Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne un glossaire

par

goule.

Entité hybride, la goule erre dans les campagnes, habite les ruines, se jette sur les passants, hante les cimetières, déterre et vole les cadavres. Comme le vampire, elle boit du sang, et comme le loup-garou, mange de la chair. Goule, dont la lèvre jamais ne se sèvre du sang noir des morts. Spectre dévorant et toujours inassouvi, elle apparaît dans Les Mille et Une Nuits, homme ou femme, et le folklore oriental en est rempli. Goule, ghal en arabe, fondant sur sa proie pour la dépouiller au sens propre, ou gula en latin, la bouche des animaux. Il lui arrive aussi de convertir un homme en chien et l’inverse.

spectre.

Proche du fantôme ou du revenant, substance sans corps, aussi bien simulacre, spectrum qu’apparence, eidos, le spectre est la figure fantastique d’un mort que l’on croit voir. Je le reconnais au marcher, spectre ou diable, je veux voir ce que c’est. Dom Calmet raconte qu’un curé du diocèse de Constance fut visité pendant trois ans par un spectre sous des formes variées et qu’il lui servit de la viande. Hantise frauduleuse, oiseau de mauvais augure, il apparaît à Macbeth, Dom Juan, Hamlet et d’autres. Maintenant, sur une immense terrasse d’Elsinore, l’Hamlet européen regarde des millions de spectres.

broucolaque.

Morts de mort violente, de suicide, après une vie immorale, une malédiction, les broucolaques ou vrykolakas sont des excommuniés condamnés à errer chez les vivants en forme d’ombres néfastes. Ils se placent sur les dormeurs, les écrasent, sucent le sang, dévorent la chair. On l’accusa de battre les gens, la nuit, de vider les cruches et les bouteilles. C’était un mort bien altéré. Morts qui ne se décomposent pas, ils entrent et sortent de leur tombe tant que l’Église n’a pas prononcé la formule adéquate. Le broucolaque appelle, répondre c’est mourir après quelques jours et du coup faire disparaître le spectre grec.

lémure.

Vacarme et mauvaise odeur, dans les Lemuria et les Fastes, Ovide raconte comment, pendant les fêtes du mois de mai, on s’y prend pour les éloigner. Face au son abrutissant des tambours, aux émanations repoussantes des haricots noirs calcinés sur les tombes, les lémures s’évanouiront. La nuit, dans les rêves ou la ville, les mânes de la famille, ombres terrifiantes, se montraient aux Romains effarés. Malfaisants, après une vie terrestre odieuse, les lemures latins tourmentent les vivants de leur propre inquiétude, proches, sans certitude, de la lamia grecque, un démon femelle spécialement vorace.

dibbouk.

Au bord de l’illicite, celui qui pratique une lecture trop assidue du Zohar expose son âme à l’activité sans relâche et la réincarnation. Une fois trouvé un corps vivant, le dibbouk s’y loge, adhère à son hôte souvent pêcheur, s’exprime par sa bouche. Ah, vous m’avez enterré, mais je suis revenu. Pour s’en débarrasser, dibbouk me rouah raah, union maligne, une cérémonie spéciale d’exorcisme est nécessaire. Dibbouk à la nuque roide je te remets entre les mains puissantes des hauts esprits. Le terme ne se trouve que dans la littérature du XVIIIème siècle, inspiré par la langue parlée des juifs allemands et polonais.

succube / incube.

Esprit muable qui peut prendre un corps d’homme pour s’accoupler avec une femme, incubus, satyre et cauchemar ou prendre celui d’une femme pour s’unir à un homme endormi, succuba, concubine. Sans chair ni sang, ce démon lascif qui aurait donné naissance à la légende des vampires, n’éprouve aucune volupté sauf celle de pousser au péché. Y a-t-il eu des incubes et des succubes  ? Nos savants jurisconsules démonographes admettaient également les uns et les autres. On dit que Servius Tullius était le fils d’une esclave et d’un incube. Attila, Merlin l’enchanteur, Luther auraient la même ascendance.

esprit.

Les Anciens identifiaient les esprits à des demi-dieux, à chacun le sien. Les philosophes, aux âmes des morts qui errent sur terre, privées de corps. Pour les cabalistes, ce sont des créatures matérielles à la substance la plus pure et pour l’opinion, des démons. À Poitiers, en 1447, un esprit s’amusait à casser les vitres d’une paroisse. Plutôt invisible, l’esprit frappeur cogne aux portes, aux murs, sur les meubles, il aime les maisons. S’il y a des esprits dans la chambre, ils doivent être singulièrement concassés. Il dirige la main de ceux qui écrivent et se voit convoqué, courant XIXème, aux séances de spiritisme.

revenant.

Revenu de l’arrière-monde, équivalant au fantôme, le revenant réapparaît en corps. Elle vit distinctement les revenants qui remuaient dans les arbres. Assez longtemps après sa mort, souvent en habit d’époque, il revient pour parler d’un sinistre événement, dénoncer un crime, réclamer une messe. Mort vivant, âme inquiète, il revient avant tout persécuter les vivants, autour d’un lieu-dit qu’on annonce hanté. Dans tous les pays, à chaque époque, toutes les classes sociales ont cru voir revenir de tels esprits, revenants, lutins, noirs esprits, sorciers, malignes influences, à tout croire on m’avait appris.

fantôme.

Sous son aspect ancien ou son habit de fantôme, suaire, chaînes, il est l’image désincarnée d’un mort, l’illusion, phantasma. C’est l’âme de votre prédécesseur qui revient, l’avez-vous vu  ? Non, mais des fantômes, cela ne se voit pas à la chandelle. Sa première histoire, l’Épopée de Gilgamesh, gravée sur des tablettes d’argile, parle d’une ombre transparente. Certains traînent sans but, d’autres ont une mission  : confondre un coupable, rendre un objet volé. Néron, après son suicide, a hanté Rome jusqu’à rejoindre une tombe. On dit que des fantômes sans tête occupaient les sièges des moines et nonnes sur le point de mourir.

vampire.

Ni vivant ni mort, errant la nuit, dans sa tombe le jour, il est un revenant en corps et en âme, mais distinct du fantôme, pur esprit. Il ne projette aucune ombre ni reflet et perdure en suçant le sang des vivants, transformés en vampires à leur tour. Le jeûne des vampires aura pour conséquence la soif qu’a le sang d’être bu. Il trouve sa forme la plus familière au XIIIème siècle en Europe orientale, nourrissant nombre de croyances, mais il figure déjà sur un vase préhistorique  ; le Dracula de Bram Stocker fonde le mythe moderne. Il hait la croix, l’eau bénite et l’ail, un pieu à travers la poitrine le tue pour toujours.

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Publiée dans Vacarme 20, , pp. 64-65.