Vacarme 63 / Cahier

Sous le vernis du MP2013 dans Marseille, avec Bruno Le Dantec

par

Sous le vernis du MP2013

Une culture chasse les autres : l’opération « Marseille-Provence 2013 » pourrait être le nouvel avatar culturel d’une politique d’arasement de la vitalité urbaine et d’expropriation de ses habitants. Promenade amoureuse et pirate dans une ville en chantiers avec l’écrivain Bruno Le Dantec.

Bar de l’Est, chez Momo

Nous attendons Bruno Le Dantec au bar de l’Est, sur la place du Marché des Capucins encore encombrée d’étals de légumes et de cagettes. Il revient d’une émission à Radio Grenouille.

Ce bar est le centre secret du quartier Noailles à Marseille.

C’est un lieu de rendez-vous et de retrouvailles, un refuge pour les habitants et les maraîchers. Les prix sont généreux. Les gens s’y retrouvent. Momo connaît son petit monde : il fait le lien entre les uns et les autres.

« Chaque situation a son manège », nous dit-il, pendant que Cynthia Charpentreau fait des photos des lieux et des clients rigolards.

On a le droit de prendre des photos tant que personne ne râle. Certains clients n’ont pas envie, ni besoin, d’être shootés. « Ici, la télé vient tous les jours, explique Momo, mais pas seulement. C’est aussi les RG qui s’amusent à venir nous tirer le portrait. »

Il faudra juste que Momo puisse jeter un œil aux clichés, afin de repérer s’il n’y a pas un de ses clients qui ferait mieux de ne pas y être. Marseille, planète sans visa [1].

Quand arrive Bruno Le Dantec, on comprend vite qu’il n’est pas contre la photo, mais qu’il n’aime pas ça. Son visage cherche l’ombre, même en pleine lumière, comme un sioux de l’image.

Bruno Le Dantec est écrivain. Il va nous emmener faire une balade dans Marseille.

MP2013

Ce sigle, élégant comme une appellation d’arme automatique, désigne Marseille-Provence 2013. C’est le nom de l’association qui gère Marseille, Capitale européenne de la culture. Un artiste sympathique a tapissé le centre-ville d’autocollants roses avec une kalash et un slogan écrit avec la même typo que MP2013 : « À Marseille, la culture c’est l’attaque »…

Bar de l’Est, chez Momo

Selon Wikipedia, le label Capitale européenne de la culture a été créé en 1985 par le Conseil des ministres à l’initiative de Melina Mercouri, ministre grecque de la culture, et de son homologue français, Jack Lang, « dans le but de rapprocher les citoyens de l’Union européenne ». La première ville à bénéficier de ce privilège — qui dure un an — fut Athènes.

histoire de famille

« C’est dans ce quartier de ruelles que j’ai appris à vivre », raconte Bruno Le Dantec. « Je me suis installé très jeune dans un petit appartement au cœur du tumulte du marché des Capucins. À Marseille, la vie sociale est très dure, très rêche. Ce n’est pas Séville où j’ai aussi vécu. Là-bas, les gens de la rue sont mieux entourés, moins malmenés. Mais il reste encore cet esprit canaille commun à toutes les villes portuaires. Il ne faut pas idéaliser la vie populaire ou la vie ouvrière mais je crois que Marseille est l’un de ces lieux au monde où se perpétue, par bribes, l’esprit de l’humanité : tchatche mordante et généreuse, hospitalité, curiosité, ingouvernabilité, goût pour la fête et la transgression … L’antithèse de la mesquinerie bourgeoise.

C’est ici que j’ai appris les codes de la picaresque.

Je viens d’une famille plutôt tranquille et j’ai découvert ce monde tout seul. Mon grand père est arrivé de Bretagne à Marseille. Il venait d’une famille décimée par la Grande Guerre. À treize ans, il avait été ajusteur sur un chantier naval de Saint-Nazaire. À Marseille, il a travaillé dans les ateliers SNCF. Il s’est marié avec une Italienne. Elle était sûrement moins étrangère que lui, dans cette ville peuplée à moitié par des Italiens. »

un unique monument

Le Dantec annonce la couleur : « Je veux bien vous emmener dans le quartier et répondre à vos questions, mais je ne veux pas être piégé comme la caution rebelle d’un énième papier écrit pour vendre MP2013. Je veux parler de l’humain. Du social.

