Vacarme 74 / Cahier

Théo et Hugo dans le même bateau

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Théo et Hugo dans le même bateau

Donner à lire un scénario serait une invitation à désirer le film, à deviner un regard derrière les mots. Une première scène offrirait l’occasion d’un jeu avec la jouissance possible d’un regard à venir. Le film Théo et Hugo, d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau qui sortira au printemps 2016, est une histoire d’amour. Mais la première scène est une invitation à jouir d’emblée de la possibilité qu’un film comme un amour naisse comme ça, à partir d’un seul regard, acceptant, en même temps, qu’il émerge au croisement complexe de plusieurs corps vrillés par les regards posés sur eux.

1. GÉNÉRIQUE

Des cartons plein-écran, lettres rouges sur fond noir et musique électronique.

2. INT. SEX CLUB — NUIT

L’écran d’un smartphone s’allume et indique 04:31.

Le smartphone est dans une main d’homme qui, de son pouce, tapote le clavier pour révéler un SMS : « Trop tard pour moi. Vis ta vie. ;-) »

L’homme, la quarantaine, range le smartphone dans sa chaussette.

Il est nu, à côté d’un bar.

La pièce est plongée dans la pénombre : c’est un sex club.

L’ambiance musicale alterne électro sophistiquée, techno de dance floor et pop au goût du jour, selon l’humeur du Barman.

L’homme jette un œil à la salle : au fond, près de l’entrée, deux garçons sont en train de se rhabiller, dans un petit coin où se trouve un banc.

Ailleurs dans la pièce, des garçons nus boivent un verre, se regardent ou discutent entre eux.

La torsion de sa tête permet à l’homme au smartphone de mieux comprendre quel couple il regarde, mais d’où il est, il ne peut voir exactement ces garçons qui paraissent fasciner Théo.

L’homme au smartphone se décolle du bar et se dirige vers un escalier étroit qui descend vers le sous-sol.

L’homme s’engage tranquillement dans l’escalier.

Il croise deux garçons qui remontent et qui ne lui adressent même pas un regard.

L’homme continue sa descente, disparaissant dans la pénombre.

3. INT. SEX CLUB — BACK ROOM — NUIT

L’homme finit de descendre les marches de l’escalier et débouche au sous-sol.

Au centre de la pièce se trouve un grand lit sur lequel il y a plusieurs couples ou plutôt plusieurs actions en cours qui impliquent aléatoirement deux ou plusieurs garçons.

Son regard s’attarde sur un visage, sur un sexe en érection, sur une belle paire de fesses, sur un torse agréablement poilu.

Après avoir observé un temps ces ébats joyeux, il regarde les garçons qui, comme lui, observent les baiseurs depuis les bords de la pièce.

Parmi eux, un garçon un peu jeune pour l’endroit, THÉO, pose un regard grave et concentré sur les garçons qui baisent sur le lit.

L’homme au smartphone l’observe un moment.

Théo ne fait nullement attention à sa présence car son regard reste dirigé fixement en un point précis. Sans doute observe-t-il un couple ou un garçon en particulier.

L’homme regarde à nouveau vers le lit, en suivant la direction du regard de Théo, mais il n’est pas très facile de comprendre quel couple plonge le jeune homme dans une telle réflexion.

L’homme regarde Théo de la tête aux pieds : il est beau, très mince, avec un beau sexe en semi-érection au milieu d’une toison pubienne abondante. Le regard de l’homme remonte du pubis vers le torse en suivant la ligne de poils qui s’élance à l’assaut du ventre, franchit le nombril et vient rejoindre la poitrine du jeune homme.

Le regard remonte encore vers le menton, puis les lèvres entrouvertes et enfin le regard de Théo, toujours très concentré, grave.

Théo se détache du mur et commence à faire le tour du lit, comme cherchant un point de vue différent.

La torsion de sa tête permet à l’homme au smartphone de mieux comprendre quel couple il regarde, mais d’où il est, il ne peut voir exactement ces garçons qui paraissent fasciner Théo. À peine voit-il, à travers les autres corps enlacés, deux garçons qui baisent.

L’homme au smartphone se détache du mur et décide de faire le tour de la pièce dans le sens inverse de celui de Théo, pour le croiser.

Théo, en effet, continue son chemin, en regardant toujours le couple qui le fascine et l’homme au smartphone l’observe par-delà les corps enlacés.

