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Pour la libération des corps et la dissension politique

De Nantes à Turin, de grands projets s’imposent au mépris des intérêts des peuples et de leurs volontés. L’exigence capitaliste de rentabilité conduit les gouvernements d’Europe à développer des infrastructures inutiles et couteuses. La destruction des écologies locales s’accompagne d’une dégradation rapide et dangereuse des conditions d’exercice de la citoyenneté. Ainsi, en Italie dans la vallée de la Suse, près de Turin, quatre jeunes gens accusés de « terrorisme » sont actuellement soumis à un régime pénitentiaire d’isolement et 54 personnes sont poursuivies pour avoir exprimé leur désaccord contre l’avancement des travaux de la Ligne à Grande Vitesse (LGV), à laquelle les communautés locales s’opposent depuis vingt ans. Enfermés pour « attentats avec finalités terroristes » après l’occupation d’un chantier, ils n’ont pas eu le droit à un procès équitable et contradictoire. L’accusation de « terrorisme » est désormais le passe-droit qui permet de condamner les opposants à ces grands projets. Vacarme soutient les militants de No Tav et appelle à la libération des corps et à la dissension politique.

Par cet appel, signé par des intellectuels d’Europe et d’ailleurs, nous souhaitons dénoncer le climat d’intimidation et de répression croissante qui règne en Italie et en Europe. Le cas de la Val di Susa est emblématique : quatre jeunes accusés de « terrorisme » sont actuellement soumis à un régime pénitentiaire d’isolement et 54 personnes sont poursuivis pour avoir exprimé leur désaccord contre l’avancement des travaux de la Ligne à Grande Vitesse (LGV), contre laquelle les communautés locales s’opposent depuis vingt ans. Nous sommes également très inquiets face à d’autres atteintes au droit à manifester et à exprimer son désaccord.
Cet appel est soutenu par les membres de la liste Effimera, un groupe de recherche et de réflexion internationale pluriel, né après l’expérience de UniNomade 2.0. Nous demandons à tous ceux qui ont à coeur la liberté d’expression et de critique de soutenir cette initiative qui vise à rappeler le droit à l’autodétermination des corps et des territoires en dehors des impositions et des logiques du capitalisme financier contemporain.

Pour signer : appello.contro.repressione@gmail.com

Appel pour la libération des corps et la dissension politique

Dans une leçon au Collège de France de 1978, Foucault écrit que l’art du gouvernement « a pour cible principale la population, pour forme majeure de savoir, l’économie politique, pour instrument essentiel, les dispositifs de sécurité ». Si cela est bien le plan à l’intérieur duquel nous évoluons, nous assistons aujourd’hui à un redéploiement des dispositifs de sécurité, une régression autoritaire de la société italienne et européenne, imperceptible autant que généralisée. Le conflit est pathologisé et intériorisé et toute politique positive, toute pratique de gestion autonome des corps, des relations, des territoires, sont réprimées. Nous sommes particulièrement troubléEs et préoccupéEs par la répression brutale dont sont victimes les activistes du mouvement No Tav en Vallée de Susa. Accusés de terrorisme (selon la législation toujours en vigueur depuis les années 1970), quatre jeunes militants, Claudio, Chiara, Mattia et Niccolò, sont en prison depuis décembre 2013. Cinquante-quatre autres activistes du mouvement No Tav sont actuellement jugés pour les faits relatifs aux manifestations du 27/6 et du 3/7/2011. Ces procès en cours auprès de la IVème Section du Tribunal de Turin, se déroulent dans des conditions qui violent gravement les droits de la défense comme l’ont dénoncé les avocats des inculpés ayant constaté « l’impossibilité objective de garantir l’exercice serein et effectif du droit de la défense ».

Répressif, lointain et donc « extérieur » aux cultures, aux corps, aux visages, ce nouveau pouvoir est en même temps proche.

Il en est de même dans d’autres villes italiennes : au cours des derniers mois, à Milano, à Bologne, à Padoue, à Rome, à Treviso, et à Naples, des ordonnances « d’interdiction de séjour », « de détention à domicile », « d’obligation de signature » ont été prises à l’encontre de celles et ceux qui, plus ouvertement que les autres, ont manifesté leurs désaccords politiques.

La mise en œuvre de ces mesures violentes nous révèle les traits d’un pouvoir qui a changé de nature. Répressif, lointain et donc « extérieur » aux cultures, aux corps, aux visages, ce nouveau pouvoir est en même temps proche, « intime » et diffusé par capillarité, capable de favoriser à l’adhésion à la norme ou prêt à écarter, emprisonner et expulser tout élément inadaptable.

Une vallée entière et toute sa population résistent depuis vingt ans à la destinée qui lui assignent les logiques de l’exploitation néolibérale intensive du territoire. Une logique sourde à tout désir, insensible aux besoins de la vie et au respect de l’environnement, obsédée par la rationalisation capitaliste de l’existence et le calcul des investissements les plus rentables. C’est face à cette logique aveugle, arbitraire et autoritaire qui voudrait tout soumettre aux seuls intérêts économiques que les communautés de la Vallée de Susa ont mis en jeu leurs corps et sont de devenues un modèle de résistance opiniâtre aux raisons du capitalisme financier, et ce en Italie comme au-delà des frontières nationales.

Des règles scélérates autorisent l’emprisonnement de jeunes militants au motif que « l’action terroriste est apte à dénaturer l’image de l’Italie ». Et, aspect particulièrement significatif, nous nous trouvons face à la revendication publique du côté obscène de cette répression, avec la complicité des médias principaux et d’une bonne partie de la classe intellectuelle italienne (avec des rares, mais significatives, exceptions).

C’est pourquoi les signataires de cet appel demandent la libération immédiate des militants emprisonnés sur la base d’accusations instrumentales et exorbitantes. Nous pensons que la multitude qui se soulève en Vallée de Susa ne fait que transgresser la logique dominante du « capital humain ». Ces jeunes mettent en jeu leur vie, en refusant l’idée que la liberté ne serait que l’acceptation d’un choix contraint ; ils ont soustrait leur liberté au calcul, pour la confier à l’accomplissement d’une idée.

Ces jeunes mettent en jeu leur vie, en refusant l’idée que la liberté ne serait que l’acceptation d’un choix contraint.

Il n’y a pas de politique qui ne commence par de tels éclairs, nous le rappelons. Ce sont les éclairs de l’intelligence et du courage indomptable de l’humanité, les seuls capables de faire trembler la soi-disant solidité du biopouvoir contemporain. Nous pensons que l’avenir de la politique réside dans la fidélité à ces éclairs auxquels quiconque peut participer, pourvu qu’il soit disposé à se mettre en jeu.

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