À propos de MP2013, le discours de la municipalité a été à peu près celui-ci : “Nous allons monter une machine de guerre”. La seule façon pour des villes comme Marseille de laisser des traces, c’est d’associer la messe culturelle à des opérations de rénovation urbaine. Ici, cela prend une dimension particulière parce que Marseille est un objet de mépris depuis des siècles. Mépris du Nord envers le Sud. Mépris du centre envers la périphérie. Mépris du Français pour l’étranger. Mais aussi mépris du peuple de la ville par ses élites.

Pour nous, MP2013 est un vernis culturel, l’accompagnement d’un processus de réhabilitation urbaine, qui consiste en un processus d’éviction, de guerre contre les pauvres plutôt que contre la pauvreté.

Samedi dernier, après la fameuse “Grande clameur” [2] qui était censée marquer l’inauguration et l’adoubement populaire de Marseille Provence 2013, on aurait dit une dispersion de manif avec beaucoup de bavardages. Comme s’il ne s’était rien passé. Il n’y avait pas grand-chose à voir, mais on était content d’être nombreux dans les rues. La ville était à nous, collectivement, comme quand l’OM gagne une coupe. Cendrars a encore raison aujourd’hui : “À Marseille, il n’y a rien à voir mis à part un unique monument : sa population.” »

quartier Noailles

Bruno nous emmène à travers les ruelles du quartier encombrées de marchands et de détritus. La bouche de la station de métro Noailles s’ouvre au milieu du capharnaüm. La municipalité laisse pourrir ces quartiers. Cette stratégie ne profite qu’aux rats énormes qu’on voit la nuit et le jour, venir chercher leur dû.

« Le quartier est en sursis, explique-t-il. L’installation de caméras, sous prétexte de ce qu’ils appellent à présent la “vidéo-tranquillité”, a rendu tout le monde hypersensible.

Le quartier a toujours été populaire, mais il y a trente ans, il y avait un mélange plus équilibré entre les populations. Il y avait une boucherie bon marché tenue par des Corses, “La Battilana” ; et une fromagerie modestement nommée “Le Royaume de la Chantilly” dont tout le monde se souvient.

Le quartier de Noailles est devenu un “quartier arabe” lorsque la municipalité s’est attaquée au souk du cours Belsunce.

Le Vieux Port

C’est le système des vases communicants qui dévastent les mouvements naturels de population. L’occupation des quartiers se fait selon les vagues d’immigration : si on les laisse faire, les gens s’organisent. Les mouvements que les autorités produisent pour chasser ceux qui ne leur plaisent pas — ces commerces comoriens ou maghrébins — ont des conséquences inattendues et catastrophiques. La tendance est à l’évacuation du centre-ville. Les pauvres sont repoussés vers le nord et les riches s’enfuient vers le sud.

Le quartier est en décadence et on met cette décadence sur le dos des populations. Mais la ghettoïsation est organisée. Non par décrets objectifs et opérations policières mais au moyen d’une stratégie urbaine pleine de bonnes intentions (la “mixité sociale” ne s’applique jamais aux quartiers cossus) associée à une politique du pourrissement. Du coup, le centre ville se vide. Il n’est plus peuplé que de primo-arrivants, ceux que les immigrés appellent les “blédards”. La pauvreté domine, les relations entre les communautés se tendent et la vie sociale se durcit.

Cela fait des décennies que ça dure et à l’intérieur, ça résiste, parce que la ville a depuis des siècles cette culture vitale que raconte Alèssi Dell’Umbria dans son Histoire Universelle de Marseille. Mais avec la mondialisation, l’État et les élites disposent de moyens inédits. Par exemple, la logique d’Euroméditerranée est redoutable. Avec ce projet de rénovation urbaine qui dure depuis vingt ans — la création d’un centre d’affaire à la Joliette, depuis les docks jusqu’à la rue de la République —, on part du principe qu’on ne pourra pas “reconquérir” le centre ville… donc on décide de l’excentrer. Et on laisse pourrir le centre originel. La vie devient impossible pour les habitants. Et pendant ce temps les loyers augmentent.