Ils marchent lentement comme des amateurs d’art autour d’une statue.

Malgré tout, l’homme au smartphone a vite rejoint Théo qui a franchement ralenti sa marche pour observer tout à son aise.

L’homme au smartphone voit à présent mieux le couple qui fascine Théo, mais il ne peut savoir lequel des deux partenaires retient ainsi son attention. Ce sont deux jeunes hommes, dans les trente ans.

L’homme au smartphone ne s’intéresse pas longtemps à ce couple. Il passe devant Théo. Il pose sa main sur son ventre et descend en direction du sexe tout en cherchant des yeux son regard.

Théo plonge ses yeux dans ceux de l’homme au smartphone, mais repousse la main avec douceur.

L’homme au smartphone n’insiste pas, retire sa main et s’éloigne un peu.

Théo le regarde un instant s’éloigner : UN HOMME TRÈS BRUN arrête l’homme au smartphone et commence à l’embrasser.

Théo reporte à nouveau son regard vers le couple qui le fascine.

L’un des deux partenaires retient plus que l’autre son attention. C’est HUGO.

Hugo est en train d’enfiler un préservatif. Il ne voit donc pas le regard insistant de Théo.

Théo déplace son regard vers le partenaire de Hugo et constate qu’il est en train de le regarder.

Ce regard n’exprime rien de particulier. Théo hésite à y voir une invitation.

Un garçon vient alors caresser Théo qui se laisse faire.

L’autre interprète cette passivité comme une invitation.

Il vient donc coller sa bouche à celle de Théo qui accepte ce baiser et même y répond.

Il embrasse le garçon, mais continue à regarder Hugo qui est en train de pénétrer son partenaire avec les doigts. Le partenaire a les yeux fermés. Hugo lui caresse le dos, la nuque avec son autre main, les yeux posés sur lui.

Théo peut donc tout à loisir l’observer.

Il regarde le sexe de Hugo en érection qui pointe au-dessus des fesses de son partenaire, sa belle main qui glisse sur la peau, son bras droit aux muscles qui se bandent dans l’effort fait pour pénétrer le partenaire, sa poitrine, ses tétons, une oreille, la joue, le cou qui paraît tendre à embrasser.

Le partenaire de Théo, lui, décolle sa bouche de la sienne et commence à lui lécher l’oreille.

Puis il embrasse Théo dans le cou, sur la poitrine, lèche un téton.

Machinalement, Théo pose sa main sur la tête de ce partenaire du moment.

Le partenaire toutefois sent que Théo n’est pas avec lui. Il remonte pour l’embrasser, pose en effet un baiser sur ses lèvres, mais constate que Théo continue à regarder ailleurs.

Le partenaire décide donc de s’en aller.

Théo le laisse partir.

De l’autre côté du lit, à travers les corps enlacés, Théo voit l’homme au smartphone, à nouveau adossé au mur, qui l’observe encore. L’homme très brun qui l’embrassait tout à l’heure est à côté de lui et lui donne des baisers dans le cou, sur l’épaule, sur la poitrine.

L’homme au smartphone réagit à ce croisement de regard en se décollant du mur et en abandonnant son partenaire, mais Théo détourne vite les yeux et reporte son regard sur Hugo.

Cette fois, Hugo est en train d’enculer son partenaire qui s’est mis sur le dos.

Théo s’approche un peu plus.

Il commence à se branler doucement en les regardant faire.

Puis, presque un peu timidement, il tend la main pour toucher le partenaire de Hugo.

Celui-ci réagit favorablement à cette main qui se pose sur son torse.

Hugo, concentré, a fermé les yeux et ne voit pas Théo.

Théo caresse donc le partenaire, tout en se branlant. Il lui titille un téton du bout des doigts, caresse les poils du torse, remonte vers le cou, le menton, les lèvres.

Le partenaire ouvre les yeux et le regarde.

Théo ne répond pas au sourire qu’il lui adresse.

Le partenaire alors chasse sa main de son corps, comme on chasserait une mouche, puis ferme les yeux, coupant court à toute interaction entre eux.

Théo n’est pas particulièrement surpris par cette réaction.

Il décide de s’éloigner de quelques pas et croise alors à nouveau l’homme au smartphone.

Théo détourne le regard.

