Vacarme 35 / Alain Corbin

« Ne rien refuser d’entendre » entretien avec Alain Corbin

Faire l’inventaire des objets auxquels s’attache Alain Corbin, c’est retrouver certaines des préoccupations qui ont toujours agité Vacarme : les sens et les corps entre désir, jouissance et normalisation ; l’attention à ces « hommes infâmes », à ces hommes sans gloire, auxquels s’était intéressé Foucault, à ceux qui paraissent laisser si peu de traces ; la prostitution et les déviances déclarées ; les lieux et territoires où s’expriment tensions et conflits sociaux ; la politique comme sensation ; la politique en sa violence. Loin de tout anachronisme psychologique, soucieux d’une histoire « compréhensive », Alain Corbin dessine l’archéologie d’objets longtemps tenus pour insolites, donnant toute son épaisseur humaine à un passé sensible.

Le Miasme et la Jonquille, Les Cloches de la terre, Le Territoire du vide, Le Village des cannibales : autant de titres qui pourraient être ceux de romans. Mais si puissance romanesque il y a, elle est à chercher avant tout dans le type de lecture à laquelle invite Alain Corbin. Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot, enquête sur un inconnu choisi au hasard dans les archives, donne à lire non pas un roman vrai, mais la mise en scène d’une impossibilité de faire l’histoire de ces anonymes. Une histoire qui par ses vides, par le défaut même de matière historique, ménage une place à l’imagination du lecteur.

Alain Corbin refuse l’histoire politique dominante du XIXe siècle, cette histoire qui mesure tout un siècle à l’aune du triomphe républicain et de la rationalité démocratique. Récit du lynchage en 1870 d’un noble suspecté d’être un agent des puissants, des Prussiens et des républicains, Le Village des cannibales travaille l’événement singulier comme une plongée au coeur des émotions politiques de l’époque, métonymie d’un monde culturel, politique, religieux, géographique, etc., en passe de disparaître.

Là où on chercherait une généalogie des interrogations d’aujourd’hui, Corbin propose une histoire antique du XIXe siècle, plus attentif à ce qui nous en éloigne qu’à ce qui nous en rapproche, plus soucieux de le rendre étranger que de mettre au jour une familiarité. Mais à s’établir si résolument aux confins, dans les clôtures (Hautefaye, la maison close) ou sur les seuils (le rivage), son travail investit le présent par des voies plus secrètes et plus souterraines, éclaire d’autres clôtures et d’autres seuils, qui traversent l’expérience politique contemporaine. Façon d’élargir l’expression, à la fois banale et mystérieuse, de « sensibilité politique ».

Alain Corbin : J’ai peur de vous décevoir. Car je n’ai jamais été très militant. Je ne suis pas passé par le parti communiste, contrairement à beaucoup d’intellectuels de ma génération et de celle qui m’a précédé. Je n’ai pas vraiment été un acteur de 1968. Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans le bocage normand où je suis né, la tendance était de se tenir à l’écart de l’actualité des bouleversements sociaux — et ce depuis l’époque de la chouannerie. J’ai voté pour la première fois en 1958, au référendum sur la Constitution. J’étais alors hostile au général de Gaulle, j’ai voté non. Le lendemain matin, j’ai rencontré Pierre Vidal-Naquet qui nous préparait à l’agrégation. Il m’a dit n’avoir rencontré, depuis la veille, que des gens qui avaient voté non ; or, il y avait 81% de oui ! Je lui ai dit qu’il aurait dû venir dans ma commune, où il n’y avait eu aucune affiche pour le non ! Résultat, 98% de oui ! Peu de temps après, j’ai assisté à toutes les réunions électorales de la campagne des législatives. Mais la seule chose qui comptait dans ce bocage, c’était de pouvoir « bouillir ». Aurait-on encore le droit d’être bouilleur de cru ? — telle était la question essentielle. Un candidat qui se serait prononcé contre aurait eu peu de chances. Bref, quand on vient de ce milieu, on n’est pas naturellement prédisposé à la politisation. Et puis mon père était mulâtre antillais — ce qui n’est pas monnaie courante dans le bocage normand. Il était médecin de campagne. J’ai beau n’avoir jamais souffert de racisme, ce type de petite différence qui marginalise subtilement, particulièrement dans la petite bourgeoisie, n’incitait pas à rejoindre un groupe politique.

On ne vous connaît d’ailleurs pas pour vos prises de position « comme historien » sur la scène publique.

Antoine Prost, avec qui j’ai longtemps travaillé, me l’a reproché : je n’aurais, à ses yeux, pas notion de la mission « civique » et « sociale » de l’histoire. C’est peut-être vrai ; d’autant que je ne crois pas, par exemple, aux « leçons de l’histoire », cette épouvantable manie qui veut qu’on insiste sur les dangers passés pour prévenir les dangers à venir. Le risque est d’obscurcir ainsi la vision du présent. En général, les menaces à venir sont celles que l’on n’attend pas ; il y a en ce domaine plus de novation que de permanence.