À ce jeu, les élites marseillaises ne sont pas toujours gagnantes. Par exemple, l’État a réussi le tour de force de couper la ville de son port (il faut entendre “Port autonome de Marseille” littéralement), ce qui n’arrange pas la bourgeoisie locale… »

courte vue des élites

Bruno Le Dantec : « Il y a une grande différence entre les élites marseillaises et barcelonaises. À Barcelone, l’élite utilise sa culture régionale comme une arme. Elle parvient à peser dans le débat national, et à vendre sa ville. Elle a labellisé le concept de “forum universel des cultures” et l’exporte dans le monde entier. Ils sont très forts pour vendre l’image de leur ville qui est devenue comme un produit ou un logo.

À Marseille, l’élite n’est même pas capable de s’appuyer sur ce capital. Elle méprise les cultures réelles de la ville et n’y a recours que quand ça l’arrange. En 2005, au moment des émeutes, ça avait relativement peu pété. Le préfet avait été très fier d’annoncer qu’à Marseille, “il n’y avait pas de banlieue”.

La mairie de Marseille brade sa ville, la vend en pièces détachées, privilégiant le gros business. La ville a acheté au prix fort l’Hôtel Dieu à l’Assistance publique — et puis elle l’a bradé à AXA. Le Grand Hôtel de Noailles a été bradé à l’État qui y a installé un commissariat. La courte vue est la seule vision politique des élites de la ville.

Ils ont remplacé le marché à l’ail par le marché de Noël. Alors qu’ils avaient là un argument touristique “fort”. »

le carrefour impossible

Nous arrivons au fameux carrefour que personne ne sait comment traverser : l’endroit où la Canebière croise le cours Belsunce. L’instant d’indécision au cœur de la ville…

On n’a jamais vu un carrefour remplir plus mal sa fonction de redistribution des passages. Marseille est un jardin de pierres et de ciment au sein duquel les sentiers rebiquent plus qu’ils ne bifurquent. C’est un labyrinthe qui s’égare en lui-même.

Des travaux sur le cours Saint-Louis, anciennement appelé le « petit cours », bloquent le passage. Une grande-roue, immense, encombre la chaussée de la Canebière et ajoute à la confusion.

Mêmes les lignes que tracent au sol les rails de tramway relèvent du malentendu : un projet de tram en attente subsiste à l’état de rails interrompus avant l’entrée du « petit cours », recouverts d’une chape de bitume.

Ces rails d’une ligne fantôme se mélangent à ceux du tramway du cours Belsunce qui, lui, est bel et bien en activité. Le passant est pris dans un réseau de lignes subliminales, métalliques, tressées au sol, qui brouillent les pistes de la balade quotidienne.

« Au moment du chantier du tramway, c’était hallucinant », se souvient Bruno Le Dantec. « Tu sentais dans ton corps l’irrespect pour la population. On cherchait, sans les trouver souvent, les cheminements piétons pour traverser. Tu devais marcher au milieu des pelleteuses. C’était une belle manière de te faire sentir que tu n’étais pas chez toi. »

Pendant qu’il parle et que nous cherchons une issue, Bruno joue au chat et à la souris avec l’appareil photo. Il ne veut pas être pris seul dans l’image mais au milieu des gens.

Lorsqu’on veut le prendre devant une grille de chantier au moment où des passants arrivent, il se fond dans la masse et disparaît.

« La mentalité de la bourgeoisie marseillaise est celle d’une oligarchie du tiers-monde qui a honte de la culture réelle, multiple, de la ville. Elle veut faire croire à un Marseille idyllique et provençal qui n’a jamais existé que dans le fantasme de parisiens nourris de pagnolades. Un Marseille provençal a bel et bien existé dans le quartier de pêcheurs de Saint-Jean mais les Allemands l’ont dynamité avec l’aval des autorités de Vichy.

Le romancier jamaïcain Claude McKay évoque ce Marseille dans son roman Banjo qui raconte l’histoire d’un marin resté à terre. C’est écrit à la même époque que Pagnol, mais ça se passe dans le milieu des Noirs antillais et africains. »

Nous finissons par trouver une faille dans la circulation erratique qui règne sur le carrefour et nous entrons dans le cours Belsunce où se dressent sur la gauche les immenses tours Labourdette qu’on appelle les « radiateurs ».