L’homme au smartphone s’adosse quand même au mur, espérant que Théo s’arrête, mais Théo continue son chemin.

Il ne fait que quelques pas avant de se faire arrêter par un garçon joliment athlétique.

Théo se laisse faire et répond à la demande de baiser avec fougue. Entre eux s’engage une étreinte très vive.

Le garçon se baisse pour sucer Théo qui peut ainsi continuer à regarder, même si d’autres corps enlacés s’interposent entre lui et Hugo.

Il le voit de trois-quarts dos et peut ainsi détailler sa nuque, son dos, ses fesses.

Théo baisse son regard vers son partenaire et, de sa main posée sur sa joue, lui fait cesser sa fellation et revenir à son niveau.

Il se penche à son oreille et lui dit quelques mots très doucement que la musique empêche d’entendre.

Le partenaire lui répond quelques mots aussi.

Alors Théo va vite en besogne.

Il s’empare d’un préservatif et l’enfile, il prend le temps de se munir de gel à un distributeur, puis il retourne le garçon, et le pénètre d’un seul coup.

Comme il n’y a pas de place pour eux sur le lit, le garçon, pour conserver son équilibre, se penche un peu et s’appuie sur un autre corps.

Théo, lui, continue à regarder de l’autre côté du lit, Hugo et son partenaire.

Hugo a toujours les yeux fermés. Il paraît jouir profondément, intensément, sérieusement.

Il se penche sur son partenaire, colle son ventre contre son dos, vient poser son menton dans le creux de son épaule, lui lèche l’oreille, lui dit quelques mots qui semblent l’exciter.

Le partenaire sourit de plaisir.

Théo lui aussi donne du plaisir à son partenaire.

Il se colle, comme Hugo, contre son dos et vient poser sa tête près de la sienne, mais c’est pour mieux regarder, de l’autre côté du lit, Hugo qui continue les mouvements lents et doux de son bassin.

Théo, lui, donne des coups nettement plus puissants pour le plus grand plaisir de son partenaire.

Théo se concentre bien plus sur ce qui se passe de l’autre côté du lit que sur sa propre action.

Pour mieux voir, il fait se déplacer un peu son partenaire.

Du coup, le garçon sur lequel le partenaire de Théo s’appuyait, se retourne.

Le jeu paraît l’intéresser.

Ce garçon commence lui aussi à caresser le partenaire de Théo et bouge, en sorte que Théo ne voit plus très bien ce qui se passe de l’autre côté.

Théo, nerveusement, le pousse, mais ce nouveau partenaire ne voit dans ce geste qu’une invitation à continuer.

Il se déplace donc selon ce qu’il croit être l’indication de Théo et commence à embrasser le premier partenaire.

Théo ne voit pas d’inconvénient finalement à ce jeu, pourvu qu’on le laisse regarder Hugo.

Il se met donc à caresser les deux têtes.

Puis il s’enhardit et vient caresser la tête de Hugo qui n’ouvre toujours pas les yeux. Théo embrasse Hugo dans la nuque.

Le jeu paraît amuser Hugo car il sourit.

Joueur, Hugo fait se retourner son partenaire, prend une autre position et, ainsi, tourne son visage vers Théo. Il n’en conserve pas moins les yeux fermés, volontairement. Il tend les lèvres ; Théo approche ses lèvres et l’embrasse très doucement pour commencer.

Hugo caresse la tête de Théo, paraît prendre un grand plaisir.

Au moment où le plaisir semble atteindre une intensité élevée, Hugo, toujours souriant, ouvre soudain les yeux.

Son regard plonge instantanément dans celui de Théo et se fige, comme aimanté. Le sourire reste sur ses lèvres, flottant.

Théo, lui, ne sourit pas : il est plutôt grave, comme sous le coup d’une fascination.

Toute sa jouissance paraît passer dans cet échange de regard.

Les deux garçons commencent à sérieusement se désintéresser des jeux érotiques dans lesquels ils étaient engagés.

Théo s’immobilise de plus en plus : autour de lui les corps s’agitent, mais il s’est absenté de ce mouvement général.

D’un coup, il se retire de son partenaire.

Celui-ci, occupé avec le troisième garçon, ne manifeste guère de déception. Libéré de l’étreinte de Théo, il se concentre exclusivement sur cet autre partenaire.

