Vacarme 56 / zibaldone !
Les États-Unis (1885-1915), récitatif (extraits)
Les poèmes de Testimony sont composés à partir de témoignages judiciaires prélevés dans les archives de tribunaux américains, retranscrits et versifiés, sans ajout ni réécriture. « La poésie de Charles Reznikoff est un choix : l’événement, ses moments (les vers), son récit (le poème). Aucune idée ici ne dépasse qui n’a pas été inscrite dans ces choses, les paroles, dites par ceux qui ont vu, ou rapportées de ceux qui sont morts ». C’est ainsi que Jacques Roubaud a pu présenter (dans la Revue de littérature générale 96/2) ces poèmes qu’il a traduits.
La traduction partielle de Testimony, dont sont reproduits ici deux extraits, est parue chez Hachette / POL en 1981.
À douze mètres au-dessus du sol sur un poteau télégraphique,l’électricien enfonça ses crochets dans le poteau et,entourant le poteau d’une jambe,se pencha en avantpour fixer la ligne avec ses pincesau bout d’une traverseau moyen d’un fil passé à travers une capsule de verre placée sur une pointe.La ligne tendueà des dizaines de mètres devant luiau moyen d’une bobine,se rompitet la traversecassa,à l’endroit où elle était attachée au poteau :il tomba la tête la premièresur les pierres en bas.
C’était une nuit de pluie fine en mars.Il y eut deux éclairs dans les réverbères :une panne de courant,dont tous les ouvriers cherchaient la cause.Quand l’agent le vit pour la première fois,le Noir transportait une échelle courtede celles dont se servent les ouvrierspour grimper sur des poteaux électriques.Puis l’agent le vit plus tard suspendu au poteau,son manteau claquant au vent,il l’appela mais n’obtint aucune réponse.Ils mirent le cadavre sur le comptoir d’une boutique proche :la peau était brûlée à l’intérieur des deux mains ;la main droite brûlée jusqu’à l’os.L’isolant manquait sur un morceau de fil de dérivation qu’il portaitet la peau était restée collée au fil dénudé.
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