les lieux d’un mouvement journal d’une occupation

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Le mouvement lycéen, une mobilisation à contretemps ? Mais c’est, notait Deleuze, qu’« on ne sait jamais d’avance comment quelqu’un va apprendre ». Décrire le conflit, alors, suppose de restituer cette durée, ou ce « jamais d’avance » : contre l’invocation symétrique des règles intangibles et de l’éternelle jeunesse, saisir le mouvement dans ses apprentissages, ses attentions, ses hésitations, ses reprises. Chronique de quelques semaines où de jeunes gens grandirent [1].

Ils ont quinze ou seize ans. La plupart n’ont jamais participé à une manifestation. Un matin, très tôt, ils sont venus devant le lycée avec des chaînes, des cadenas et des anti-vols pour fermer les grilles avant l’arrivée des élèves. Ils s’attendaient à être seuls, mais ils ont aperçu à travers les vitres la silhouette des femmes de services qui préparaient les salles. Ils n’ont pas osé poser les chaînes. Quelques semaines plus tard, à l’aube d’une nuit d’occupation, les mêmes, mais plus nombreux, refuseront pourtant de se lever quand la police leur ordonnera de le faire. À partir de cette date, ils porteront le mouvement à Louis Aragon dans ses accélérations et dans la difficulté de sa durée, s’exposant à des sanctions disciplinaires, au risque du redoublement et de l’exclusion.

Je pourrais dire qu’ils se sont « radicalisés » si je pensais que ce mot — imposé et imposant — permettait de comprendre le surprenant cours pris par les choses. Je pourrais dire aussi qu’ils se sont « endurcis » si je n’avais pas le sentiment que c’est l’inverse qui s’est produit, et qu’ils sont devenus plus graves et plus vulnérables à mesure qu’ils portaient en eux l’exigence d’être tout à la fois fidèles à leurs amis, à leurs convictions, et disponibles aux événements. Je dirais enfin qu’ils furent courageux s’ils n’esquivaient pas ce terme un peu général pour parler plus justement de la vie et de ses vitesses : « Au début, on ne savait pas qu’on pouvait aller aussi loin. On avait peur de la proviseure et peur de la police. Et puis c’est allé tellement vite, on n’a pas eu le temps de se rendre compte » (Victoria).

Jeudi 10 février. 14h00

Hall 7 rendez-vous pour le départ en manif, c’est sur le carrelage qu’on peint les banderoles. Mais quand le cortège s’élance, l’entrée du lycée est déjà fermée. Les élèves se retrouvent face à la proviseure et à la proviseure-adjointe qui leur interdisent l’accès au dehors. Les portables vibrent. Ceux de Condorcet connaissent le même sort. L’arrivée d’un camion par l’entrée des livraisons ouvre une brèche dans l’enceinte, permet la fuite d’une centaine d’élèves, et précipite la suite des événements. Les autres sont encore prisonniers, hésitants devant leurs camarades qui les appellent, interdits sous le regard de la proviseure. Une grille de quatre mètres les sépare. L’escalader, c’est alors beaucoup plus que transgresser le règlement intérieur. C’est une fille qui lance le mouvement : après avoir enjoint aux autres de faire la grille, elle s’est mise à l’escalader malgré sa jambe dans la plâtre et ses béquilles. Les autres envoient leurs sacs par-dessus bord, s’agrippent aux grillages et franchissent un à un les trois mètres qui les séparent de la rue. Ils sont alors si nombreux qu’ils ne peuvent tous rentrer dans la première rame de métro. Plus tard, ils se souviendront avec nostalgie de ces moments où l’on se comptait en wagons de métro et où le seul cortège de Louis Aragon excédait la taille des manifestations des mois d’avril et de mai (Rosalind : « C’est tellement impressionnant ces manifs dont on n’arrive pas à voir le bout, ni devant, ni derrière. Aujourd’hui on en rêve. Maintenant, on n’a même pas le temps de voir le bout : on est déjà en train de courir. ») À Saintt-Lazare, tout le monde descend : il faut libérer Condorcet. Le point de rendez-vous n’est pas encore atteint que la manifestation a déjà commencé : c’est au milieu de la rue qu’ils marchent désormais pour apporter la délivrance à ceux qui sont prisonniers des murs de leur lycée. Rue du Havre, le proviseur inquiet les attend sur le pas de la porte. « Partez, partez, ils sont déjà loin ». Au milieu de la chaussée, des voitures arrêtées et des policiers qui font tant bien que mal la circulation, ils rejoignent les autres. Ils n’ont jamais été autant et ressentent intensément la puissance de leur nombre. Les banderoles et les slogans disent leur refus que les TPE soient supprimés et que le contrôle continu soit instauré.

