remonter les murs de l’ancienne maison avec des dictionnaires

par

Illustrations de Mademoiselle Cocotte Minute

remonter les murs de l’ancienne maison avec des dictionnaires

On connaît l’histoire des trois petits cochons : pour se protéger du loup, le premier se précipite dans une maison en paille, le second, dans une maison en branche, le troisième, dans une maison en briques. On connaît moins l’histoire d’Eliezer Ben Yehuda, celui qui élut domicile dans une langue abandonnée depuis deux millénaires, et entreprit de la rebâtir, mot après mot, pour qu’elle puisse devenir le foyer verbal des juifs à leur retour d’exil. C’est une histoire qui se passe bien avant qu’Israël ne soit un État.

Eliezer Ben Yehudah, qui s’appelle alors Eliezer Perelman, est né en 1858 en Biélorussie, qui s’appelle alors Empire Russe, dernier d’une famille juive et pieuse de cinq enfants dont Google ne sait rien, et que mon imagination peine à se représenter autrement qu’en pose de groupe, et en noir et blanc.

Quand Eliezer a deux ans, son père meurt. Quand il a trois ans, on l’attèle à l’étude du Talmud, c’est l’âge habituel, pour les petits garçons. Quand il en a cinq, un oncle plus riche décide de le prendre chez lui, et de lui payer une éducation, car l’enfant montre des dispositions, et qu’il serait chic d’avoir un rabbin dans la famille ; et quand il a treize ans, l’oncle l’envoie à la grande yeshivah de Polotzk, en Russie, pour qu’il apprenne la fonction de rabbin. Mais il y a trop de monde à la grande yeshivah, du coup, c’est à la petite yeshivah du rabbin Bleuker qu’Eliezer s’inscrit. De toutes les façons, quel que soit l’établissement, les études comportent une seule matière : Talmud.

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