à consommer sans risques qu’avoir appris à obtenir les effets que l’on recherche, à doser correctement le produit, accompagner l’apparition progressive de ses effets (la « montée »), les faire durer autant qu’on le souhaite, supporter ensuite les heurts et contrecoups du retour à la normale (la « descente ») : en d’autres termes, savoir maîtriser l’utilisation, festive, récréative, de défonce, autothérapeutique, des propriétés psychotropes de produits. Cette compétence se décline globalement sur trois plans : elle suppose d’avoir appris à identifier et mettre en forme ces effets, de savoir gérer des séquences de consommation, et de faire face aux phénomènes indésirables ou secondaires qui en découlent. Aucune substance psychotrope tout d’abord, qu’elle soit naturelle ou synthétisée, ne présente un effet unique ou ne produit un seul changement, toutes produisent un ensemble de modifications cellulaires, physiologiques et psychologiques, qui, selon les usages (ce qu’on veut en faire) et les dosages (ceux qu’on veut faire ressortir) vont, pour certains être soulignés, pour d’autres estompés, être considérés comme primordiaux ou comme secondaires, triés en quelque sorte et dégagés dans une masse d’effets complexes [7]. De même que les jazzmen américains décrits par Howard S. Becker dans les années 1950 apprenaient ainsi à décrypter et interpréter les sensations de la marijuana et à y prendre du plaisir dans la compagnie de fumeurs plus expérimentés [8], de même tout usager de substances psychoactives, à commencer par les très nombreux consommateurs de tabac ou d’alcool, a d’abord appris à identifier et éprouver les effets de ces produits avec l’aide de son entourage, trier en eux ce qui l’intéressait, réduire l’étrangeté du phénomène. Prendre des drogues impose par ailleurs de gérer des séquences de consommation. Car il ne s’agit pas seulement d’obtenir des effets particuliers, mais de les faire durer, de les relancer, d’en revenir, éventuellement d’y revenir plus tard. D’où les « montées », « descentes », « décrochages », et une forme de savoir qui s’ajuste à la temporalité de ces expériences, intégrant des connaissances, mêmes très empiriques, sur la durée de vie des molécules, la façon dont elles se potentialisent mutuellement et dont leurs effets s’estompent progressivement — des notions, en d’autres termes, de pharmacocinétique et de pharmacodynamique. Enfin, troisième plan de déploiement de ces savoirs d’usage, une forme de clinique de la consommation se construit dans les pratiques : un repérage, non seulement des effets dégagés comme « principaux », boostants, relaxants, planants, stimulants, hallucinatoires, pour lesquels on les prend, mais aussi des arrière-plans qui en découlent : effets indésirables (qui peuvent survenir par accident) ou secondaires (non recherchés mais qui résultent de l’action du produit), qui demandent autant de réactions et se gèrent avec les moyens du bord, de la prise en charge collective des bad trips ou crises de panique engageant le plus souvent des procédés de réassurance (on reste présent et rassure jusqu’à ce que ce mauvais moment prenne fin), à l’invention de toutes sortes de procédés pour faire face aux désagréments de la « descente », du bain chaud à la médication de ces moments de décompression difficiles.