Dans un autre ordre d’idée, j’avoue une grande réticence à l’égard des pratiques militantes de l’histoire. Quand j’ai commencé la recherche, l’historiographie française de la Révolution était dominée par l’approche marxiste d’Albert Soboul ; or, il me semble que cette histoire-là de la Révolution a vieilli plus vite qu’aucune autre. Je crois qu’une pratique « engagée » de l’histoire est, notamment, préjudiciable à la démarche romantique, qui m’a toujours inspiré — la démarche de Michelet, qui fut d’ailleurs aussi celle de Lucien Febvre quand il décrivait la curiosité que l’on peut éprouver pour les êtres du passé. L’historien part à la rencontre de ceux qui l’ont précédé, il essaie de revivre avec eux, il cherche à enfiler leur peau. Or, il est évident que cette démarche implique la candeur. Alphonse Dupront a dit, à juste titre : « face à un document, attendez et laissez monter le sens en faisant preuve de candeur ». Quand il se rend aux archives, un historien doit commencer par tenter de faire le vide en lui. Faute de quoi, sa démarche risque de n’être qu’illustrative, et de le conduire à ne découvrir que ce qui pourra conforter son hypothèse.

L’historien, ce doit être celui qui ne refuse rien d’entendre. C’est ce « ne rien refuser d’entendre » qui est au coeur de la polémique aujourd’hui. Rien, quel que soit son engagement. Bien sûr, je souscris pleinement à l’idée selon laquelle l’histoire n’est pas cumulative : elle est un bourgeonnement, à la manière de la croissance d’un arbre ; chaque génération pose des questions qui sont siennes. J’éprouve seulement de la réticence à l’égard d’une pratique engagée de l’histoire. Les questions de l’historien procèdent d’une expérience humaine. Quand je dis « expérience », je parle aussi de l’imagination, qui me semble en être le fondement. Or, je ne suis pas certain que l’imagination se marie si bien que cela avec l’engagement.

Certains engagements ont pu tout de même susciter des questions nouvelles et des champs de recherche historique qui n’auraient pas existé sans eux.

Bien sûr. Ainsi, l’attention portée à l’histoire des femmes, par exemple, vient du militantisme des années 1970. Et je suis d’accord avec Michèle Riot-Sarcey quand elle dit qu’il faudrait faire une histoire des silences et des blancs de l’histoire.

Je travaille en ce moment sur des textes de Virey, ce pharmacien et médecin naturaliste qui, au début du XIXe siècle, a tenté de vulgariser le discours sur la différence incommensurable qui existerait entre l’homme et la femme. Pour la démontrer, les savants du temps ont bâti un système très cohérent. J’en ai parlé à mon amie Jane Matlock, une historienne féministe américaine qui a notamment travaillé sur la séduction et la prostitution. Pour elle, comme pour bien d’autres chercheurs et chercheuses, Virey est un monstre : en théorisant la différence entre deux « natures », il a asservi la femme. C’est sans doute vrai, mais ce n’est pas cela qui me passionne chez lui. Ce que j’essaie de faire, c’est de travailler sur la cohérence de son discours. Je ne crois pas qu’il soit très intéressant pour le lecteur qu’on lui dise que Virey était un individu détestable. Dans la perspective qui est la mienne, j’avoue que je le trouve merveilleux. Non pas, bien sûr, que je partage ses idées. Mais il est merveilleux, précisément, parce qu’il est loin de nous, qu’il nous dépayse, et parce que nous avons énormément de mal à saisir la logique à l’oeuvre dans son discours.

On peut pourtant avoir plus ou moins de sympathie ou d’antipathie... DansLe Village des cannibales,tout se passe comme si vous aviez pris soin d’occulter toute trace d’affect à l’égard des protagonistes de l’histoire que vous racontez.

On a souvent dit que si le Cicéron de Jérôme Carcopino était si beau, c’est parce qu’il haïssait le personnage. L’amour ou la haine peuvent en effet faciliter la compréhension. Mais ils n’épuisent pas la question de la curiosité. Quant au Village des cannibales, je ne peux pas dire que j’aie de la sympathie pour ces paysans qui, en 1870, torturent et brûlent un jeune noble accusé d’avoir crié « Vive la République », et qui ont le sentiment d’avoir bien fait de « rôtir le Prussien ». Mais ce qui m’intéressait, c’était d’essayer de comprendre une action qui nous paraît tellement incompréhensible. Il s’agissait donc de restituer à l’événement une rationalité politique, aussi énigmatique qu’elle puisse paraître.

Pour autant, vous revendiquez volontiers le rôle de la subjectivité — ou de la sensibilité — dans l’accès aux objets historiques. De ce point de vue, votre position rappelle celle de Foucault, qui décrivait parfois ses travaux comme des « fragments d’autobiographie ». Pouvez-vous décrire la manière dont cette sensibilité procède ?