Le troisième larron, lui, en revanche, voudrait bien retenir Théo. Il tente de l’embrasser, mais Théo se dégage avec douceur, sans détacher son regard de celui de Hugo.

Théo se met debout et fait un pas en arrière pour mieux dominer la mêlée et regarder Hugo. Il retire son préservatif et le jette.

Hugo continue à sourire. Son partenaire sentant qu’il se désintéresse de lui se dégage et quitte le lit.

Hugo fait lui aussi un pas en arrière pour mieux voir Théo.

De l’autre côté du lit Théo n’a toujours d’yeux que pour Hugo.

Ils se regardent un moment de part et d’autre du lit. Les garçons qui passent à côté d’eux n’osent pas les toucher.

Hugo, à son tour, se débarrasse de son préservatif.

C’est comme un signal : ils montent sur le lit et commencent à marcher l’un vers l’autre, écartant ou enjambant les corps qui les dérangent.

Le temps qu’ils mettent à parcourir la distance qui les sépare s’allonge hors de toute proportion. Leur progression est lente, au ralenti peut-être, mais ils avancent, droit vers leur but, irrésistiblement attirés l’un par l’autre.

Ils se retrouvent face à face au centre du lit. Ils se touchent : le visage, la poitrine, l’épaule, la nuque. Hugo ne s’est pas départi de son sourire, Théo reste grave, comme émerveillé.

Ils s’embrassent.

C’est très tendre.

Ils continuent leurs préliminaires, nus, débout au centre du lit, indifférents aux garçons qui sont autour d’eux.

Ils s’embrassent, se lèchent le cou, l’oreille, se frottent l’un à l’autre, tendrement et intensément.

Théo descend le long du torse lisse de Hugo, s’arrête sur un téton, puis descend le long du ventre.

Il se met à genoux pour embrasser son bas-ventre.

Hugo sourit toujours.

Il caresse la tête de Théo puis se baisse à son niveau, à genoux lui aussi.

Ils sont donc maintenant à la hauteur des garçons qui sont debout autour de la pièce ou qui marchent autour du lit.

Certains ne peuvent s’empêcher de regarder, avec fascination ou envie, ce couple qui fait l’amour comme on le fait rarement en un tel lieu.

Dans ces regards, ce couple paraît véritablement flotter en apesanteur.

Théo et Hugo font donc l’amour comme dans une chambre, hors du monde.

C’est d’abord un baiser, long, très long, entrecoupé d’étreintes passionnées pendant lesquelles les deux amants se serrent à s’étouffer.

Puis Théo s’allonge et Hugo commence à l’embrasser sur tout le corps.

Il s’attarde sur un téton, délicatement.

Théo pose sa main sur la tête de Hugo, lui signifiant ainsi qu’il aime cela.

Hugo alors mordille carrément le téton de Théo.

Théo gémit et gonfle sa poitrine pour mieux jouir. Il appuie encore un peu plus fort sur la tête de Hugo qui, comprenant le jeu, s’acharne davantage.

Théo rit de plaisir.

L’homme au smartphone s’approche, il pose un genou sur le lit, tend la main vers ce nouveau couple, mais il croise le regard de Hugo et retire sa main, comprenant qu’il n’a pas sa place dans leurs jeux érotiques.

Il quitte le lit, s’éloigne un peu.

Hugo relève la tête, jette un regard malicieux à Théo qui lui sourit largement et descend vers le sexe de Théo en léchant son corps en chemin.

Il s’arrête un instant sur le nombril puis reprend sa route.

Théo écarte les jambes pour que Hugo puisse l’embrasser tout à son aise.

Hugo se met à genoux entre les cuisses de Théo et s’empare de ses testicules qu’il se met à caresser et masser doucement en regardant Théo dans les yeux.

Ils restent ainsi un moment, seuls au monde, prenant leur plaisir les yeux dans les yeux.

Hugo alors se penche pour sucer Théo.

Il embrasse son sexe à la base du gland, sur le méat, tout autour de la couronne.

Puis il commence à donner des coups de langue délicats sur le frein.

Enfin, il y va de la bouche suçant d’abord délicatement le gland puis enfournant le sexe entier dans sa bouche.

Théo le regarde faire, heureux.

Y a-t-il encore des garçons autour d’eux ?

À un gémissement plus élevé que les autres de Théo, Hugo relève la tête.

