Vacarme 60 / cahier

Respect vs humiliation lettre de revendications de prisonniers du centre de détention de Roanne

Le 25 avril dernier, des prisonniers du centre de détention de Roanne prenaient le risque de remettre une lettre de revendications aux autorités judiciaires et pénitentiaires, à l’occasion d’une cérémonie de remise de diplômes. La lettre a depuis circulé et pris une dimension publique, et un rassemblement a eu lieu à l’extérieur de la prison le 6 mai. On n’a pas connaissance, pour l’instant, de réactions de la part de l’administration pénitentiaire.

Le 25 avril 2012,

À la Direction et à la Juge d’Application des Peines,

En cette date, nous, détenus du centre de détention de Roanne, entrons en lutte afin d’exiger que nos droits soient respectés et entendus.

Vous nous obligez à rester en cellule ou dans les coursives le plus longtemps possible, là où il n’y a aucune activité pour passer le temps. Vous nous escroquez avec les cantines et les frais de télé de plus de 8 euros, par le biais de la société Eurest. Vous ne respectez pas nos droits en matière de permissions et de réductions de peine. Dans l’immédiat, nous vous informons de nos revendications.

sport

Nous exigeons l’accès libre au gymnase et aux salles de sport. C’est l’activité la plus demandée par les détenus.

activités

Dans chaque aile, nous avons à disposition une salle d’activités, constituée de quelques tables, chaises, aucune activité proposée ! Nous exigeons des jeux de société, échecs, dames, etc.

Nous exigeons aussi qu’il y ait plus d’activités culturelles et sportives : tournois de foot, basket, volley, pêche, etc.

Nous exigeons une réunion socio-culturelle par mois avec des détenu(e)s et des intervenants, afin d’élaborer des activités qui ne nous soient pas imposées par l’administration pénitentiaire (A.P.) ou le service socio-culturel.

parloirs

Nous exigeons, comme le prévoit la loi européenne, que la mise à nu des détenu(e)s lors des fouilles des parloirs soit retirée. Le système de contrôle à l’entrée des parloirs est largement suffisant pour garantir votre sécurité. Par conséquent, cette fouille ne sert qu’à nous humilier et maintenir une pression psychologique et physique sur nous ! Les rondes au parloir sont aussi vécues comme une humiliation par nos familles et nous réclamons l’arrêt des rondes. En cas de problème, nous avons un interphone. Ce moyen de contrôle est abusif et conduit à une humiliation de plus !

Nous exigeons enfin les accès libres au parloir pour nos familles sans demande de permis de visite, et qu’en cas de retard, des familles qui ont souvent fait des centaines de kilomètres soient acceptées à l’entrée des parloirs et que la durée ne soit pas réduite.

bâtiment

Nous exigeons que cessent immédiatement les mesures de quartier semi-ouvert et fermé. Tous les étages doivent être ouverts, matin et après-midi. Que l’on puisse circuler d’étage en étage, et de bâtiment en bâtiment en journée, pendant les temps d’ouverture des cellules.

Les sèche-linge et machines à laver ne doivent pas être enlevés plus d’une semaine en cas de problème. Nous vous rappelons que tous n’ont pas la possibilité de sortir leur linge : pas de famille, pas de parloir, pas d’argent, etc.

Nous exigeons la fermeture immédiate des quartiers d’isolement et disciplinaire, et autres mesures spéciales, la fermeture du prétoire [1], qui crée plus de conflits qu’il n’en règle.

cantines [2]

Nous exigeons que la société Eurest soit remplacée par une société qui proposerait des tarifs plus bas et pas deux à trois fois le prix extérieur. Qu’il ne nous soit pas imposé un surplus de 30 % sur les cantines exceptionnelles, que nous ayons les prix extérieurs. Et que les télévisions ne dépassent pas le prix de 8 euros. Nous exigeons aussi des frigos plus grands ou que le prix soit vu à la baisse.

vie en détention

Abolition des travaux dégradants, des métiers non qualifiants et disparus à l’extérieur, ainsi que des rémunérations assimilées aux travaux forcés ; droit aux arrêts maladie et droit aux congés payés, droit de grève, droit à la retraite dans les mêmes conditions qu’à l’extérieur, obligation pour l’A.P. d’assurer lors d’un transfert un emploi équivalent dans les mêmes conditions, dédommagement par l’État (frais d’hébergement ainsi que des journées non travaillées) pour les familles qui se rendent au parloir à plus de 100 km de leur domicile, plus de formations qualifiantes, téléphone gratuit pour les indigents, l’appel aux employeurs et autres services administratifs.

remises de peine

Nous exigeons que tous les détenu(e)s n’ayant aucun rapport et remplissant les conditions de suivi socio-judiciaire bénéficient de la totalité de leurs remises de peine et remises de peine supplémentaires, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Nous exigeons que les expertises psychiatriques soient abolies.

Nous, détenus de Roanne, exigeons d’être entendus et que nos droits soient respectés et ce dès aujourd’hui.

Lettre collective écrite et signée par tous les détenus en accord avec les revendications.

Notes

[1Sorte de tribunal (expéditif) interne à la prison, mobilisé en cas d’incident, qui condamne les détenus à des sanctions disciplinaires, comme le placement au quartier disciplinaire (« mitard »).

[2Cantine : système par lequel les prisonnier-e-s achètent des produits (nourri-ture, produits d’hygiène, de loisirs...). Ils n’ont pas le choix et doivent acheter (« cantiner ») auprès de sociétés dont les prix sont exorbitants.

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Publiée dans Vacarme 60, , pp. 30-34.