Je crois qu’il est impossible de faire de l’histoire sans une sorte d’empathie — ce qui ne recoupe d’ailleurs pas la question de la sympathie ou de l’antipathie —, sans une sorte de connaissance préalable du milieu, sans « archives intérieures ». Beaucoup d’historiens occultent cette question. Il faudrait qu’en introduction à chacun de ses livres, l’historien se présente, qu’il n’assène pas son propos, en quelque sorte : qu’il prévienne de ses tendances, et qu’il dise surtout comment il a procédé, qu’il décrive sa cuisine. Souvent, les historiens nous présentent un gâteau dont on ne sait rien de la fabrication ; il y a, certes, des notes infrapaginales, mais un ensemble de références ne constitue pas une méthode.

Dans Les Cloches de la terre, j’étudie la disparition du paysage sonore séculaire des campagnes, qui était alors rythmé par le son des cloches. Or, le fait d’avoir été un témoin, dans ma jeunesse, de ce qui fut la dernière bataille de cloches en France, m’a aidé à comprendre : c’était une bataille sanglante entre les habitants du bourg et ceux de la campagne en vue de disposer des cloches, c’est-à-dire en fait pour la maîtrise du temps.

Autre exemple — ou plutôt contre-exemple — lié à la question de l’empathie. De toute mon enfance, j’ai fréquenté beaucoup de paysans, mais pas d’ouvriers. Il m’a fallu attendre d’avoir trente ans pour en rencontrer. C’était en 1966, à l’occasion d’une enquête sur le vote de 1936 en Limousin. J’ai fait un sondage en allant voir tous ceux qui avaient participé au scrutin de 1936 et dont le nom — je m’en souviens — commençait par « Be ». Parmi eux, il y avait un certain nombre d’anciens ouvriers porcelainiers. Eh bien, je dois reconnaître que, le premier jour, je n’en menais pas large. C’était à Limoges dans le quartier des Ponts. De ma première visite, je me souviens d’un escalier plus que branlant. J’ai frappé, on m’a ouvert, un type était en train de se raser dans une cuvette remplie d’eau savonneuse. J’étais si mal à l’aise que je m’étais fait accompagner dans le quartier ! C’est que je n’avais aucune connaissance du milieu. J’étais beaucoup plus à l’aise avec les paysans, même lorsqu’ils avaient des chiens ! Cela dit, il faut reconnaître que la rencontre était plus émouvante avec les ouvriers. Certains pleuraient quand nous évoquions 1936. Je me souviens d’un porcelainier célibataire. Je lui ai demandé ce qu’il pensait de Léon Blum, il a fondu en larmes : « Quand je pense, m’a-t-il dit, à tous les espoirs qu’on avait mis en lui. Et regardez ce que je suis devenu ! » C’est peut-être par cette émotion que je retrouvais une prise directe, en dépit de ma méconnaissance du milieu : une empathie qui manquait au premier abord.

Vous avez pu écrire que vous faisiez vôtre l’opinion de Carlo Ginzburg : « l’historien se trouve désormais face à un dilemme : assumer un statut scientifique faible pour arriver à des résultats marquants ou assumer un statut scientifique fort pour arriver à des résultats négligeables ». Vous adosser comme vous le faites à l’empathie et à la subjectivité, n’est-ce pas pour vous une façon de prendre vos distances vis-à-vis d’une histoire qui s’est voulue scientifique ?

Je critique la façon dont la scientificité a été identifiée au quantitatif et au sériel, qui constituent, par exemple, le statut scientifique fort de la démographie. Mais même en ce domaine, il faut faire preuve de beaucoup de prudence, et commencer par se livrer à une critique rigoureuse des sources. Ainsi, lors des recensements effectués en Limousin, on arrondissait aux chiffres zéro et cinq. Il m’est arrivé de travailler sur des enquêtes agricoles, qui enregistraient le volume des productions. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait une telle différence entre la Corrèze et la Creuse et la Haute-Vienne. Je cherche des explications... et j’en trouve. Je rédige deux paragraphes très convaincants. Là-dessus, je me rends aux Archives, et découvre qu’en fait, deux cantons de la Corrèze ont été oubliés : pour pallier cette lacune, le préfet avait décidé : « qu’à cela ne tienne, on va remplir cela comme on peut ». Des données fictives ont ainsi été introduites dans l’enquête, puis elles ont ensuite été publiées telles quelles dans la Statistique générale de la France.

Mes réticences à l’égard des méthodes quantitatives ne s’arrêtent cependant pas à la critique des sources. À propos du Monde retrouvé de Louis-François Pinagot,j’ai reproché aux historiens du social d’avoir voulu étudier le peuple en masse. Ils se sont mis à l’écoute des tumultes, des cris des rassemblements et des écrits de ceux qui s’étaient extirpés de la masse pour parler au nom du peuple. Et ils ont cru pouvoir en déduire ce que pensaient les gens du peuple. Or, on n’en sait presque rien. Il règne une grande obscurité sur les sentiments, les passions, les émotions de ceux qui n’ont pas laissé de traces. Ce qui n’a guère gêné ces historiens ; ils ont décrété ce qu’il en était, en supposant que les gens du peuple étaient ce qu’eux-mêmes pensaient qu’ils devaient être. Jacques Rancière a bien montré, naguère, dans La Nuit des prolétaires comment les gens qui parlent au nom du peuple s’en sont en fait extraits ; ils sont passés ailleurs.