Fragile, obscur et fruit d’un bricolage perpétuel, le savoir des usagers de drogues a donc un objet réel. Il déploie au fond une pharmacologie — au sens où l’entend tout simplement ledictionnaire, d’« étude des médicaments, de leur action et de leur emploi » — à la fois très proche et très différente de celle des médecins : usant des mêmes produits même s’il les détourne vers d’autres usages (en jouant le plus souvent sur des dosages), cherchant à exploiter leurs effets psychotropes plutôt que leurs vertus thérapeutiques (même si thérapeutique et recherche d’effets peuvent ici coïncider), manipulant un savoir exclusivement centré sur les effets là où les médecins manipulent également un savoir des causes (des mécanismes cellulaires sur lesquels agissent les molécules), et qui à l’occasion peut faire appel au même type de compétence : au repérage de signes cliniques et à la construction progressive d’un savoir empirique. Mais ce savoir n’est pas seulement assujetti ou disqualifié par la hiérarchie des connaissances et des sciences, comme peut l’être un savoir de malade qui peine à se faire entendre de l’autorité médicale, il est également condamnable. Tout le problème est dès lors de savoir quoi en faire. Mi-cyniques, mi-tête dans le sable, les pouvoirs publics paraissent s’accommoder sans peine de l’obscurité dans laquelle les pratiques se développent : joint à la conscience des risques présentés par l’usage de substances psychotropes, le règne de l’approximation semble avoir vocation ici à éloigner les amateurs — quitte à laisser à leur triste sort les individus qui auront franchi la ligne, et n’auront jamais que les ennuis qu’ils se seront attirés. Mais chacun sait que cette politique échoue. D’année en année, le marché se développant ou mutant sans cesse, le recours aux produits illicites progresse, la cocaïne gagne d’autres milieux, de nouvelles substances apparaissent, de nouveaux modes de consommation se propagent : les expérimentations perdurent, et l’invention ne s’y dément jamais. Et c’est sur leur versant médical, non sur leur aptitude à expérimenter de nouvelles molécules ou d’autres façon de les utiliser, que les savoirs des consommateurs sont les plus faibles. Les effets des produits sur les corps leur sont mal connus (qui sait inférer d’urines trop foncées que les reins souffrent, et qu’il vaut mieux lever le pied ?), départager ce qui paraît « bon pour soi » de ce qui vous est vraiment dommageable présente de vraies difficultés (cette cocaïne qui semble avoir si bien stimulé mon immunité ne met-elle pas surtout en péril mon coeur ?), et les ressources sont rares lorsque face à un accident les procédés de réassurance ne suffisent plus. Que leurs connaissances soient précaires, beaucoup le savent d’ailleurs de façon plus ou moins confuse — en témoigne le doute suscité par la notion de « savoir » des usagers de drogues dans les milieux consommateurs eux-mêmes, balançant entre la certitude qu’il y a là du savoir, parce qu’il y a là des pratiques, du vécu, de l’expérience, et le pressentiment que ce savoir est faible, ou tout du moins partiel. Car si la connaissance ici n’est pas sans assise, elle présente les revers d’un savoir empirique, constitué comme on l’a vu dans la transmission orale, et sur la base de produits de composition incertaine. Le problème du savoir des usagers de drogues c’est d’être le fruit d’une culture de l’oralité développée dans une société savante. Sa précarité contraste avec la fermeté de la science, et nul besoin sans doute d’être épistémologue pour pressentir que sans garantie sur la composition des produits ni reproductibilité des expériences, une tradition cumulative n’est guère possible ; que sans écriture pour fixer les données, les possibilités critiques s’émoussent ; que lorsque la parole est l’unique mode de transmission la rumeur est plus difficile à contrer ; ou quand les bases d’un savoir minimal font défaut, la position sociale de celui qui parle prend le plus souvent le pas sur l’objectivation des données [9]. Les usagers de drogues ont sans doute raison de se méfier de leur propre savoir : le sol bouge sans cesse.

Les associations ont d’ailleurs bien perçu la chose qui, par-delà leur rôle de mise à disposition d’outils de réduction des risques et de vulgarisation des savoirs médicaux, cherchent à fixer inlassablement ce qui peut l’être. Sans doute faut-il comprendre à ce jour la production d’innombrables lexiques, glossaires, flyers, souvent redondants d’une association à l’autre, qui répondent à la nécessité de nommer et de clarifier les termes, de fixer les acquis dégagés ensemble, d’organiser la confrontation des points de vue et d’opposer chaque fois que possible des écrits et des données à la rumeur — en d’autres termes de résister à ce mouvement perpétuel. Points de contact entre différents milieux d’usagers, lieux de croisements où se mettent en forme des connaissances, elles permettent par ailleurs que se dessinent des paysages de consommation et jouent un rôle essentiel dans la visibilisation des pratiques et la construction d’un savoir collectif. Certaines se sont même attaquées au problème de la composition des produits, montrant en quelques années combien le désir de réduire la part d’incertitude est grand et le milieu réactif aux moyens qu’on lui propose. Au tournant des années 2000, quelques programmes d’analyse rapide des produits (testing) furent proposés dans des structures de « première ligne » intervenant dans les fêtes techno (raves et free parties). Basée sur une technique passablement imprécise (un test ne délivrant que des présomptions de composition), l’initiative prenait prétexte du contact avec les usagers pour leur délivrer diverses informations (mises en garde relatives à la consommation, conseils de réduction des risques ou suivi médico/social) et plaçait au centre de la prévention l’enrichissement de leurs connaissances. Interdit en 2005, le dispositif a fait long feu. Mais non sans avoir montré son utilité : après trois ans de fonctionnement, les associations relevaient pour les cachets d’ecstasy une amélioration du niveau d’adéquation entre le contenu supposé par les consommateurs et le contenu objectivé par les analyses en laboratoire. « Domestication du marché par les usagers », comme le pensaient leurs membres ? Professionnalisation des filières de fabrication et d’approvisionnement, comme l’ont avancé des chercheurs [10] ? L’empowerment des usagers, l’enrichissement de leur savoir, leur avaient permis quoi qu’il en soit de peser sur le marché et de réduire la part des coupes et des mensonges. L’incertitude s’était réduite, et avec elle le risque de payer, parfois fort cher, les effets de situations par trop changeantes, et trop imprévisibles.

