Vacarme 62 / Cahier

Et si nous n’étions pas morts ?

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La reconstitution des relations que Leos Carax a entretenues avec la critique est édifiante : jamais les paroles du cinéaste n’ont été entendues pour ce qu’elles disaient. Au contraire, le malentendu a persisté et s’est épaissi de film en film, comme si la critique était moins soucieuse de voir les films, que de produire un sens, ou une légende, qui lui importait. Pascalle Monnier s’interroge sur cette rupture et se propose une autre place : celle de la première spectatrice qui, commentant Holy Motors, fait état d’une expérience.

« À l’époque, j’avais fait un rêve : c’est le matin… je suis mal réveillé… j’ouvre le journal, et je lis “Trois bonnes nouvelles : Leos Carax est mort”… Je suis très étonné… car moi, je pensais souvent que Leos Carax, c’était moi… Alors je me sens très soulagé… trois bonnes nouvelles d’un coup !… je ne suis pas Leos Carax, je ne suis pas mort, Leos Carax est mort… »
« Pourquoi fait-on des films ? Parce que souvent, il n’y a personne à qui parler. L’autre est injoignable. »
Leos Carax


La nécessité de la critique — Pourtant il l’a dit, Carax, ce qu’il espérait de la critique. Il l’a même résumé dans une formule simple et efficace : « Je voudrais que l’on s’intéresse moins au nombre des entrées qu’à comment les gens sortent des films ». Pour le reste, il est tout aussi clair, affirmant que : « Parler aux journalistes, ce n’est ni payant, ni payé ». [1]

Comment ne parler que de soi — Les articles qui lui sont consacrés, et dieu sait que Carax a « fait couler beaucoup d’encre », sont systématiquement généalogiques et réflexifs... à chaque fois, on repart de zéro, on refait l’historique (résumons : l’élection dès le premier film — Boy meets girl — par la critique emballée, la consécration avec le deuxième — Mauvais Sang — par la critique convaincue, la chute avec le troisième — Les Amants du Pont-Neuf — par la critique déçue, l’effondrement avec le quatrième — Pola X — par la critique consternée et la résurrection pour le cinquième — Holy Motors — par la critique éblouie). Tout plutôt que de parler des films eux-mêmes. Les critiques (journalistes ? professionnels de la profession ? rapporteurs ? cinéphiles ?) feignent de croire que Carax (les cinéastes de manière générale) fait des films à leur unique intention : pour les impressionner, les satisfaire, les décevoir, les éblouir, les épater, les distraire, les faire exister en somme…

À cette petite demande d’émotions et de divertissement, Carax répond : « Certains comprennent mes films bien mieux que moi, mais la plupart les prennent pour autre chose, ce qui est pire que « pas comprendre », car au moins, les gens respectent ce qu’ils croient ne pas comprendre. On m’a souvent reproché de rater des choses que je n’avais même pas tentées… C’est l’époque qui veut ça : il faut afficher clairement son « degré », degré d’humour, degré de réalité, et s’adresser à « son public » comme à une famille de copains. Or, un film ne doit avoir de comptes à rendre à personne. En tout cas, à personne de vivant. »

La légende, le récit : génie, prodige, imposteur, pinacle, pilori, bannissement, malédiction. Convocation, au passage, sans la moindre imagination, de Rimbaud, Lautréamont, Icare, des kamikazes…

Acte 1 — Boy meets Girl : la critique inaugure son grand travail généalogique (le fils de Godard ? de Garrel ? etc.), travail généalogique qui deviendra obsessionnel dans la presse à son propos.

