Vacarme 49 / chantier enfance irrégulière

ne pas céder

par Ariane Chottin

Comment se plier à la langue commune, mais sans parler comme tout le monde ? Comment plier la langue à soi, mais sans consentir à tout dire ? Aux rêves adultes d’une docilité et d’une expression également sans reste, l’enfance, puis l’adolescence opposent le jeu de cette double exigence et de ce double refus – un jeu qui n’a de sens que dans l’écart, et ne saurait se jouer qu’à l’irrégulière.

Dans la bouche des adolescents, les mots se taillent une épaisseur nouvelle. Les « Princes du Jargon » (du titre du livre d’Alice Becker-Ho) gauchissent la grammaire, revivifient l’argot, accrochent de nouveaux plis au verlan, subvertissent les codes, inventent encore, inventent plus loin. La langue s’enfonce jusque dans ses racines et ressurgit, étrangère, parée d’accents, de gestes – ça le fait. Les figures de style sont pressées hors de leurs gangues. Dans leurs voix il y a l’écartèlement dont parle Barthes entre le langage civilisé et le corps entêté, entre l’adulte et l’enfant. Leurs mots tordent les mailles serrées des discours établis, les déchirent, ça s’entend, dans leurs bouches, quand ils prennent la parole, la langue souffre et jouit – grave.

À cet âge de la vie, l’enfance change de bord. Irrégulière. Métamorphoses, poussée de la libido, incertitude de l’avenir, inquiétude, repères vacillants. Désorientation aussi. […]

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Ce texte a été écrit à partir d’un travail mené avec Françoise Labridy et Claire Piette.

publié dans Vacarme 49 automne 2009

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