« Dans ces immenses paquebots futuristes, poursuit Le Dantec, la vie sociale a repris ses droits malgré le fonctionnalisme du projet initial. Chaque tour est devenue un véritable village vertical. C’est un avertissement lancé aux promoteurs qui font main-basse sur la ville. »

le cours Belsunce

« Autour du cours Belsunce, jusqu’au milieu des années 1980, on disait le “quartier arabe” — ou juste “le cours”. Il y avait plein d’échoppes à sandwiches, de toutes origines, faits avec des produits du coin. Ils ont tout détruit pour pouvoir contrôler et à présent ils se plaignent qu’il n’y ait que des kebabs.

Un marché informel s’était développé dans le quartier. C’était un vrai marché méditerranéen. Un bazar. Les rez-de-chaussée des immeubles servaient pour le stockage et les marchandises se vendaient sur le trottoir. Il y avait de tout : des tapis, des vêtements made in Taïwan, de l’électroménager… Le Méridional, quotidien réactionnaire aux ordres de Gaston Defferre, avait fait une série de reportages sur le bazar.

C’était un phénomène comme un monument historique de la ville, ainsi qu’une activité pleinement portuaire : le témoignage d’un rapport ancestral au commerce puisant ses origines dans l’antiquité et s’adaptant aux réalités sociales, économiques mais aussi technologiques de l’époque. Les immigrés qui faisaient des allers et retours entre la France et l’Algérie passaient par Marseille (à l’époque, ils n’avaient pas besoin de visa). Mais passaient aussi les immigrés qui vivaient dans toute la France, en Belgique ou en Alsace.

Dans les années 1980, avant qu’ils n’entreprennent de juguler ce marché, il y a eu un rapport commandité par la Chambre de commerce qui avait été largement commenté par Le Méridional, mais jamais publié. Ses auteurs avaient calculé que le souk générait plus de bénéfice que les deux shopping malls du Centre Bourse et du Centre Bonneveine mis ensemble. »

le Centre Bourse

Le Centre Bourse est cet immense centre commercial qui a été imposé au centre ville. Il a été construit comme une forteresse en plans inclinés et arrêtes répulsives sur le modèle des bunkers de la Seconde Guerre mondiale. Une espèce de fortin moderne déjà has been, planté au cœur d’un désert des Tartares surpeuplé : pour repousser les assauts des consommateurs non équipés de leur passeport de crédit.

Le bâtiment a très mal vieilli. En travaux actuellement, il semble s’enfoncer dans le sol comme s’il était bâti sur du sable.

Bruno Le Dantec : « Mais le bazar du cours Belsunce n’était pas un commerce comme il faut, un commerce d’enseignes bien rassurant pour la classe moyenne, qui ne se soucie pas de savoir que ce type de commerce génère moins d’emploi parce qu’il est rationalisé à l’extrême.

Le bazar générait une activité vitale pour Marseille. Je parle d’une époque où les entreprises étaient en récession, quand le port périclitait. La municipalité avait de grands projets pour récupérer la ville à sa cause. La reconquête avait commencé.

L’État français est très mal à l’aise avec tout ce qui est informel. C’est une vraie phobie. On n’a pas encore assez analysé la fascination morbide qu’on éprouve dans notre pays pour la grande surface. C’est en France qu’on a inventé les supermarchés, pas aux États-Unis.

À la fin des années 1980, une série de mesures a eu pour conséquence d’exiler le bazar vers la porte d’Aix. C’était le marché de Velten qui est devenu ensuite l’“espace Velten”. Aujourd’hui, on hésite entre ouvrir un centre social ou une mosquée dans ce lieu.

Ce marché n’a pas duré longtemps. Et pourtant les marchands se sont encore déplacés.

Il y a quelques années, le marché du Soleil a mystérieusement brûlé. Les rénovations ont été si lentes que les commerçants l’ont réoccupé illégalement. En attendant d’être à nouveau chassés vers le nord, ils ont fait les rénovations à leurs frais.

Comme par hasard, le propriétaire a le projet de creuser un parking sur cet emplacement en collaboration avec Vinci Park. Il a été le seul à toucher des indemnités grâce à une assurance globale souscrite un an avant l’incendie. »

« C’est quoi, la culture ? » ajoute Le Dantec. « Le sens français de la culture vient du haut. Il est parachuté pour éclairer les masses ignorantes. Elle vient s’asseoir sur les peuples. Tout cela est ambigu. Certains de mes copains, artistes, chanteurs, aimeraient en faire partie. Pouvoir bénéficier des financements… Je les comprends, il y va parfois de leur survie. C’est comme ça que la culture d’État domestique les cultures vivantes et les artistes. C’est le manège dans lequel on veut nous embarquer. »

où sont passés les bateaux ?