Acte 2 — Mauvais Sang : le type a 26 ans, un toupet incroyable, les dialogues sont impeccables, les acteurs sont prodigieux, de Piccoli qui se défait enfin d’années à trimer en notable tourmenté chez Sautet, jusqu’à Binoche, renversante de grâce, qui se dit qu’avec ce type-là elle peut jouer l’étreinte en parachute et le ski nautique à l’aveugle sur la Seine. La critique est contente, elle tient son génie, son jeune prodige, son film-culte, générationnel, bla-bla-bla…

Acte 3 — Les Amants : incidents de tournage, dépassement de budget, drames intimes et financiers... Artiste maudit, mégalomane, bourreau d’acteurs et surtout d’actrices. C’est la curée, les comptes commencent (pas assez d’entrées compte tenu du budget, fiasco à la mesure de la démesure, etc.). Il y a un film qui se fait sur cette durée-là, nécessaire sans doute, des gens qui ont essayé et réussi, simplement, vaillamment à travailler ensemble, à faire cette expérience de faire du cinéma vraiment ensemble, avec audace et les risques privés et publics que cela suppose (les sans-abri du refuge de Nanterre, Binoche-Carax, Lavant, Escoffier, Fechner). Carax fout le camp. En Bosnie, paraît-il.

Acte 4 — Pola X : un projet ancien que Carax a dit vouloir faire à tout prix. Depardieu (fils, ça vaut beaucoup mieux désormais), Deneuve délicate et paumée qui croit faire un remake de La vie de château, Golubeva sublime étrangère. Carax commence à tracer des routes bizarres, emprunte des chemins qui ne mènent nulle part, bricole un film machine où les enfants de la Goutte d’Or croisent des beautés et des illuminés venus de l’Est. La critique (mortifiée, sic) déteste, hurle, manifeste sa déception, brise la statue qu’elle avait si bien érigée. Pouce baissé. On lui signifie qu’il est passé de mode, qu’Assayas, Desplechin, Honoré ont pris sa place au jeu de la chaise musicale, que ce sont eux les nouveaux cinéastes « générationnels ».

Acte 5 — Holy Motors ou le Retour. C’est génial disent la plupart (il vaut sans doute mieux oublier Le Figaro dans cette affaire) mais il n’a rien eu à Cannes et, surtout, c’est un film somme. La grande symphonie du grand artiste agonisant, le chant du cygne, l’ultime synthèse de qui sait le cinéma mort et tente de lui dresser un dernier autel.

« Deux ans plus tard sort Mauvais sang et Carax confirme son statut de nouveau petit génie du cinéma français. » « Carax est alors un Icare du cinéma qui à trop vouloir s’approcher de son idéal s’y est brûlé les ailes. « On manquait de héros et de maudits, de mégalos entiers et d’aventuriers kamikazes, oui, on manquait de Carax prêts à se jeter dans le vide sans élastique. […] Pola X constitue à nos yeux mortifiés une grande déception, un crash cinématographique à la hauteur de notre attente. » « Bien que reparti bredouille de Cannes, Holy Motors a illuminé le Festival. Si le film a ébloui la critique, celle-ci fut peut-être aussi soulagée et bouleversée par la renaissance triomphale d’un mythe. Car Holy Motors confirme le retour tant attendu du fils prodige du cinéma français des années 80. » « Le destin de cinéma de Leos Carax est unique. En général, un cinéaste tourne régulièrement ou passe à autre chose si son projet de film bloque pendant cinq, six ou sept ans… Mais signer un nouveau film après dix ou quinze ans d’absence, cela n’arrive quasiment jamais […] Cette longue éclipse et ce fulgurant retour participeront sans doute de la légende. » [2]

Génération, films culte. De même que le marketing adore les cibles, les générations, les marques et les produits culte, la critique désormais élit régulièrement les films cultes, les films générationnels, les icônes, les scènes et les répliques culte. Au point de mettre dans le même panier À bout de souffle, La Maman et la Putain, Mauvais Sang, Comment je me suis disputé et Chansons d’amour. Ce qui est un drôle de panier tout de même (surtout pour le dernier). La raison pour laquelle, ils aiment tant ça est simple : parler de générations permet de liquider les cinéastes et les films régulièrement, de diviser pour régner, de renouveler les stocks, de les solder et de solder aussi, et surtout, par la même occasion, ceux qui les achètent.

L’œuvre testamentaire, la mort du cinéma, la mort des cinéastes, la mort des films, la mort tout court : cierges, icônes, autel, purgatoire, chapelle ardente, spectre, tout le vocabulaire et fatras des croque-morts et des notaires est là ; il suffit de lire les articles. Mais pourquoi veulent-ils tant que Carax soit mort, que le cinéma soit mort ?

