rue des Pyrénées

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Au début du mois de janvier 2003 à Paris, le collectif Précipité a engagé un travail de réflexion autour de l’idée de « frontières » à l’intérieur du foyer Emmaüs de la rue des Pyrénées. Depuis quelques années, la plupart des gens qui y trouvent refuge ont connu à travers l’émigration et l’exil, puis le séjour dans un pays « étranger », l’expérience du franchissement interminable des frontières. Qu’il s’agisse des brimades administratives, des répressions policières, de la difficulté d’accéder à un statut juridique régulier ou à des conditions humaines de travail, la frontière ne cesse de perpétuer son existence dans tous les aspects de leur vie. Pour eux, le problème n’est même plus d’être d’un côté ou de l’autre de la frontière mais de demeurer dans la frontière, dans une sorte de non-lieu définissant un régime d’exception et d’exclusion permanent.

Pendant quatre mois, nous avons quotidiennement enregistré des témoignages individuels sur l’expérience que représente aujourd’hui le fait de se déplacer ou de migrer. Une fois par semaine, nous avons proposé la rencontre des histoires et des réalités portées par chacun autour d’une table de discussion. Enfin, avec quelques hébergés, nous avons parcouru Paris et sa région à la recherche des lieux où la frontière continuait d’exister. Au cours de ces trajets, toute une géographie sociale s’est dévoilée à nos yeux : sous leurs pas, les lieux les plus ordinaires se divisaient, révélant des vécus différents, tous marqués par les traits de l’attente, de l’invisibilité et de l’errance forcées.

Le statut des frontières a changé, leur mode d’existence n’est plus seulement cette ligne de démarcation physique entre deux territoires, mais un maillage de plus en plus serré autour des vies et des corps. À cette nouvelle réalité, les hébergés ont apporté des éléments de représentation. Car c’est seulement à travers les conséquences sur la vie de ceux qui y sont confrontés que la matérialité complexe de la frontière, son intériorité, peuvent se décrire.

* Précipité est un collectif travaillant à la conception d’objets documentaires. Précédentes réalisations :

  • Images et représentations de l’Autriche dans les médias français, rencontre-installation au Forum StadtPark à Graz (Autriche) le 11 juin 2000, après la victoire électorale du parti de Jörg Haider.
  • Magume (Crise), film sur la guerre civile au Burundi, tourné après quatre mois d’ateliers menés avec les élèves du petit séminaire de Buta, 52 minutes, février 2002.
  • Cheminements périphériques, livre-enquête (entretiens et photographies) sur une zone pavillonnaire de l’Est Parisien, juin 2003.

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Publiée dans Vacarme 25, , page 124.