Vacarme 50 / cahier

des pierres pour l’Amérique

par Peter Friedl

De Copan et Copán, du bâtiment construit par Oscar Niemeyer à São Paulo au site maya du Honduras, il n’y a qu’un accent de différence. Hypothèse vagabonde : et si cette homonymie fortuite trahissait le secret de la modernité qui s’exhibe dans le prestigieux complexe immobilier de l’architecte de Brasilia ? au cœur de la démonstration de force, la promesse de la ruine.

L’effondrement brusque et mystérieux de la civilisation maya au cours du IXe siècle a donné lieu à de nombreuses hypothèses. Celle qui l’explique par une carence des ressources dans un contexte de croissance démographique excessive bénéficie d’un avantage indiscutable : elle peut être aisément rapprochée de récits analogues prodigués par l’histoire universelle — extinction des Anasazis, déclin du Grand Zimbabwe, d’Angkor Vat ou de la civilisation de l’île de Pâques. Pour qui les contemple aujourd’hui, dans un monde globalisé bien plus opaque, ces ruines marquées par les intempéries — dont on sait l’abandon initial, puis la redécouverte, la commercialisation outrancière et la canonisation nationale — semblent corroborer, tout en les esthétisant, certains scénarios menaçants de l’avenir.

Considérés comme des dieux vivants, les chefs mayas savaient le prix de leur pouvoir : il leur fallait sans cesse édifier des monuments toujours plus imposants, sur lesquels étaient représentés et décrits les hauts faits et les exploits guerriers des rois et de la noblesse. C’est le cas à Copán, dans l’actuelle République du Honduras, des prouesses du roi « 18-lapin » (Waxaklajuun Ubaah K’awiil) : l’escalier hiéroglyphique situé au sud du Jeu de balles — la plus longue inscription gravée léguée par les Mayas — et, à l’ouest du site, la liste des seize souverains inscrite sur l’autel, témoignent de ce que fut l’art propagandiste de cette dynastie. Nulle trace en revanche des combats des roturiers pour la terre, qui, comme l’eau, se faisait rare à une époque marquée par la surpopulation : ils n’étaient pas dignes de représentation. Sur les places bordées de temples et de colonnes, l’élite dirigeante donnait à voir un théâtre politique aux airs de grand spectacle. […]

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Traduit de l’anglais par Philippe Mangeot

Ce texte est extrait du livre Working at Copan / Trabalhando no Copan, recueil d’entretiens avec des ouvriers et des employés de l’Edifício Copan réalisé par l’artiste Peter Friedl, paru en décembre 2007 en anglais et en brésilien chez Sternberg Press. Merci à Jean-Pierre Rehm de nous avoir suggéré sa publication.