Morceaux choisis dans la presse : « Carax est un faiseur d’images qui porte en lui le virus de la cinéphilie et de la mélancolie, un cinéaste qui charrie dans ses films la mémoire de tous les vaincus de l’histoire du cinéma, qui exsude une beauté vénéneuse, rongée par l’ombre de la mort. » « Carax […] traverse les années 2000 et la nouvelle ère numérique tel un spectre de plus en plus oublié du cinéma, une figure définitivement associée aux années 1980. Il symbolise la mort d’une certaine idée du cinéma telle que Serge Daney l’avait théorisée à l’époque, le représentant d’un ciné-romantisme mortifère qui n’a plus grande signification à l’heure de la 3D et de YouTube. » « Holy Motors ? Non justement, pas tout à fait. Le néon du second o de Motors a dû griller car ce qui se détache désormais en lettres phosphorescentes, c’est HOLY MOTRS. On sait trop le goût de Carax pour les anagrammes (Alex Oscar = Leos Carax) pour ne pas déplacer le t et le r et entendre « Holy morts ». Qui seraient alors ces saints morts sur la dépouille desquels se recueillerait le film ? […] C’est le côté jour de la Toussaint, visite à nos morts, jeu de l’oie parmi les tombes. Le film évoque le progressif estompement d’un certain agencement dans la façon d’arracher des images au monde que certains ont follement aimé sous le nom de “cinéma” ». […] Comme si Carax nous invitait à déambuler dans sa chapelle ardente. Mais le saint mort parmi les saints, ce serait surtout le cinéma, une certaine forme en tout cas, celle de l’enregistrement. »

Dialogue de sourds, malentendu — À propos de Carax, le malentendu est assourdissant. Lui accorde très peu d’entretiens (on lui reproche assez) mais lorsqu’il le fait — longuement, sérieusement, le plus souvent par écrit — c’est avec une grande franchise, des propos dénués de la moindre ambiguïté, de la constance : faire du cinéma, oui, bien sûr, envers et contre tout, parce qu’il « ne sait rien faire d’autre », comme a pu dire Beckett de la littérature, que c’est sa maison, sa langue, qu’en faire lorsqu’il avait vingt ans l’a tiré d’un long sommeil, mais il se fiche un peu du cinéma, il n’est pas cinéphile, pas cinéaste, il se soucie moins d’aller au cinéma que de voyager, aimer, regarder autour de lui, penser, exister. Il ne côtoie guère les autres cinéastes, il ne va pas très souvent au cinéma, pas davantage en tout cas qu’il ne lit et moins qu’il n’écoute de la musique. Le cinéma est sa manière d’exister ou de tenter de le faire, son expérience de prédilection. À son regret, apparemment, et à ses dépens, sûrement, compte tenu des tonnes de boue reçues et des obstacles surgis pour l’empêcher de mener à bien ses projets. À propos d’Holy Motors, le malentendu est encore plus flagrant : Carax dit que les acteurs l’intéressent peu (c’est de regarder dans la même direction, de travailler avec eux qu’il ne cesse de parler, d’essayer de se tenir ensemble autour d’une caméra qu’il aimerait « désoclée » pour qu’elle ne soit plus seulement « entre »), que ce n’est pas un film sur la mort, la survie, l’agonie, la renaissance (au choix) du cinéma, un catalogue, inventaire, démonstration, citation (au choix encore) des films des autres, des siens, de ceux qu’il a faits, pas faits, pourrait faire, saurait faire, voudrait faire, aurait aimé faire (toujours au choix) mais un film-machine qui essaie de rendre présent la manière dont les animaux, les choses et les hommes peinent désormais, solitaires parce que pas solidaires, à exister, à faire l’expérience de la vie, de la mort. Mais rien n’y fait.

