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Qui aimes-tu le mieux, petite Leonarda ? La France ou ton papa ?

Qui aimes-tu le mieux, petite Leonarda ? La France ou ton papa ?

On imagine le conseil de crise à l’Élysée, pour trouver une porte de sortie à l’empoisonnante affaire. Que décider, quand d’autres enfants défilent dans la rue parce qu’ils ne supportent pas dans leurs classes les chaises vides des Leonarda, tandis que deux-tiers des Français disent – si l’on en croit un sondage infâme – ne pas souhaiter le retour de la jeune fille et de sa famille ?

C’est là, sans doute, qu’a surgi l’idée lumineuse : charger la gamine de dénouer la crise nationale qui porte désormais son nom. Un deal, donc : « Si elle souhaite poursuivre sa scolarité en France, un accueil lui sera réservé, à elle seule. » Leonarda, la balle est dans ton camp !

Effaré qu’un président de la République de gauche n’ait pas trouvé rédhibitoire de tendre ainsi un piège à une enfant, on a relu tout-à-l’heure le poème liminaire du Spleen de Paris, où Baudelaire réglait ironiquement leur compte à la bourgeoisie positiviste, aux amoureux des papiers d’identité et aux compromis raisonnables des Messieurs Homais-ou-Hollande. Il est reproduit, sans aucun doute, dans le manuel scolaire que la collégienne a dû laisser derrière elle.

L’étranger

– Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
– Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
– Tes amis ?
– Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
– Ta patrie ?
– J’ignore sous quelle latitude elle est située.
– La beauté ?
– Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
– L’or ?
– Je le hais comme vous haïssez Dieu.
– Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
– J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

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