Ce n’est pas simple de se mettre à l’écoute de ceux qui n’ont pas parlé. Sur eux, on ne dispose que de petites bribes de renseignements. Et des énigmes. On parle par exemple de l’influence de la presse. Oui, mais comment l’évaluer précisément ? Dans l’enquête que je viens d’évoquer, quelqu’un m’avait répondu : « La presse a eu sur moi une influence très forte. Un peu avant de mourir, mon père m’avait dit : « Nous sommes abonnés au Courrier du Centre. Tu ne peux pas te tromper : quand tu votes, vote toujours contre les candidats qu’il recommande. » » Les paysans limousins lisaient le Courrier du Centre parce que c’est là qu’étaient publiées les annonces de baptêmes, de mariages, etc. Sur ce point, c’était un bien meilleur journal que Le Populaire du Centre.Mais d’un autre côté, ces gens savaient que le Courrier du Centre était conservateur et qu’eux-mêmes ne l’étaient pas ; le renseignement qui m’était donné était donc logique. L’extrême complication de tout cela m’intéresse.

Quels sont les modes d’accès possibles, pour l’historien, à ceux qui n’ont pas laissé de traces ?

Il y a bien sûr ce qu’on appelle l’anthropologie matérielle : le tas de bois, le pichet, et surtout l’outil, qui nous dit en effet tant de choses... L’anthropologie historique matérielle, c’est d’une certaine façon ce à quoi s’est livré Braudel. Le problème, c’est que cela ne nous dit pas grand-chose de l’individu, du sujet, ou plutôt du moi, comme on dit au XIXe siècle.

Dans le domaine qui m’intéresse, celui des émotions, il est très difficile, mais important, de ne pas se limiter à l’élite culturelle, qui, elle, a laissé des traces d’elle-même. Pour les autres, les occasions de visibilité qui nous permettent d’aller jusqu’à eux sont rares. Au XIXe siècle, il y a d’abord le judiciaire. C’est le domaine sur lequel travaillent des spécialistes comme Arlette Farge ou Philippe Artières. Sans doute l’épisode judiciaire n’est-il qu’un moment très circonscrit dans le cours d’une vie, mais il n’en reste pas moins très important : l’instruction fait parler, elle fait produire un récit. Victor Hugo le savait bien : Jean Valjean n’accède à la visibilité que parce qu’il a volé du pain.

Deuxième occasion éventuelle de visibilité : la charité, la philanthropie ; les visiteurs des pauvres écrivent parfois des notices sur ceux qu’ils soulagent. Troisième moment, l’hôpital : les internes recensent les cas médicaux. Et quatrième moment, les prix de vertu ; les administrateurs se livrent à des enquêtes pour savoir si telle ou telle personne mérite ou non un prix de vertu — telle domestique, par exemple, a été au service d’untel pendant quarante ans, etc. — et ils rédigent des dossiers qui nous sont parvenus.

Vous définissez justement Louis-François Pinagot, cet inconnu du XIXe siècle que vous avez choisi au hasard dans les archives et dont vous avez fait la biographie, comme « un Jean Valjean qui n’aurait pas volé de pain ».

L’enquête sur Louis-François Pinagot se solde finalement par un échec, puisqu’à l’issue de ce travail, je ne le connais pas vraiment. À vrai dire, on ne peut pas le connaître. Il n’accède pas à la visibilité. Il est allé voter, je l’ai constaté, mais je ne sais pas ce qu’il a voté. Je ne sais rien de ce qui l’a ému dans la vie, de ce qu’il a pensé, de ses sentiments. Je ne peux pas en parler. Je peux juste le replacer dans son milieu, travailler sur ce qui est de l’ordre du probable.

Je lis en ce moment un livre magnifique, Un certain juif, Jésus, de John Paul Meier [1]. C’est une enquête scrupuleuse de deux mille pages sur le Jésus historique. Jésus avait-il des frères et soeurs ? Probablement. Jésus était-il marié ? Sans doute non. Etc. Mais bon sang, me suis-je dit, cette enquête sur Jésus n’est pas radicalement différente de celle que j’ai menée sur Pinagot !

On se demande si Jésus savait lire et écrire. Ce qu’on connaît de sa famille laisserait à penser que non ; mais en même temps, il fait allusion aux Écritures, il va parler dans les synagogues — ce qui conduit à la conclusion inverse. Ces questions, je me les suis posées sur Pinagot : au moins je peux dire que Pinagot ne savait pas écrire, puisqu’il signait d’une croix. Mais pour ce qui le concerne, j’étais le seul chercheur, tandis qu’à propos de Jésus, il y a des milliers de personnes qui se sont penchées sur son cas. Bref, de l’an 6 à l’an 28, ce qu’on peut dire de Jésus est du domaine du plus ou moins probable. Sur certains points, on dispose à son sujet d’encore moins d’indices que sur Pinagot ; d’un autre côté, il y en a davantage, parce qu’il a été crucifié ; ce qui lui a permis d’accéder à la visibilité que l’on sait.