Théo lui fait un beau sourire.

Hugo y répond et recommence sa fellation.

Théo gémit de plaisir.

Soudain il prend le visage de Hugo entre ses mains, souriant, le souffle court, soulevant sa tête pour qu’il arrête de le sucer.

Hugo le regarde, un peu surpris, avant de comprendre que Théo a vraiment besoin de souffler.

Il échange un nouveau regard souriant avec Théo puis s’étend sur lui pour venir l’embrasser.

L’un sur l’autre, ils s’embrassent et se serrent fort dans leurs bras.

Ils roulent, Théo prend le dessus.

Il place son bassin entre les cuisses de Hugo qui relèvent les jambes.

Théo lui sourit et pousse du bassin.

Hugo gémit de plaisir et commence à se masturber.

Il ferme les yeux.

Théo regarde son visage qui exprime une grande jouissance.

Il tend une main vers un de ses tétons et le triture, assez vigoureusement.

Hugo gémit.

Théo le regarde gémir et sourire les yeux fermés.

Il se penche pour sucer son téton, toujours le bassin entre ses cuisses.

Hugo croise ses jambes autour du corps de Théo.

Théo va chercher un baiser.

Le baiser peu à peu devient très intense, furieux presque.

L’un et l’autre ont le souffle court, pris d’un désir très impérieux.

Théo se détache, haletant, et regarde Hugo qui a toujours les yeux fermés et, bouche ouverte, haletant, semble attendre encore un baiser.

THÉO. — Tu gardes toujours les yeux fermés ?

HUGO. — Je suis avec toi… je suis mieux avec toi les yeux fermés…

THÉO. — Moi, je te regarde.

Théo se penche pour embrasser les paupières de Hugo qui, avec fougue, vient chercher sa bouche, serrant plus fort ses jambes.

Ils s’embrassent très passionnément.

Théo presse son bassin entre les jambes de Hugo, fortement.

Hugo détache sa bouche de celle de Théo et vient lui parler dans l’oreille.

HUGO. — Oui, c’est bon… plus fort… plus fort…

Théo ne sait plus trop où il en est.

Il presse son bassin entre les cuisses de Hugo et le pénètre.

Hugo vient coller sa bouche contre son oreille.

Il chuchote quelques mots, rapides, puis commence à lécher.

Cette langue dans son oreille affole littéralement Théo dont tout le corps se couvre de frissons.

Théo ne sourit pas : il est plutôt grave, comme sous le coup d’une fascination. Toute sa jouissance paraît passer dans cet échange de regard.

Il presse son bassin entre les jambes de son partenaire, encore, fort, plus fort.

Il ne faut que quelques mouvements pour que la jouissance vienne.

Il pousse un petit cri.

Hugo, qui se masturbait, jouit en même temps que lui.

Leurs corps se relâchent.

Théo tombe sur Hugo, le souffle court.

Il rit lui aussi.

Ils roulent sur le lit puis se détachent l’un de l’autre.

Théo se redresse sur un coude pour regarder Hugo, mais, en faisant ce mouvement, c’est l’homme au smartphone qu’il voit en premier.

L’homme le regarde intensément, on dirait qu’il va parler. Il est grave, il fixe une dernière fois Théo et se dirige vers la sortie de la back room. Sur son chemin, il croise son partenaire de tout à l’heure. Ils échangent une caresse avant que l’homme au smartphone n’emprunte à nouveau l’escalier.

Théo reporte son regard sur Hugo qui s’est couché sur le flanc, visage tourné vers Théo.

Hugo respire profondément, toujours son sourire aux lèvres.

Un instant, Théo le regarde.

Il le caresse de l’épaule jusqu’à la hanche, tendrement.

Hugo alors se met sur le dos et ouvre soudain les yeux.

Avec Théo, ils échangent un long regard.

De la main, Hugo attire la tête de Théo vers la sienne.

Ils s’embrassent, longuement, tendrement comme on fait après la jouissance.

Ils cessent de s’embrasser et se regardent.

Certains ne peuvent s’empêcher de regarder, avec fascination ou envie, ce couple qui fait l’amour comme on le fait rarement en un tel lieu.

Hugo fait un beau sourire à Théo et se jette à nouveau sur ses lèvres.