Nous revenons au manège qui tourne au niveau du carrefour impossible pour reprendre la Canebière. Direction : le Vieux Port.

La Chambre de commerce s’élève à notre droite, corsetée de son armature d’échafaudages. On va y pendre une immense bâche avec une Canebière en trompe-l’œil, qui se désaxe vers le Nord, comme un symbole des fantasmes de MP2013. Et nous arrivons à l’immense chantier du Vieux Port qui coupe la vue des passants.

Où sont passés les bateaux ? On ne voit que quelques bouquets de mâts et la masse imposante d’un hall immense.

« Ils sont pleins de bonnes intentions : qui serait contre l’idée de faire du Vieux Port une zone d’accès limité pour les voitures ? Sauf qu’ils détestent les bancs et les arbres : ça sera une “lèchefrite pour y griller le menu fretin”, comme disait le chansonnier rebelle Victor Gélu.

Ils se vantent que ce sera le plus grand espace piétonnier d’Europe. Mais les journalistes du site Mars Actu ont levé un lièvre : c’est le plus grand, si tu comptes l’espace aquatique !

Avant, le Vieux Port était consacré à la pêche, mais la pêche a périclité, et on n’a plus qu’un parking pour les yachts et les voiliers de luxe. Gaudin [Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille depuis 1995, NDLR] était même prêt à faire bétonner le Vieux Port afin d’attirer l’America’s Cup : pour en faire un garage à catamarans !

Non, ce n’est pas de la nostalgie que de regretter la disparition de ces usages qui relient les hommes à ceux qui les ont précédés. Il y a un assassinat culturel que la culture d’État ne peut pas remplacer. Là où ils détruisent une criée aux poissons, ils installent un théâtre.

Dans les quartiers nord, une amie m’a racontée que sur les immeubles qu’ils vont dynamiter, ils affichent des posters géants de futurs habitants (tous blancs) en image de synthèse. Le modèle esthétique véhiculé est une insulte aux populations précarisées qui vivent dans ces quartiers. »

chasse à l’image

« Pour en revenir à MP2013, leur projet de musée est à l’avenant. Le MuCEM, ce ne sera pas le musée de la méditerranée comme ils le prétendent, mais le sarcophage des cultures méditerranéennes vivantes.

Si tu regardes sur youtube, tu verras une espèce de sketch destiné à vendre MP2013 : dans une bastide, deux Marseillaises blondes, accent provençal point trop n’en faut, boivent le thé sur un bruit de chantier, marteau et perceuse. Le mari bricole et les deux femmes parlent du bruit des travaux comme si elles étaient dans un musée et qu’elles commentaient une installation d’art contemporain. La ville est en chantier. On va leur apporter la culture. On va leur apprendre à voir la beauté dans les petites choses de la vie. »

Nous n’avons pas réussi jusque-là à prendre Bruno Le Dantec en photo. C’est en fin de balade que nous trouvons la façon de faire. Pour l’avoir dans le champ, il faut le prendre aux passages piétons, lorsque le feu des voitures passe au rouge. Avec les passants qui traversent.

Post-scriptum

Bruno Le Dantec est écrivain. Il a écrit son dernier livre avec Mahmoud Traoré : Dem Ak Xabaar, Partir et Raconter, Éd. Lignes, 2012. Sur Marseille, voir La Ville-Sans-Nom, Marseille dans la bouche de ceux qui l’assassinent, Le Chien Rouge, 2007.

Lancelot Hamelin est dramaturge. Il a publié en 2012 un roman, Le Couvre-feu d’octobre, L’Arpenteur.

Cynthia Charpentreau est photographe, http://cynthiacharpentreau.tumblr.com.

Notes

[1C’est le titre du beau roman de Jean Malaquais, Planète sans visa, 1947, Éd. Phœbus.

[2Le 12 janvier 2013 à 19h00. les Marseillais ont été invités à participer à une « grande clameur » pour marquer l’inauguration de Marseille-Provence 2013.

À propos de l’article

Version en ligne

Publiée le

Catégorie .

Mots-clés , .

Version imprimée

Publiée dans Vacarme 63, , pp. 168-186.