Avec Pinagot, je n’ai pas voulu combler les vides et les blancs du savoir. J’ai préféré donner au lecteur les matériaux pour qu’il se construise lui-même son roman historique. Mais ce roman reste fondé sur le probable.

Combler les blancs, c’est un peu ce que font les historiens du social, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Ce faisant, il prennent le risque de passer à côté des singularités. Or, je crois que c’est seulement par l’histoire des singularités qu’on accède à ce qui était pensable et éprouvable en un temps donné, et qu’on comprend inversement ce qui ne l’était pas.

Dans un ouvrage collectif récent [2], vos élèves soulignent que vous auriez rendu possible une relecture de l’histoire politique au XIXe siècle. Est-ce cette histoire des singularités qui la permet ?

J’ai toujours refusé l’idée que l’histoire suive un cours univoque et repérable. Contrairement à Norbert Elias, je ne crois pas que la modernité, par exemple, suive un quelconque « processus de civilisation ». Et je ne crois pas qu’il y ait de l’irréversible. Or cette idée d’un cours de l’histoire a longtemps été très présente dans notre appréhension du XIXe siècle. C’était le cas chez Maurice Agulhon, mais aussi chez François Furet. Le XIXe siècle aurait été en attente de la République. Cette représentation a eu des conséquences importantes : on a longtemps considéré que la période qui va de 1800-1815 à 1868-1869 n’avait pas grand intérêt en soi, à l’exception des quelques marches gravies en direction de la République : on a construit un XIXe siècle difforme, avec une grosse République et de tous petits membres — la Restauration, la monarchie de Juillet, etc. On en était presque venu à oublier que des souverains ont régné pendant les deux tiers du siècle. Du coup, il n’y avait que quelques réactionnaires patentés, ou quelques historiens isolés, pour travailler sur ces périodes négligées.

Or c’est justement sur cette part négligée du XIXe siècle que je me suis penché, celle que l’on peut considérer comme « le beau XIXe siècle » parce que c’est celui qu’on lit, celui de Balzac, de Stendhal, de Sand ou de Flaubert. Travailler sur cette période sans l’envisager dans la perspective de la République à venir, c’est permettre à de nouvelles questions de surgir. Voyez Le Village des cannibales.Dans certaines régions, la haine des riches, identifiés à une République gaspilleuse et répressive à l’égard des paysans, entraîne un attachement très fort à Napoléon III, de la part de gens qui avaient voté rouge en 1849, et qui le feront à nouveau après l’Empire. Mon travail a consisté à démêler ces logiques antagonistes. Or celles-ci sont particulièrement à l’oeuvre et repérables dans les émotions, que je considère comme des éléments majeurs de l’histoire politique. Mais il faut, pour pouvoir les étudier en tant que telles, cesser de croire qu’il y a jamais eu un cours de l’histoire, une modernité en marche.

Dans ces conditions, n’y a-t-il pas un paradoxe dans le fait d’avoir dirigé1515 et les grandes dates de l’histoire de France, où vous reprenez une chronologie, au sens le plus traditionnel du terme ?

Au départ, le projet de ce livre était ludique : il s’agissait de reprendre la trame d’un manuel scolaire de 1938, de voir ce que les dates qu’il retient sont devenues, et de le nourrir des travaux de recherche actuels. Mais il n’est pas question, pour autant, de revenir à un quelconque « grand récit ». Qu’importent les repères que l’on choisit dans la temporalité, pourvu qu’il y en ait. J’ai retrouvé un carnet de ma mère : elle a appris l’histoire et la géographie de l’Orne — aujourd’hui, beaucoup ne savent même plus où se trouve ce département. Qu’il s’agisse de l’Orne, de la France, de l’Europe ou du monde, l’important est qu’il y ait un cadre, des plots à partir desquels s’ordonne le sens de la profondeur temporelle.

Mais je le répète, il ne s’agit que d’un préalable : la profondeur historique n’a rien à voir avec une quelconque « orientation » de l’histoire. J’ai d’ailleurs évolué sur ce point : je récuse aujourd’hui complètement l’intitulé de ma thèse : Archaïsme et modernité en Limousin au XIXe siècle, 1845-1880. « L’archaïsme » et « la modernité », je ne sais plus trop ce que c’est. Il vaut mieux penser en termes de marqueterie des territoires et des temporalités. Au XIXe siècle, le choc des temporalités est déjà considérable. Considérez la temporalité politique. Mettez-vous à la place du paysan, qui n’habite pas Paris, qui voit se succéder cinq souverains en quarante ans. Il apprend les changements avec plusieurs jours de retard. Quand il part labourer, il se demande si à son retour il sera sous le même régime.