Quand le baiser cesse, Hugo prend du papier toilette au gros dévidoir qui est au mur. Il en donne à Théo. Ils s’essuient en se souriant.

Puis Hugo descend du lit et tend la main à Théo pour l’en sortir à son tour.

Théo lui prend la main en souriant et quitte le lit.

Hugo prend les devants et entraîne Théo dans l’escalier en le tenant toujours par la main.

Il monte sans se retourner.

Théo ne voit que son dos.

4. INT. SEX CLUB — NUIT

Théo et Hugo finissent de monter les marches et entrent dans la pièce du rez-de-chaussée.

Hugo tient toujours Théo par la main.

Ils se dirigent directement vers le bar autour duquel quelques clients s’attardent encore.

Hugo lâche la main de Théo et s’appuie des deux coudes sur le comptoir, tournant la tête vers le BARMAN qui est en train de finir de servir un garçon.

Théo se place à côté de lui.

Le barman tourne la tête vers eux pour leur faire comprendre qu’il les a vus.

Il repose sa bouteille et vient à eux.

Sans un mot, Hugo tend le bras pour montrer le bracelet qui, comme dans une piscine, porte le numéro de son vestiaire. Théo, à son tour, montre son bracelet.

LE BARMAN. — 25… 21… 25… 21…

Le barman disparaît dans un petit réduit qui se trouve dans son dos.

Théo jette un œil du côté du banc, tout près de la porte d’entrée, où les clients se rhabillent.

L’homme au smartphone est en train d’enfiler un pull. Quand sa tête émerge à nouveau, il remarque le regard de Théo.

Il le fixe droit dans les yeux pendant qu’il enfile son blouson, puis lâche son regard pour sortir.

Théo reporte son attention vers Hugo et l’embrasse dans le cou.

Le barman revient avec deux sacs poubelle qu’il pose sur le comptoir.

LE BARMAN. — Bonne journée, les garçons…

THÉO ET HUGO. — Bonne journée.

Théo et Hugo se dirigent vers le coin du banc.

Ils posent leurs sacs poubelle sur le banc et en sortent leurs vêtements.

Ils se rhabillent en silence. Hugo est totalement concentré sur son habillage tandis que Théo jette encore quelques coups d’œil aux clients : essentiellement des garçons seuls.

L’un d’eux aperçoit le regard de Théo et lui adresse un sourire complice qui semble dire, « toi, tu as de la chance, tu ne repars pas seul ce soir. »

Théo détourne le regard et se met à lacer ses chaussures.

Hugo, lui, est déjà en train de passer son blouson, il semble soudain pressé de quitter les lieux.

HUGO. — Je t’attends dehors.

Théo, surpris, le regarde sortir : Hugo va d’abord à la caisse payer ses consommations et, tranquillement, sans se retourner, quitte la boîte.

Théo retourne à ses chaussures, dont les lacets lui donnent bien du mal.

Enfin, il se redresse et va à son tour à la caisse pour payer ses consommations. Au passage il jette le sac poubelle dans le bac destiné à cet usage comme l’a fait Hugo plus tôt.

Et il donne son bracelet au garçon de la caisse qui le prend et se penche sur un écran d’ordinateur.

LE GARÇON DE LA CAISSE. — 25… un gin tonic. C’est ça ?

Théo fait oui de la tête.

LE GARÇON DE LA CAISSE. — Alors, 8 euros 20…

Théo donne un billet de vingt euros.

Le garçon lui rend sa monnaie.

THÉO. — Merci. Salut !

LE GARÇON DE LA CAISSE. — Salut !

Théo met son sac à son épaule et sort.

[...]

Théo et Hugo dans le même bateau

Photo Maxence Germain - Ecce Films

Théo et Hugo dans le même bateau

Photo Maxence Germain - Ecce Films

Théo et Hugo dans le même bateau

Photo Maxence Germain - Ecce Films

Théo et Hugo dans le même bateau

Photo Maxence Germain - Ecce Films

Post-scriptum

Théo et Hugo dans le même bateau sera présenté dans la sélection Panorama du Festival de Berlin (11-21 février 2016).

Jacques Martineau et Olivier Ducastel écrivent et réalisent ensemble depuis leur premier film, Jeanne et le garçon formidable, en 1998. Photos de Maxence Germain pour Ecce Films.

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Publiée dans Vacarme 74, , pp. 82-95.