Carax : « Contrairement à ce que j’entends dire, Holy Motors n’est pas du tout un « film-somme ». Ça n’est pas un film sur le cinéma, ni encore moins un film sur mon cinéma. Bien sûr, le cinéma est sa langue (qui n’est pas une langue morte), son carburant, son moteur, mais pas son objet. On peut tout à fait aller voir Holy Motors sans avoir jamais vu un film de sa vie (c’est même conseillé). […] Mais sans doute que la fureur de ne pas pouvoir tourner m’a forcé à imaginer, plutôt qu’un film, une hydre, une machine de guerre, et plutôt qu’un récit, un « précipité ». Selon l’expression de Stendhal, j’ai dû « me mettre en expérience », à l’épreuve de la vie et du cinéma. Holy Motors raconte-t-il une histoire ? Non, il raconte une vie. L’histoire d’une vie ? Non, l’expérience d’être en vie. […] J’ai imaginé le film comme une sorte de science-fiction, où hommes, bêtes et machines seraient devenus solidaires dans un monde dominé par le virtuel — qui est une forme dégénérée de l’invisible (je préfère les mondes qui nous habitent à ceux qu’on habite). »

La presse : « Carax pourrait être le fils, voire le petit-fils de Resnais, mais il s’adonne déjà, lui aussi, au film-somme, quasi-testamentaire, à la fiction à tiroirs, jalonnée d’allusions autobiographiques (les années Amants du Pont-Neuf, les amours avec de trop jolis top models) et d’hommages aux icônes et maîtres du cinéma — de Jean Seberg, évoquée à travers… Kylie Minogue (une réussite stupéfiante) à Franju, via la présence d’Edith Scob, inoubliable héroïne des Yeux sans visage, ici au volant de la limo. […] Holy Motors est un film sur le cinéma (jusqu’à la motion capture, tournée en ridicule), sur les vertus et l’ivresse du jeu. Mais c’est aussi un film qui montre la vie elle-même comme un trompe-l’œil, une succession de scènes à jouer, de faux crimes à commettre — on ne fait que se tuer soi-même. Si une immense nostalgie filtre, Carax broie du noir avec un sens de l’humour étincelant […] et une inventivité époustouflante. Trouvailles magiques, émotions intenses et chansons sublimes du début à la fin : un feu d’artifices. »

Plutôt que le nombre d’entrées, l’expérience à la sortie. Je n’ai pas vu Holy Motors à Cannes. Je l’ai vu dans un cinéma des Grands Boulevards dans lequel j’aime bien aller, le Rex, parce que sa salle possède encore des balcons, un orchestre. J’ai vu tous les films de Carax, pas par principe, mais parce que je me préfère « quand je sors », lorsque je les ai vus, que « lorsque j’entre », quand je ne les ai pas encore vus. Je ne lis presque jamais les critiques de film dans la presse, pas plus que celles qui concernent les livres d’ailleurs. Parfois, je les lis après avoir vu les films, un peu, sur le web. Mais de plus en plus rarement. Je ne suis pas critique, je ne suis pas cinéphile, je vais au cinéma très souvent, plusieurs fois par semaine, presque toujours avec mon fils. Il a 14 ans, il aime beaucoup aller au cinéma. Nous ne choisissons pas les films, nous choisissons plutôt les séances, les salles, les quartiers, la taille des gobelets de pop-corn, les affiches, les bandes-annonces. On peut dire que nous voyons un peu n’importe quoi, en fonction de nos humeurs. Parfois, je ne veux pas voir un film triste, ou un film qui fait peur. Lui ne veut pas voir des films trop ennuyeux, où, dit-il, des acteurs pas très doués passent leur temps à table à raconter leur vie pas très marrante. On m’avait prévenue (mes amis cinéphiles) : le film de Carax n’était pas bon, c’était même plutôt ridicule, décevant, boursouflé. Le film de trop, l’objet du ressentiment d’un type un peu gâteux qui ressassait ses films précédents, qui s’écoutait parler, qui se regardait filmer. Les cinéphiles officiels avaient crié au génie (Les Inrocks, Libé, Le Monde, Télérama), les porte-flingues avaient vomi de manière particulièrement vulgaire (Le Figaro). J’imagine qu’ils s’étaient aussi engueulés au Masque et la Plume mais je ne sais pas, je n’écoute jamais ce machin. Burdeau et Aubron (les seuls que je lis et comprends) avaient fait un article un peu timide dans So Film (on approuve la motion pour soutenir les camarades, mais…). Je n’ai pas d’avis sur la question. Je ne sais pas si c’est un film génial ou un film raté. Je crois que la question ne m’intéresse pas beaucoup.