Vous suggérez ici un XIXe des temporalités fugitives. Pourtant, dans beaucoup de vos livres, on lit plutôt dans ce siècle la rémanence de temporalités très anciennes ; vous vous intéressez particulièrement à des objets qui ont une grande profondeur historique...

Il faut admettre que les habitants d’un même pays ne sont pas tous contemporains les uns des autres, même s’ils vivent au même moment, parce qu’à la même époque coexistent différents systèmes de représentation du monde, de l’autre et de soi. C’est même un peu plus compliqué que cela : je crois que le même individu change d’ondes au cours de son existence, et parfois même au cours d’une même journée, au gré de ses émotions. Ce sont ces décalages qui, par un jeu d’inerties, de recouvrements, de sédimentations, etc., constituent l’histoire politique au sens où je l’entends.

Fernand Braudel distinguait trois temporalités : la prison de longue durée, le cycle et l’événement. Au passage, il me semble que cette tripartition doit beaucoup à Michelet — non au Michelet historien, mais à celui de La Mer, et aux passages qui concernent la mer dans son Journal. Qu’est-ce que la mer, se demande Michelet ? C’est d’abord « une voix d’éternité » qui « dialogue avec les astres ». C’est aussi un élément soumis au cycle. Et c’est encore la tempête — en laquelle Michelet voit une figure de l’agitation du peuple. Bref, la tripartition des durées braudéliennes est présente, du point de vue cosmique, chez Michelet : la prison de longue durée renvoie à l’étirement du temps que l’homme écoute face à la mer ; le cycle, à celui des marées ; l’événement, à la tempête.

Pour revenir à votre question, ces problèmes d’émergence, de rupture, de fausses continuités, constituent l’une des difficultés majeures pour l’historien. Les émergences sont presque toujours indatables. Le surgissement, la disparition, la réinterprétation, interfèrent. Sans doute l’historien doit-il repérer des combinaisons, des cristallisations, des choses qui se défont, mais il doit le faire avec une grande prudence.

Plutôt que de décréter des ruptures et des émergences, il me parait plus pertinent de s’interroger sur la notion d’événement, pas seulement pour ce qui en procède, mais pour ce qu’il révèle. Car l’événement est aussi le résultat de ce qui avait bougé auparavant sans qu’on l’ait vu. Les plaques tectoniques avaient glissé, et voilà que ce mouvement apparaît tout à coup. Bref, l’événement révèle autant qu’il pèse.

Considérez 1968. Il s’agit évidemment d’un événement majeur, qui fonctionne aussi comme une mise à jour ; il donne à voir ce qui avait été peu ou mal perçu au cours des années précédentes. Voyez ce qui se passe en 1961, lors du putsch en Algérie. Le gros de l’armée est alors formé des jeunes du contingent. Sous le coup de l’événement, la hiérarchie militaire se délite ; une partie des cadres étaient favorables au putsch, ce qui conduit à leur éviction. J’en ai d’ailleurs été témoin. Après mes « classes », je me suis retrouvé en Algérie pendant vingt-sept mois dans l’aviation légère. À dire vrai, j’étais « abrité », en tant que chef de bar au Foyer du Soldat. C’était un poste d’observation privilégié : pendant un an et demi, j’ai entendu toutes les conversations. Il était sans cesse question du « crevard », c’est-à-dire du sous-officier de carrière, souvent considéré avec hostilité. Au lendemain du putsch, les deuxième classe refusent d’obéir à certains ordres. Alors s’opère une crise d’autorité, invraisemblable auparavant dans le cadre d’une armée. Quelque chose bouge déjà, que 1968 va véritablement révéler.

Vous travaillez sur des objets saturés de sens et de déterminations, susceptibles d’être réinscrits dans la longue durée et de faire lever un monde complet et cohérent : des métonymies d’un monde culturel, politique, géographique, religieux, etc.

Je l’ai toujours dit à mes étudiants, il faut essayer de trouver un noyau d’uranium ; un objet qui irradie. Il y en a beaucoup. J’avais eu par exemple l’idée de faire un livre sur la chaîne des forçats : mais je suis un peu vieux, j’ai donc suggéré à Sylvain Rappaport de s’en charger [3]. Il s’agit d’un travail magnifique : qu’on tire sur la chaîne, et un monde vient à soi. J’avais également suggéré un travail sur la nuit à Simone Delattre [4], et ce fut une belle réussite. De ce point de vue, il y a bien sûr des objets plus producteurs que d’autres.

Y a-t-il une cohérence entre vos propres objets d’investigation ? Quelle continuité entre ces objets dont le choix semble parfois presque d’ordre esthétique ?

