Vacarme 62 / Cahier

L’Externationale

par

Poète américain né en 1959, Peter Gizzi est l’inventeur d’un lyrisme poétique pour aujourd’hui. Dans des livres comme Some Values of Landscape and Weather ou The Outernationale, il propose de redéfinir le Je et la subjectivité en les soumettant à un questionnement permanent et à une constante ouverture à l’autre, l’autre pouvant être aussi bien une poubelle cabossée. Une traduction de The Outernationale, par Stéphane Bouquet, sera publié sous le titre L’Externationale aux éditions José Corti en avril 2013. En voici un extrait.

Le soleil déploie ses ombres
et des choses poussent aussi dans le noir.
Les feuilles se voûtent sur chacun
elles sont si démocratiques
à notre égard nos spectatrices dans un monde de secrets
un monde de registres
émotionnels raccourcis et navigables.
Dans le parc, des emballages
bousculés par la brise dérivent et s’éloignent.
Le sable ici fait à fond colisée
c’est tellement contestataire
et juste clairement vieux.
Vers qui pouvons-nous nous tourner
marchant sur les épaules débridées des collines
essoufflés et loin de l’histoire ?
Le jour fleurit dans ce qu’il sait de lui.
C’est aussi simple que cela s’interroger sur la foi.
Comment puis-je répondre
pour ne pas inhiber
le moindre point dans ce rayon ?

Hors de cette maison et dehors dans le jour
les choses se précisent
des antennes à pointe d’argent pincent le bleu
et des rideaux de pluie
au pied du Sénat local.
Quelque chose est quelque chose
quand l’administration
de l’argent coule à rebours.
Dans ce mot, le temps ressemble à un voyage,
revenez, légers reflets des produits
en rang derrière la vitre.
Nous sommes allés au magasin et pourquoi pas
on va bien sur la lune
boîte géminée sur l’étagère.
En été on ouvre et ouvrant
on se balade et
avant d’être heureux
nous étions malheureux.
Tel est l’éveil
dialectique que tout le monde
rêve d’embrasser.

Quand la télé est allumée
les visages dans les stands résonnent
et rebondissent loin sur le terrain.
Les espoirs et le suspense
si souvent sous-marins
devenus aussi clairs qu’un coureur dépassant la 2e base.
Il y a des raisons de regarder
pas comme le reflet aveuglant
dans un carré sombre de fenêtre.
Nous trouvons des motifs
à jouer et ensemble,
ce passage crucial a des ailes
quand un détail disparaît dans une foule
qui a trop vite investi
puis rejeté le pouvoir.
La nuit tombe
l’indigo se pose sur le verre
resté là. Nous rappelant
que les jours galopent dans l’herbe vent se ruant
dans des kilomètres de câbles.
Quand les pistons appellent,
quand j’étais un coin de soleil
sur les moulins d’acier,
quand j’ai demandé qu’est-il arrivé
je voulais dire que nous est-il arrivé ?

Post-scriptum

Traduction par Stéphane Bouquet.

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Publiée dans Vacarme 62, , pp. 195-196.