Journal de l’Opération sabotage littéraire

Cinquième journée. Objectifs : mer, bateaux marins et autres plaisirs nautiques

par

9h12

(Et oui... arrêt du travail hier à 20h, reprise à 9h pas si mal pour un parasite socio-intello.)

Avant même que je ne balance ma première citation, BB me propose une croisière… et des bikinis. Quand il n’est pas en retard, il est en avance… Au temps, BB, au temps…

J’attaque sans plus attendre avec ma première citation d’intérêt nautique, tout en me demandant si BBro est bilingue (je crois plutôt qu’il parle globish, mais passons) :


Call me Ishmael. Some years ago — never mind how long precisely — having little or no money in my purse, and nothing particular to interest me on shore, I thought I would sail about a little and see the watery part of the world. It is a way I have of driving off the spleen and regulating the circulation. Whenever I find myself growing grim about the mouth ; whenever it is a damp, drizzly November in my soul ; whenever I find myself involuntarily pausing before coffin warehouses, and bringing up the rear of every funeral I meet ; and especially whenever my hypos get such an upper hand of me, that it requires a strong moral principle to prevent me from deliberately stepping into the street, and methodically knocking people’s hats off—then, I account it high time to get to sea as soon as I can. This is my substitute for pistol and ball. With a philosophical flourish Cato throws himself upon his sword ; I quietly take to the ship.

Je m’appelle Ishmaël. Mettons. Il y a quelques années sans préciser davantage, n’ayant plus d’argent ou presque et rien de particulier à faire à terre, l’envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l’eau. C’est ma façon à moi de chasser le cafard et de me purger le sang. Quand je me sens des plis amers autour de la bouche, quand mon âme est un bruineux et dégoulinant novembre, quand je me surprends arrêté devant une boutique de pompes funèbres ou suivant chaque enterrement que je rencontre, et surtout lorsque mon cafard prend tellement le dessus que je dois me tenir à quatre pour ne pas, délibérément, descendre dans la rue pour y envoyer dinguer les chapeaux des gens, je comprends alors qu’il est grand temps de prendre le large. Ça remplace pour moi le suicide. Avec un grand geste le philosophe Catton se jette sur son épée, moi, tout bonnement, je prends le bateau.

9h37 : locomotive…

Avec son sens proverbial de l’à-propos, BB me propose à présent de prendre le train…

Deuxième extrait :


Je me vais comparant à la mer vagabonde
Où vont toutes les eaux de ce grand univers,
Parce que mes ennuis et mes soucis divers
Descendent de mon cœur d’une fuite seconde.

La mer pour le tribut qui de son sein abonde
Ne surpasse jamais ses hauts bords découverts,
Et pour extrême flux de mes tourments soufferts,
Mon cœur ne peut sortir des limites du monde.

Si les vents par la mer font émouvoir les flots,
Mon cœur est agité de mes cruels sanglots.
L’un est sujet d’Amour, et l’autre de Neptune,

Ils s’arrosent tous deux d’une amère liqueur,
Il est vrai que la mer parfois est sans fortune,
Mais las ! je sens toujours la tempête en mon coeur.

Siméon-Guillaume de la Roque

10h31 : projet de baptême

Je décide de prénommer mon prochain chat Siméon-Guillaume.

10h33 : rafale et petit plaisir

BBrother semble parti sans laisser d’adresse.

Il ne se passe rien.

Il est temps de lancer la troisième rafale du jour :


La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile
J’escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;

Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l’immense gouffre
Me bercent. D’autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !

Et puisque c’est mon dernier jour, je me fais un petit plaisir avec un supplément qui ne devrait pas trop (encore que…) fausser les données expérimentales (c’est la fête sur la paillasse) :


Passo di pena in pena
come la navicella
ch’in questa e in quell’altr’onda
urtando, urtando va.
Il ciel tuona e balena,
il mar tutt’è in tempesta,
porto non vede o sponda,
dove approdar non sa.

10h55

Big Brother me propose des fringues à moins 80%… Pas la moindre suggestion de ciré ou de combinaison de plongée.

11h14 : une histoire merveilleuse

BB fait un effort et me propose un voyage aux Canaries (on se réveille BB ? Pas trop fatigué par cette grasse matinée ?) où je pourrais vivre (souvenir de la veille et des sites de rencontre ?) une histoire merveilleuse.

12h08 : sunglasses

BB me propose des lunettes de soleil… J’aimerais en conclure qu’il se soucie de mes navigations à venir, mais crains plutôt qu’il n’ait remarqué — observateur comme il est — que nous sommes en été…

14h57 : droit à l’oubli

BB est à nouveau parti sans laisser d’adresse.

Après tout lui aussi a droit à l’oubli, quand on y pense.

Je sollicite, les mains tremblantes, mon site de poésie discount, à qui je lance :


Je sens vibrer en moi toutes les passions
D’un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions

La pudeur m’interdit de dire ce que lui inspire le syntagme « je sens vibrer en moi »…

La Science doit savoir, quand il le faut, emprunter les douteux chemins du vice.

Sinon rien…

Je réessaie plus modestement et propose du Melville : « Moi tout bonnement je prends le bateau ».

Et j’obtiens un certain succès avec ceci :

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Je suis assez fière également de cette autre suggestion :

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Mais je dois admettre que je suis assez déçue de ma tentative baudelairienne.

Avec « D’autres fois, calme plat, grand miroir de mon deséespoir », j’obtiens :

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AInsi que : 

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C’est pas mal, BB, c’est pas mal… Mais comment t’expliquer ? Cela s’appelle une métaphore et… Non ce serait trop compliqué.

15h30 : soupçon et un appel touchant

A vrai dire, je commence à avoir un énorme soupçon…

Il se pourrait — je ne sais comment le dire sans le vexer — que BB ait du mal à lire, pour ainsi dire, une phrase complète.

Les soupçons de mon honorable correspondante, celle qui est sagace, sur le nombre limité de ses neurones seraient-ils fondés ?

A tout hasard je tape « dyslexie » sur mon site de poésie discount.

Le résultat ne se fait pas attendre…

Comme toujours quand je le vexe, il réagit par une légère agression en me proposant d’avoir cinquante ans et d’en paraître trente-cinq — ce qui est vraiment absurde quand on connaît mon âge… Mais il ne peut pas cacher qu’il voit parfaitement ce à quoi je fais allusion :

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Il le voit même parfaitement… de quoi je parle… Et je me demande si je ne dois pas lire derrière cette réponse comme un appel touchant.

Mais non, Bro, il n’est pas trop tard... On peut apprendre à lire à tout âge. Nous en parlerons en privé…

16h30 : cocktail

Rien ne se passe sinon une suggestion de robes de cocktail.

Tu peux bien faire diversion, mon petit Big, tu ne vas m’empêcher de tirer les conclusions qui s’imposent.