S’il y a une unité dans mon travail, elle tient à l’attention que j’ai portée à ce que j’appelle les usages des sens, où l’émotion a sa part. Je corresponds depuis une quinzaine d’années avec David Howes, un anthropologue canadien qui a réuni toute une équipe d’historiens de par le monde. Selon lui, l’histoire aurait beaucoup pâti du linguistic turn, de cette idée selon laquelle il n’y aurait que des textes. Et il en appelle à un sensual turn. Il invite à réfléchir, comme j’ai pu le faire de mon côté, aux hiérarchies établies entre les sens, à l’importance relative donnée à la balance, par exemple, établie entre la vue, l’audition et l’olfaction dans la perception du social.

Quant à la liste de mes objets de travail, on m’a dit qu’elle s’ordonnait dans deux directions : il y aurait la veine basse-normande — la thèse sur le Limousin, Les Cloches de la terre, Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot — ; et la veine antillaise — Le Miasme et la Jonquille, Les Filles de noce, Le Territoire du vide.

Ce sur quoi je travaille aujourd’hui relèverait sans doute de la veine antillaise. Il s’agirait d’un livre sur l’histoire de la relation charnelle. Ce qui m’intéresse, c’est l’exploration des limites et des seuils. Quel est le point limite de l’histoire, le point extrême de l’enquête historique ? Il me semble que c’est le plaisir sexuel. Ce qui repose la question des traces. Certes, il y en a : écrits intimes, correspondances, autobiographies. Mais dans tous les cas, ce sont les traces d’une auto-observation , ce qui n’est pas sans poser de problèmes.

Parmi les points limites de l’enquête, n’y a-t-il pas aussi la douleur ?

Sans doute, mais il n’est pas drôle de toujours travailler sur la douleur. Et puis celle-ci est plus dite que ne l’est le plaisir. Il semble d’ailleurs que l’auto-observation du plaisir soit plus difficile que l’auto-observation de la douleur, laquelle est, hélas, plus souvent prolongée, et produit donc davantage de texte.

En ce qui concerne le plaisir sexuel, nous ne disposons que de bribes d’auto-observations ; sans oublier, il est vrai, les textes de médecins cliniciens, tel Armand Trousseau. Les lire m’amuse beaucoup. Ces savants décrivent des femmes au moment de l’orgasme. Mais si l’on y réfléchit, il est invraisemblable qu’ils aient observé ce dont ils font la description précise au cours d’un examen clinique. Ce qu’ils rapportent en fait, c’est ce qu’ils ont vu en tant qu’acteurs privés, qu’ils mixtent avec d’autres observations cliniques — celles de cas de nymphomanie, par exemple. Ce sont donc des descriptions largement reconstruites.

J’attacherai une importance toute particulière à l’auto-observation. Il existe, à ce propos, un fameux folio de Zola. Certains spécialistes, tels Henri Mitterrand ou mon ami Jean-Pierre Leduc-Adine, assurent aujourd’hui qu’ils connaissaient ce folio, mais qu’ils n’en avaient jamais parlé. Il faut bien voir que jusque dans les années 1970, toutes les correspondances et les écrits intimes ont été subtilement censurés, comme le montre par exemple l’édition Conard de la correspondance de Flaubert, comparée à celle qui est aujourd’hui disponible dans La Pléiade. Et je ne parle même pas des textes de Juvénal, de Catulle, de Properce et surtout de Martial dans la collection Budé. Entre les années 1930 et les années 1950, tout cela a été joyeusement censuré.

Zola projette donc de faire un livre sur un petit employé. Mais ce doit être aussi un livre sur la sexualité. On peut d’ailleurs se demander pourquoi, en vue d’un tel objet, il songe à un petit employé... Ce roman, Zola ne l’a jamais rédigé, mais nous disposons des notes préparatoires. Il s’y demande comment il est possible de décrire précisément la façon dont son personnage éprouve le plaisir sexuel. Au début, écrit-il, c’est-à-dire lors des premiers orgasmes, l’observation se révèle impossible : le moi est en quelque sorte explosé. Ensuite, l’auto-observation réapparait. Zola consacre une page entière à ces réflexions.

Il en va de même de Michelet, lequel, dans son Journal, s’essaie à des descriptions précises de son propre plaisir. À l’historien de se demander s’il y a une historicité de ce plaisir.

Mais n’y aurait-il pas également une historicité de l’auto-observation ?

Les deux : au XIXe, la médecine clinique enjoint à l’écoute de soi. Il y a en tout cas une historicité de l’imaginaire : l’imaginaire de soi, l’imaginaire de l’acte sexuel lui-même, l’imaginaire de sa temporalité, etc. Le plaisir sexuel ne peut être indépendant de l’imaginaire. Mais il dépend aussi des modes de stimulation du désir, des modes de représentation du beau, etc. Je discutais récemment avec Georges Vigarello, à l’occasion de la parution du tome III de l’Histoire du Corps, que nous avons co-dirigée avec Jean-Jacques Courtine. La beauté dont il parle est celle du visage et de la silhouette. C’est qu’il est très chaste. Mais lisez la littérature érotique : la beauté ne s’y arrête pas au visage.

