Vacarme 49 / chantier enfance irrégulière

la vie ne s’apprend pas en prison

rencontre entre Odile Barral et Valérie Lauret

entretien réalisé par Ariane Chottin

Membre du conseil syndical du Syndicat de la magistrature, Odile Barral a été juge des enfants avant de devenir juge d’instance et juge des tutelles. Valérie Lauret a été directrice de prison avant d’intégrer l’École nationale de la magistrature en 2007 et d’exercer à la cour d’appel de Poitiers. À la croisée de ces deux expériences, une inquiétude : à l’heure d’un durcissement pénal dont la loi sur les peines plancher et le rapport Varinard témoignent, qu’en est-il de « l’enfance irrégulière » au tribunal aujourd’hui ?

Valérie Lauret Freud disait que l’éducation, la politique et la psychanalyse étaient des métiers impossibles. Devenir juge des enfants, c’est aussi s’engager à travailler avec des « impossibles ». Quels ont été vos objets de réflexion et d’engagement ? Sur quoi vous êtes-vous appuyée ?

Odile Barral Je suis entrée dans la magistrature après avoir entendu pendant mon adolescence les récits d’anciens détenus qu’accueillait ma mère, visiteuse de prison. J’ai donc découvert la justice pénale du côté des condamnés, et j’ai choisi les fonctions de la magistrature qualifiées de « sociales » : l’application des peines, le service des mineurs, l’instance et les tutelles, parce que, ce qui me passionne, c’est le travail d’écoute et la possibilité d’influer parfois sur la vie des autres par des décisions de nature à les aider. Je suis membre et militante du syndicat de la magistrature depuis mon entrée dans ce métier. C’est un lieu de résistance qui aide à ne pas baisser les bras et à progresser dans la réflexion lorsque la politique législative et gouvernementale va à l’encontre de notre conception de la justice.

VL La loi du 5 mars 2007 impose un « barème » d’une peine d’emprisonnement minimale (peine plancher) pour les prévenus récidivistes. Comment le juge peut-il entendre, en prenant en compte sa singularité, la répétition d’un acte « irrégulier » chez un enfant ? S’agit-il de résister à la première incarcération ?

OB La grande majorité des mineurs jugés au pénal ne récidive pas car il s’agit de passages à l’acte ponctuel ; […]

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publié dans Vacarme 49 automne 2009

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