Vacarme 11 / entretien Jean-Luc Nancy

rien que le monde

entretien avec Jean-Luc Nancy

entretien réalisé par Stany Grelet & Mathieu Potte-Bonneville

L’échange qui suit relève d’un genre un peu spécial : de ceux, entre l’oral et l’écrit, qu’autorise le courrier électronique, le mail ou, comme on le francise parfois, le « mel », auquel Jean-Luc Nancy nous a proposé de recourir. Paroles « mêlées », donc, avec suivant les mots de notre interlocuteur « les risques et les avantages de l’improvisation », avec cette frappe à l’aveugle, libre et volontiers longue, et cette étrange adresse faite de proximité et d’absence.

Le dispositif mérite d’être souligné, car il trouvait dans ce cas précis une pertinence particulière : parce que les livres de Jean-Luc Nancy nous parviennent ainsi, comme d’un dehors philosophique que nous sentons pourtant tout proche, où les concepts les plus directement « en prise » avec la réalité politique de ce temps apparaissent enveloppés dans une réflexion sur l’être et l’histoire - réflexion qui, à l’occasion, nous déconcerte, et nous oblige à nous demander pourquoi, et depuis quand, nous avons cessé de nous y reconnaître, de nous y orienter comme en pays connu. C’est une affaire de mots, pourtant presque les mêmes : philosophie / politique, communisme / communauté, monde / mondialisation. Entre ces mots, pourtant, un mince écart, un blanc, comme un problème de traduction, de logiciel. Problème d’écart aujourd’hui ouvert entre militants, faiseurs de luttes ou de revues, et philosophes « de métier ». Si cet écart (sa réduction sans doute, mais tout autant son repérage et le tracé de sa ligne) fut l’un des enjeux de notre échange, c’est qu’il parcourt aussi notre expérience politique ; il fêle et rythme notre actualité.

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