penser sous la conjoncture

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« Penser sous la catégorie de conjoncture, ce n’est pas penser sur la conjoncture, comme on réfléchirait sur un ensemble de données concrètes. Penser sous la conjoncture, c’est littéralement se soumettre au problème que produit et impose son cas. »

Louis Althusser, « Machiavel et nous », 1976.

Le dossier qui suit a été bouclé le soir du 9 juin 2002. Tous ses textes ont été rédigés dans l’intervalle de deux premiers tours : celui des présidentielles, sinistre ; celui des législatives, inquiétant. Ce n’est pas un choix ; c’est un hasard du calendrier. C’est aussi l’effet d’une périodicité trimestrielle qui nous donne — comme à chaque nouvel événement — le sentiment d’arriver à la fois trop tôt et trop tard.

Trop tôt, parce que les lecteurs de Vacarme en savent beaucoup plus que n’importe lequel de ses rédacteurs quant aux résultats définitifs des législatives et ce qui s’en est déjà suivi, même si la victoire de l’Union pour la Majorité Présidentielle ne faisait le 9 juin plus aucun doute. Trop tard, parce que Vacarme est aussi pour nous une manière d’agir, et que la temporalité d’une revue est peu compatible avec l’urgence avec laquelle nous nous sommes sentis convoqués par la qualification de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour des présidentielles, par les premiers gestes du gouvernement Raffarin et par l’imminence des législatives.

Trop tôt ou trop tard : ce contretemps nous plaît. À sa façon boiteuse, il permet d’être adéquat à l’événement. Le temps qu’il nous a laissé est assez long pour éviter d’être happés par un traitement au jour le jour dont on sait les caprices - à la forte médiatisation des mobilisations de l’entre-deux tours des présidentielles a succédé, après le 5 juin, un étrange silence sur la façon dont le mouvement s’est poursuivi et transformé, au point de donner l’impression qu’il avait fait long feu. Mais il est aussi assez court pour nous prémunir contre le surplomb tranquille auquel peut conduire l’éloignement dans le temps, et pour conserver quelque chose de l’accablement, de la volonté de comprendre et de débattre, des tâtonnements d’hypothèses, de la joie - malgré tout - que nous avons éprouvée au 1er mai, et dans certains des nombreux débats, réunions, assemblées plus ou moins improvisés auxquels nous avons participé.

C’est de cette manière (au fil d’un travail collectif qui a excédé les frontières de Vacarme) et dans cet état (une confusion assumée et le besoin de s’armer, dans l’instant et pour la suite) que nous avons conçu ce dossier : être attentif à ce qui advient plutôt que de retomber sur ses vieilles grilles d’analyse [1/ UN MOMENT CONSTITUANT], cela supposait une exploration à la fois de nos points aveugles [2/CLASSES POPULAIRES, PARTI POPULISTE ?], de nos fêlures [3/GAUCHE : COMBIEN DE DIVISIONS ?] et de nos illusions d’optique [4/A L’ITALIENNE].

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Publiée dans Vacarme 20, , page 14.