Employé à rien. J’ai seulement vu qu’Oscar (le personnage de Holy Motors) était un acteur d’un type nouveau, qui joue en l’absence de caméras, comme les films sont regardés parfois par personne, qui préfigure un monde très proche. Autrement dit, il fait comme nous tous, il vit l’expérience de ne pas faire l’expérience de vivre, il est au-delà du jeu, on ne joue plus (ce n’est pas un acteur, pas un imposteur, pas un menteur, pas un fou, pas un prestidigitateur), il est virtuellement vivant ou mort. C’est un employé, un chômeur aussi bien. J’ai vu la journée de travail, plutôt harassante d’ailleurs bien que totalement vaine, sans objet, sans projet, d’un employé. Oscar travaille et ses employeurs (le boss Piccoli et la contremaître Scob assez implacable quoique courtoise et ravissante) se chargent de le lui rappeler vertement quand il paraît sur le point de flancher. Mais cela ne fabrique plus rien le travail, c’est infiniment sérieux, mais ce n’est pas plus réel que le reste. On demande à l’acteur de s’employer à faire semblant quand on ne demande même plus aux ouvriers de faire semblant de travailler. Cela coûte trop cher le travail, la production, les usines, les cantines, les chaînes, c’est ruineux, comme un film avec de vrais décors et de vrais acteurs (Les Amants du Pont-Neuf, une usine qui ne veut pas fermer ? la Samaritaine, un site désaffecté hanté par ceux qui l’ont, sous la contrainte, abandonné ?) coûtera trop cher bientôt (Les Temps Modernes, Chaplin fait semblant de travailler, ça fiche le bazar, Holy Motors, Lavant travaille à faire semblant, ça roule parfaitement..). Ce qui est tragique, ce n’est pas seulement l’absence des caméras, puisqu’elles sont remplacées par d’autres machines ni pires ni meilleures, comme tout est remplacé et remplaçable, nul besoin d’être nostalgique, mais que les caméras ou ce qui en tient lieu n’ont plus rien à regarder, contempler, admirer, aimer, archiver, rappeler, élucider. Même plus grand-chose à surveiller, bientôt, puisque personne ne les surveillera… Comme les voitures bientôt n’auront plus rien à parcourir et comme les singes n’auront plus de nouvelles grimaces à nous apprendre. Employés à rien, comme tout le reste. Plus d’expérience, pas beaucoup d’existence, ni pour nous, ni pour les machines, ni pour les robots, ni pour les animaux. Lorsque le film se termine, avant que les voitures n’aillent dormir et se lamenter, avec la douceur et la résignation des grands jouets de Pixar, sur leur extinction prochaine, cet homme (ce robot, cette chose, cet animal, cet avatar) « remplit » sa dernière mission (autant que des rôles, ce sont des missions qu’Oscar reçoit comme les personnages des jeux vidéo et, comme eux, il a des vies qui ne valent pas grand-chose, des vies qui se déchargent et que l’on recharge à volonté quand on a gagné les points et l’argent suffisants) : il rentre chez lui, dans la maison calme d’une banlieue calme et retrouve sa famille ou du moins ce qui en tient lieu puisque c’est ce qui lui assigne son dernier job et qu’il est employé sans relâche, toujours et partout. Il enlace, sans un mot, paisiblement, très consciencieusement, les grands singes dont l’emploi, à eux assigné, est d’être sa femme et ses enfants. Autant dire que si nous n’y prenons garde, le même sort pourrait nous être, à tous, réservé.

Post-scriptum

Pascalle Monnier est écrivain. Elle a publié Bayart (1995)
et Aviso (2004) chez P.O.L.

Notes

[1Les propos de Carax sont extraits d’entretiens donnés aux Inrockuptibles en mai 1999 et à Next en juillet 2012.

[2Les citations sont extraites d’articles de Libération, Les Inrockuptibles, Télérama, Le Monde, parus en mai et juillet 2012 à l’occasion de la projection de Holy Motors au Festival de Cannes, puis de sa sortie en salle.

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Publiée dans Vacarme 62, , pp. 158-172.