Vacarme 47 / lignes

la liane guadeloupéenne

par Michel Agier & Christian Cécile

Christian Cécile est anthropologue. Guadeloupéen, il vit à Cayenne depuis plus de dix ans où il enseigne à l’université Antilles-Guyane. C’est là que nous nous sommes rencontrés, lors d’un séminaire sur le carnaval de Cayenne — il battait son plein [1]. Le mercredi des cendres à Cayenne était le trente-septième jour de lutte contre la pwofitasyon à Pointe-à-Pitre : nous avons essayé de comprendre ce qui se (re)jouait tout près de là, sur la scène guadeloupéenne. M.A.

Observer la Guadeloupe en lutte depuis le carnaval de Cayenne, c’est méditer une évidence : ce sont là des sociétés et des cultures issues de l’esclavage. « Dans le schéma social actuel,résume Christian Cécile, ceux qui ont le pouvoir économique, en Martinique et en Guyane comme en Guadeloupe, ce sont des Blancs en majorité ; et les dominés, ceux qui n’ont rien, sont plutôt des Noirs. Nous faisons le parallèle, bien sûr, avec le système colonial esclavagiste que nous avons connu ». De fait, ce lien aura été évoqué dans les discours et les mots d’ordre guadeloupéens, tout au long du conflit. Élie Domota, responsable du LKP [2], n’aura eu de cesse de dénoncer un « pouvoir colonial », jusqu’à faire l’objet d’une enquête judiciaire pour incitation à la haine raciale. Il a en effet déclaré, le 5 mars, aumoment où les représentants locaux du Medef refusaient de signer l’accord auquel étaient parvenus les négociateurs : « Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l’esclavage ».

monuments de la mémoire collective

Cette déclaration témoigne d’une culture de la revendication guadeloupéenne contre l’État colonial. Celle-ci s’est construite au fil d’une longue histoire, qui n’est pas tout à fait celle des autres colonies antillaises. […]

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[1] Colloque « Penser le carnaval. Variations, discours et représentations » organisé par le Pôle Universitaire Guyanais et le CRILLASH à Cayenne, 19-25 février 2009, responsable : Biringanine Ndagano.

[2] Lyannaj kont pwofitasyon, généralement traduit par Collectif contre l’exploitation outrancière, qui regroupe une cinquantaine d’organisations syndicales, politiques et culturelles.

publié dans Vacarme 47 printemps 2009

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