Bref, je postule que la relation charnelle est un objet historique. Elle se situe à l’intersection des normes et de l’imaginaire. Chacun bricole avec ces deux dimensions — c’est là qu’interviennent les individualités. Le bricolage de Stendhal n’est pas celui de Flaubert. Mais je crois qu’en même temps, on peut repérer des dominantes à une époque donnée. Nerval et Gautier parlent de partir à « la pourchasse du blond ». Le blond, c’est la femme à la Rubens, qu’il vont chercher dans les Flandres. Cette géographie du désir a changé.

Pour cette histoire de la relation charnelle, retrouvez-vous l’emboîtement des temporalités dont vous parliez tout à l’heure ?

Peut-être est-il encore plus sensible qu’ailleurs dans l’histoire culturelle. Parmi les best-sellers du XIXe siècle, on note, par exemple, L’Imitation de Jésus-Christ, qui date du Moyen Âge, mais dont Lamennais fait une traduction française ; la Théologie morale d’Alphonse de Liguori, qui a vécu au XVIIIe ; L’Introduction à la vie dévote de François de Sales, dont la première édition date de 1619, mais qui est réédité cinquante-deux fois au XIXe ! Ces livres écrits à d’autres époques que celle dont je m’occupe, il me faut les lire et les méditer : c’est à cette condition que je peux comprendre les jeunes filles qui, alors, allaient se confesser, et qui ont laissé des souvenirs, des écrits intimes, voire le tableau de leurs examens de conscience.

Il en va de même de la littérature érotique. J’ai d’abord imaginé qu’au XIXe, la référence était celle du XVIIIe siècle. Or ce n’est pas le cas. La grande source, ce sont les écrivains latins : Suétone, Ovide, Lucrèce, Juvénal... L’impression domine alors que les Anciens étaient des individus puissants, en regard desquels les petits crevés du XVIIIe ne faisaient pas le poids. Cela est très net chez les médecins, qui s’emploient alors au calcul des performances sexuelles : à ce jeu, les patriarches l’emportent haut la main ; a contrario, le libertin du XVIIIe est le prototype du petit maître impuissant, qui ne mérite que mépris. De la même façon, on préfère, ici, l’Arétin ou le Brantôme du XVIe au Crébillon du XVIIIe, que l’on juge un peu léger. Il n’y a pas, en outre, une thèse de médecine qui ne se réfère à l’autorité d’Hippocrate ou de Gallien.

Cet empilement de références constitue, peut-être, l’un des plus grands casse-tête pour qui veut faire une histoire de l’imaginaire. Les historiens de l’art sont assez familiers de ce jeu des références ; il me semble que les historiens du XIXe l’ont un peu négligé. Ils se figurent se situer dans une modernité sur laquelle le passé ne pèse plus guère ; comme si les hommes et les femmes de ce temps n’avaient pas regardé par-devers eux. C’est à reconstituer ce type d’enchevêtrements que je m’essaie. Mais je sais qu’il s’agit d’un travail sans fin. La réalité, c’est que l’histoire est impossible. Le pari de l’historien est d’aller à la rencontre des hommes du passé, alors qu’il est incapable de connaître ceux qui l’entourent. L’histoire est une aventure, une quête, un voyage dans le temps. Les touristes qui voyagent dans l’espace s’imaginent rencontrer l’autre ; ce qui est en grande partie un leurre. Il en est de même pour ce qui concerne les voyages dans le temps : on y rencontre vaguement les gens.

Quelques ouvrages d’Alain Corbin

  • Les Filles de noce. Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle, Flammarion, « Champs », 1982.
  • Le Miasme et la jonquille. L’odorat et l’imaginaire social. XVIIIe-XIXe siècles, Flammarion, « Champs », 1986.
  • Le Territoire du vide. L’occident et le désir du rivage, 1750-1840, Flammarion, « Champs », 1990.
  • Le Village des cannibales, Flammarion, « Champs », 1995.
  • L’Avènement des loisirs, 1850-1960,Aubier, 1996.
  • Les Cloches de la terre. Paysage sonore et culture sensible dans les campagnes au XIXe siècle, Flammarion, « champs », 1996.
  • Le Temps, le désir et l’horreur,Flammarion, « Champs », 1998.
  • Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot, Flammarion, « Champs », 1998.
  • L’Homme dans le paysage, Textuel, 2001.
  • Le Ciel et la mer, Bayard, « Le rayon des curiosités », 2005.
  • 1515 et les grandes dates de l’histoire de France (co-dir.), Seuil, 2005
  • Histoire du corps(co-dir.), Seuil, 2005-2006

Notes

[1Le Cerf,2004

[2Imaginaire et sensibilités au XIXe siècle. Études pour Alain Corbin.Dir. A.-E. Demartini et D. Kalifa, Créaphis, 2005

[3La Chaîne des forçats. 1792-1836. Aubier, 2006

[4Les Douze heures noires. La Nuit à Paris au XIXe siècle,Albin Michel, 2004

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Publiée dans Vacarme 35, , pp. 4-12.