Vacarme 50 / chantier défendre la gratuité
La perruque, c’est une pratique courante dans votre travail ?
La perruque ? Connais pas… D’autres, dans certains coins de l’usine, ça leur arrive peut-être. Mais utiliser du matériel et des fournitures à des fins personnelles pendant les heures de travail, pas nous. Dans cet atelier on ne fait pas de perruque. C’est interdit par le règlement, vous savez. Vous pensez qu’on fraude, comme ça, sur notre lieu de travail ?
« Fraude », c’est un peu fort. Détourner un peu les objets de leur usage et se servir de temps en temps de matériaux pour des fins personnelles, ce n’est pas bien méchant. C’est juste soustraire un peu de travail à la production.
Bon, je vous l’accorde. Il peut arriver que certains à leurs moments perdus, fassent des bricoles avec des rebuts, ou rapportent des fournitures chez eux. Mais à des fins personnelles, là je dis non. Quand on fait des perruques c’est aussi pour les autres. D’accord, puisque vous insistez. Des perruques, il y en a de toutes les sortes, ici comme ailleurs. Des porte-clefs, des cendriers, des pendentifs, même des antennes ou des tapis de bain. J’ai des cousins au Creusot qui ont une superbe table basse en faïence. Perruquée ! Tenez, la petite lampe d’appoint sur la commode : vous prenez un doseur en métal, vous le soudez sur une base, vous mettez une petite ampoule à l’intérieur… c’est mignon, ça agrémente.
Esthétique transformiste, art du postiche… La chose porte bien son nom. Et la sculpture sur votre buffet, je parie que c’est…
Une perruque de retraite pour le départ de ma femme l’année dernière. On dit aussi perruque de conduite. En remerciement de ses bons et loyaux services. Un genre de médaille, mais en mieux. Avouez que c’est plus classe que les lettres personnelles que dactylographie la secrétaire du patron. […]
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Librement adapté de l’article de Michel Anteby, « La “perruque” en usine ; approche d’une pratique marginale, illégale et fuyante », Sociologie du travail, n°45, 2003, p. 453-471.