Vacarme 48 / chantier puissance de la démocratie

éducation civique

par Caroline Izambert & Victoire Patouillard

S’il est un autre domaine, avec le travail, au seuil duquel la démo-cratie piétine, c’est l’école. On a certes beaucoup oeuvré pour la démocratisation scolaire, c’est-à-dire pour que l’accès à l’enseignement ne soit plus réservé aux élites sociales. Et on s’est beaucoup soucié de faire de l’école un lieu d’apprentissage de la citoyenneté : élection de délégués, octroi de droits et de devoirs (surtout de devoirs), éducation civique. On n’en a pas pour autant inventé une école démocratique.

Le fonctionnement de l’école est-il démocratique ? Certes, dans une institution traversée par la césure professeurs/élèves, redoublée par celle majeurs/mineurs, on ne peut dire un homme une voix. L’école veut-elle devenir démocratique ? Les professeurs souhaitent être entendus et reconnus par leur hiérarchie et par leurs élèves. Ces derniers, s’ils remettent rarement en cause le caractère inégalitaire de la situation d’enseignement, souhaitent pouvoir en contester les dérives arbitraires. L’école aspirerait donc à être une démocratie, entendue comme état de droit. Mais lui suffit-il de respecter la loi — en s’efforçant par exemple de conformer au droit administratif le déroulement des conseils de disciplines — pour réaliser ses aspirations démocratiques ? Qu’en est-il de la dimension délibérative et agonistique de la démocratie ? La participation aux débats sur la gestion de l’établissement, la mise en commun et la discussion des dispositifs pédagogiques, ou encore la collégialité des choix d’orientation ne sont pas des revendications qui rallient les foules enseignantes, collégiennes, ou lycéennes. Prendre la parole, s’affronter autour d’enjeux collectifs pour finalement décider, appartiennent pourtant à la nature du régime si l’on en croit le programme d’histoire de seconde qui demande que le chapitre sur le citoyen à Athènes serve à insister sur « le fonctionnement concret de la démocratie » [1].

Arrêtons-nous sur deux pratiques scolaires dites démocratiques, d’un côté l’élection des représentants d’élèves, modalité de délégation d’un pouvoir, de l’autre le journal lycéen, lieu d’exercice des libertés publiques, qui illustrent l’embarras de l’école à rassembler deux facettes de la démocratie, état de droit et lieu de débats. […]

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[1] Journal officiel, 10 juillet 2002.

publié dans Vacarme 48 été 2009

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