Vacarme 50 / lignes

les uns contre les autres

par Gaëlle Krikorian

Depuis la crise financière s’annonce, dans le champ mondial de la lutte contre le sida, une logique de rareté qui fragilise des avancées où la politisation de la maladie s’opérait au profit de l’intérêt général. Déjà, la recherche d’effets d’entraînement entre programmes sanitaires cède la place à une concurrence accrue entre maladies ; la gouvernance de la santé par les indicateurs économiques érode l’implication des acteurs de terrain. Cette ligne se clôt sur une bataille indécise, entre l’élan insufflé et ces logiques de comptage et de compétition.

« il se passe quelque chose à Monopolis »

Le financement international de la lutte contre le sida dans les pays en développement affronte une crise grave. Elle est en partie due à une augmentation du coût des traitements : les médicaments de première intention ayant fait leur temps, il faut progressivement élargir la palette thérapeutique ; or, résultat de l’efficacité politique du lobbying des firmes pharmaceutiques, il n’existe pas de générique bon marché pour la plupart des traitements. Mais cette crise est aussi le fait de la contraction des ressources allouées à la lutte contre l’épidémie en raison de la déconfiture financière internationale, ou de l’utilisation de cette situation de récession comme prétexte à des restrictions budgétaires.

À l’horizon de la pénurie qui menace ressurgissent discordes et tensions que l’on croyait appartenir au passé. Elles s’organisent sur plusieurs fronts. Une fois de plus sont renvoyés dos à dos experts du sida et autres spécialistes en santé publique, redevenus ennemis et concurrents pour l’accès aux ressources et à la reconnaissance. Du « terrain » ou à propos du « terrain » se fait également entendre la volonté de limiter le gaspillage et d’accroître l’efficacité des interventions. Enfin, le souci d’intégrer les contraintes de l’actuelle globalisation économique conduit à reposer la question de savoir ce que sont, ou devraient être, les objectifs de l’aide internationale.

« ego trip »

« Que pense la maman qui voit son enfant soigné gratuitement parce qu’il a le palu et qui voit un autre enfant ou le même mourir parce qu’il a la diarrhée ou une pneumonie ? » La question était posée récemment sur une liste de diffusion activiste dédiée aux médicaments dans les pays en développement. La diarrhée tuerait en effet chaque année environ 1,5 million d’enfants de moins de cinq ans alors que cette affection attire moins de 5% du financement mondial dédié à la recherche médicale et au traitement des maladies. L’internaute souligne autant l’injustice que l’aberration de la situation. En effet, si les traitements contre le sida sont gratuits dans de nombreux programmes nationaux dans les pays en développement,

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