N’en déplaise aux nouvelles voix de la guerre aux drogues et aux drogués qui, tirant dans un méchant mot d’esprit la voix active (usagers de drogues) vers la voix passive (usagés de drogues), assignent les consommateurs à une soumission passive aux produits, la recherche d’effets psychotropes est le lieu d’un usage actif des drogues dans lequel, aussi singulier soit-il, se déploient la réalité d’un savoir et la liberté d’une pratique. Toute la question est de prendre ce savoir pour ce qu’il est : non pas un demi-savoir de la réduction des risques, un sous-savoir médical, mais en son coeur, un vrai savoir des effets des produits, expérimental, empirique, collectif, et sur ses bords, un savoir partiel des conséquences médicales des consommations, qui souffre de l’indécision des savoirs institués à son égard. Plutôt que de nourrir sans cesse son instabilité, ne vaudrait-il pas mieux lui offrir les moyens de la réduire ? Autoriser à nouveau le testing, systématiser les études sur les conséquences somatiques des consommations récréatives, aux dosages que requièrent cette activité, former les médecins généralistes à l’approche de ces questions nouvelles de façon qu’ils puissent répondre, avec le respect et le sérieux qui conviennent, aux sollicitations des personnes qui utilisent des produits psychoactifs, constitueraient autant de moyens de raffermir un peu le sol. À défaut de pouvoir convaincre les pouvoirs publics, il se pourrait bien qu’ici la balle soit dans le camp de la médecine et de la science.

Notes

[1Ce procès qui a eu lieu en 2003 faisait suite à une plainte portée par le procureur du tribunal de grande instance de Paris pour avoir « facilité et provoqué l’usage de stupéfiants » par le biais de deux documents. Le premier, Drug mix, informait sur les risques de la polyconsommation de drogues, le second, Sniff propre, sur les conséquences d’une mauvaise hygiène lors de la prise de drogue par le nez. http://www.technoplus.org

[2Ce livret diffusé en France en 2000 par millions d’exemplaires avait été adapté dès 2001 au contexte québécois, où il a connu trois éditions successives http://txsubstitution.blogspot.com/...

[3Cet article s’appuie sur des observations et entretiens réalisés avec une petite vingtaine de consommateurs actifs ou ayant consommé dans le cadre d’une recherche menée sur les savoirs des usagers de drogues entre 1999 et 2004 (financement Sidaction).

[4Rapport TREND, Phénomènes émergents liés aux drogues en 2006, février 2008, p.68 (disponible en ligne).

[5Sur ce sujet voir entre autres Sophie Le Garrec, Ces ados qui « en prennent ». Sociologie des consommations toxiques adolescentes, Presses universitaires du Mirail, 2002.

[6Sur la variété des mécanismes de contrôle d’un groupe à l’autre, voir Tom Decorte, « Mécanismes d’auto-régulation chez les consommateurs de drogues illégales. Étude ethnographique sur des consommateurs de cocaïne et de crack à Anvers (Belgique) », in : Société avec drogues. Enjeux et limites, sous la dir. de C. Faugeron et M. Kokoreff, Erès, 2002.

[7Sur cette question voir Michael Montagne, « De l’activité pharmacologique à l’usage des drogues : la construction des connaissances sur les psychotropes » in D. Cohen & G. Pérodeau, « Drogues et médicaments mis en contexte », Santé mentale au Québec, 1996, XXII, 1, p. 149-163.

[8Howard S. Becker, Outsiders (1963).

[9À ce sujet voir Jack Goody, La raison graphique, Minuit, 1979.

[10Cf. Patrick Beauverie, Stéphane Le Vu, To test or not to test ? Reconnaissance et analyse des drogues : tout est question de temps, et de lien. 28 juin 2004. http://www.anitea.fr/documents/docu...