Vacarme 50 / cahier

hors-d’œuvre

dits et écrans, vol. 1

par Emmanuel Burdeau

Au principe de cette nouvelle série, la crise que traverse l’Action culturelle cinématographique et audiovisuelle, vue comme une occasion de dresser un panorama des pratiques : la salle, l’internet, le numérique, la distribution, la presse… Les décrire, puis élargir le cercle : vers les pratiques discursives liées au cinéma ; vers sa fonction sociale ; vers la cohérence qui lie les situations de l’exploitation et de la critique… Montrer le cinéma, c’est en parler. En parler, c’est en faire. En faire, c’est montrer. Tout est lié, tout doit l’être. Premier épisode : pour introduire au « hors-film ».

Vendredi 9 janvier 2009, au Centquatre à Paris. La réalisatrice Sólveig Anspach prend la parole. « … Parfois, j’en ai assez » : assez des déplacements en province pour présenter ses films dans des conditions laissant à désirer. Assez de la baby-sitter qu’il faut payer, des trajets en seconde — sans prise pour le portable —, du sifflement des trains voisins pour seul bercement aux rêves, des salles clairsemées, des questions qui fâchent suivies de propos de table indigestes… On voit le tableau : sévère mais juste. Anspach ne donne pas de chiffres, mais ceux-ci sont connus : 60 débats (exemple : Serge Bozon pour La France), voire 100, 120 pour un film. Elle n’en donne pas parce que c’est précisément l’absence de chiffres qui la préoccupe : les cinéastes ne perçoivent pas de rémunération pour ces déplacements. Ou si rarement. « Ce n’est pas forcément la question d’être payé, mais notre venue doit être préparée. » « Nous n’en parlons pas assez. Et le problème principal est que pendant ce temps nous ne pouvons pas travailler. » Remous dans la salle. Murmures de réprobation. Elle abuse, quand même… Un an plus tard, l’intervention d’Anspach résonne encore dans les têtes.

Samedi 4 juillet 2009, au cinéma La Coursive à La Rochelle, en marge du festival bien connu. Mehdi Derfoufi prend la parole. Il est délégué général de l’UFFEJ (Union française du film pour l’enfance et la jeunesse) et présent en tant qu’animateur d’un groupe chargé de réfléchir aux pratiques culturelles des publics et à leur évolution afin, notamment, d’« élaborer des propositions et des stratégies pour reconquérir les publics qui nous font de plus en plus défaut ». L’ordinateur sur les genoux, Derfoufi lit la synthèse d’une réunion tenue par son groupe le 20 février 2009. Il ne rigole pas : cinq points sont détaillés, suivis d’un sixième divisé en quatre pistes. Le langage est précis : « décentrer l’approche de l’action culturelle », tenir compte des « stratégies d’évitement et d’appropriation à l’œuvre au sein des productions de la culture de masse », refuser le « simple positionnement œuvres d’art versus œuvres commerciales ». Et pour clore ce qui n’est encore que le premier point, une « idée » : « Si l’on considère la question des rapports sociaux de sexe homme-femme il y a plus de subversion et d’anticonformisme dans Charlie’s Angels que dans Million Dollar Baby. » Remous dans la salle. Quelques ricanements. Clint Eastwood moins fort que Bosley, Cameron Diaz, Lucy Liu et Drew Barrymore plus féministes que Hillary Swank sous sa capuche : vous délirez, jeune homme. […]

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