Vacarme 47 / chantier politique des générations

les « Kids » d’Obama

par Divina Frau-Meigs

En matière électorale, mobiliser les jeunes serait, dit-on, question « d’image » : sous couvert de modernité, cette hypothèse revient le plus souvent à convoquer les vieilles recettes du marketing et une conception tout aussi surannée du rapport représentatif, réduit à un rapport mimétique entre le leader et ses supporters. Or, si le ralliement d’une part de la jeunesse à Barack Obama fut bien une question d’image, l’usage des nouveaux médias est aussi allée de pair avec une dynamique communautaire et une activation des réseaux, renouvelant profondément le militantisme démocratique.

Comprendre comment l’équipe d’Obama a réussi à faire voter les jeunes est fondamental pour déchiffrer les nouvelles formes de l’engagement en ligne. La mise en oeuvre des moyens médiatiques est au coeur des enjeux électoraux à venir, pour toucher des classes d’âge désengagées ou dépolitisées. C’est le cas des jeunes aux États-Unis depuis les années 1980, lesquels ont perdu toute confiance dans les médias d’informations classiques et généralistes, inféodés à un pouvoir républicain au discrédit patent et focalisés sur un public de Baby Boomers vieillissants, certes, mais actifs et financièrement bien dotés.

Or les résultats sont là : c’est le vote des jeunes qui a permis à Obama d’emporter la primaire contre Hillary Clinton dans l’Iowa tout d’abord, puis dans toute une série d’États, lui assurant l’investiture démocrate contre la favorite en titre. Dans la course finale, les 18-29 ans ont voté à 68 % pour Obama (30 % pour McCain), avec une poussée chez les jeunes femmes (55 %) et particulièrement les femmes noires (61 %). Obama avait besoin de 2 % de voix supplémentaires dans les États-pivots pour changer la donne ; il en a eu plus de 5 %, gagnés presque exclusivement sur le nouvel électorat jeune. En 2008, 3,4 millions de jeunes supplémentaires ont voté — soit 23,4 millions, comparés aux 20 millions de 2004 [1]. C’est un record de participation inégalé depuis 1972, en pleine guerre du Vietnam ; nul doute que la guerre en Irak a été une motivation puissante pour l’engagement des jeunes, mais elle n’explique pas seule la profondeur du phénomène.

l’effet « Comedy Central » sur la génération

Les chercheurs américains ont montré que les jeunes sont intéressés par l’actualité, mais pas celle qui est présentée sous un format traditionnel. Les talk shows de fin de soirée ont particulièrement la cote auprès d’eux. Des programmes comme « The Daily Show with Jon Stewart » sur la chaîne du câble Comedy Central s’avèrent des sources importantes d’information pour l’engagement politique des jeunes [2]. […]

L'intégralité de cet article est disponible dans le numéro actuellement en vente en librairies ou sur commande.

[1] CIRCLE (Center For Information And Research On Civic Learning and Engagement), « Political participation and youth voting », 2009, www.civicyouth.org.

[2] Annenberg Public Policy Centre, « Daily Show Viewers Knowledgeable about Presidential Campaign National Annerberg Election Survey Shows », 2004, www.annerbergpublicpolicycen....

publié dans Vacarme 47 printemps 2009

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