« ça passe très vite et je n’y peux rien » séances médiumniques dans une salle de voyance parisienne

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Madame Mathilde est l’une des médiums les plus âgées actuellement en exercice. « Un pied dans ce monde, un pied dans l’autre », ainsi définit-elle l’affinité particulière, depuis l’enfance et un grave accident, qui la qualifie pour faire parler les morts. Le travail rituel fait dépendre la véracité de la parole oraculaire d’une mise en abyme de ses conditions d’énonciation. Tout l’art du médium repose sur l’aptitude à faire entendre dans sa propre voix la trace d’un locuteur invisible sans, pour autant, basculer dans un simple jeu théâtral. Le travail d’identification poursuivi avec le consultant équivaut à l’ancien travail photographique à partir d’un support visuel.

1- La dame qui écrit, là-bas, qui a des lunettes, la dame qui a des lunettes. Oui, madame, et pas quelqu’un d’autre. Ça passe très vite et je n’y peux rien. Vous étiez tellement occupée que la personne qui était dans l’autre monde vous regardait, comme si on voulait vous obliger à reprendre vie. « Mais, enfin, réveille-toi ! Mais, enfin, qu’est-ce que tu fais à penser qu’aujourd’hui ou demain tu vas t’en aller Pourquoi tu prépares ton départ ? » Excusez-moi, madame, je transmets ce qui m’est donné. « Mais je t’aime fort, moi, je suis de l’autre côté mais je t’aime fort. Et je t’ai pas lâché la main. » D’accord ? « Et j’attends quand tu pourras avoir des vibrations à mon contact, comme j’essaye d’en avoir... » Excusez-moi, madame, c’est pas moi qui vous tutoie, hein, c’est la personne qui est avec moi. « ... Tant que je pourrai avoir du contact avec toi, tant que tu sentiras mes vibrations venir vers toi, sache que je serai là pour t’aider à te tenir debout, à faire comprendre à ceux qui t’entourent qu’elle est là, la vérité. Je ne suis pas un arbre, je suis quelqu’un qui revit. » Je ne sais pas pourquoi elle dit ça, elle devait avoir un amour pour la campagne ou pour les arbres, ça c’est très net. Elle me promène dans les arbres, je suis un petit peu dans les bois, dans les chemins, d’accord ? « Et j’ai retrouvé mon chien, rassure-toi. » Elle avait eu un chien - ...- Oui, madame, y avait un chien, tout petit, tout petit petit. Ah ça, quand on ramène des souvenirs, hein « Mais - elle dit - tu vois, c’est pour te montrer que je suis bien là, que je t’ai pas laissée et que si tu voulais remémorer des souvenirs, si tu voulais les prendre dans l’écriture et si, quelquefois, tu voulais reprendre tes pinceaux... Pourquoi tu les as cachés ? Pourquoi as-tu tout coupé en pensant... c’était la fuite. » N’y comptez pas, madame, ce n’est pas demain, ce n’est pas encore le temps, il vous faudra accepter de vivre, et je dirais mieux, de revivre encore. Vous avez encore du temps. D’accord ? Si vous avez une question, je suis prête à y répondre -...- Faites quand même très attention, madame. Il n’y a pas de maladie grave mais un problème aux reins, quand même, depuis quelques temps - Oui [voix très basse]- C’est exact Merci, madame - Merci - Je vous en prie. C’est comme ça, je ne changerai pas, je suis née comme ça. Les gens ont leurs défauts, je le dirai quelquefois. Mais pour moi, c’est vraiment vrai.

2- Le premier mot que j’ai entendu : « Maman, je ne voulais pas faire ça, comme ça. Maman, je ne voulais pas m’en aller comme ça. » Allons, madame, j’essaie de vous montrer qu’il est vivant, j’essaie de vous montrer qu’il est près de vous. Je ne vous connais pas, je ne le sais pas, ok ? Moi je ne jouerais pas comme ça mais, madame, lorsque ce petit, pour moi c’est un petit, était plus jeune - Mais je ne l’ai pas connu - Vous l’avez pas connu du tout ? Ah d’accord, donc il est difficile de vous dire, mais moi, c’est accidentel... Alors je ne sais pas ce qu’il veut vous dire, mais vous allez comprendre quelque chose, mais c’est à vous, je ne sais pas : « Quand les choses étaient - j’essaie de transmettre ce qu’il veut vous dire - je ne pouvais pas m’empêcher d’être là, quand les choses étaient... - c’était comme quelqu’un qui marche en lui-même, qui marche en montagne - j’étais pas bien, j’étais perdu. » Avant de partir, madame - Oui, oui - C’est pas facile tout ça. J’essaie de vous donner quelques petits détails, quelque chose, hein, d’accord ? Il dit : « C’est tellement bête de s’être laissé partir comme ça. » Il regrette mais il ne peut rien changer. Il vient pour sa maman, il vient parce que - d’après ce qu’il me donne - il devait y avoir un malentendu avec sa mère - [inaudible] - j’en sais rien, mon petit, moi je vous donne ce que j’ai, je vous donne ce que j’entends. On a l’impression très nette, il me dit : « Y avait comme un petit mur que je n’arrivais pas à passer », avec sa maman, parce qu’il dit « Maman. » C’est le mot que j’ai entendu le premier. Comme s’il avait voulu appeler sa mère au secours et que sa mère n’ait jamais entendu.

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Publiée dans Vacarme 20, , pp. 73-74.