Le soir, François Fillon, invité au journal télévisé, annonce qu’il suspend la réforme du bac. Le lendemain, le ministère précise qu’il n’y renonce pas.

Mercredi 16 février

L’approche du vote sur le Traité Constitutionnel Européen pèse sur les débats parlementaires. Il faut prendre de court la contestation lycéenne avant qu’elle ne menace l’issue du référendum. Le gouvernement déclare l’urgence du projet de Loi d’orientation pour l’avenir de l’école. Cette procédure — inscrite dans la Constitution — permet d’écourter les débats en limitant l’examen du texte à une seule lecture dans chaque assemblée. François Fillon peut ainsi espérer que sa loi sera votée avant la fin du mois de mars. Le 2 mars, le texte sera adopté par les députés ; le 24 mars, après un passage au Sénat, il sera définitivement adopté.

Samedi 19 février

Les vacances commencent pour les académies de Paris, Créteil et Versailles. Elles durent quinze jours. Les zones A et B sont déjà en vacances.

Mardi 8 mars

C’est la grande manifestation de rentrée. Place de la République, lycée par lycée, des groupes sortent du métro pleins d’effervescence et se mettent à courir pour rejoindre la tête du cortège. Ceux de Louis Aragon retrouvent les élèves du Lycée Autogéré de Paris dans le cortège désordonné de la Coordination, en dehors des syndicats mais pas loin des Jeunesses Communistes, pour la musique. Mais alors que la manifestation avance vers Bastille sur le boulevard du Temple, des groupes de garçons s’en prennent aux manifestants, cagoule baissée, visage dissimulé. Ils percutent les services d’ordre, traversent la foule, jettent des manifestants à terre, arrachent des portables et distribuent des coups. Le cortège se disloque, le boulevard est traversé de part en part par d’impressionnants mouvements de foule, tout le monde se met à courir dans tous les sens, mais il n’y pas d’issue car la police bloque les rues adjacentes. Les élèves de Louis Aragon se rapprochent des syndicats pour s’abriter derrière leur service d’ordre, mais ceux-ci refusent d’ouvrir le cercle. Les lycéens de la Coordination crient : « Partez, partez tous ». Les responsables de la FIDL et de l’UNL prennent la décision de dissoudre la manifestation alors qu’elle n’a pas encore atteint Bastille. Dans le métro, les scènes de violence se répètent.

Le lendemain,Le Monde privilégie une lecture ethnique des événements en parlant d’un « racisme anti-blancs ». L’interprétation des événements devient l’objet d’un débat dans les pages des quotidiens. Le 4 avril, un appel est publié, signé principalement par des élus du Parti Socialiste, qui réclame l’ouverture d’une enquête parlementaire sur les violences commises le 8 mars et sur l’impassibilité des forces de l’ordre. Cette enquête est refusée par les députés de la majorité.

Mercredi 9 mars. Matin

Ils se retrouvent tristes et amers, bouleversés par le sentiment que le mouvement touche à sa fin : ils n’imaginent pas encore d’autres lieux d’action que la rue. Il y aura bien d’autres manifestations après le 8 mars, très organisées cette fois, appuyées par des syndicalistes de SUD et de la CGT qui apportent leur savoir-faire et leurs bras, mais elles ne réunissent plus à Paris que quelques milliers de manifestants. Au lycée, seule une quinzaine d’élèves y participe. Ils ont bien lancé un mouvement de grève, mais il a été peu suivi. Déçus par la Coordination qui s’est révélée désorganisée (« c’est là qu’on voit que les différents groupes politiques, genre les JC, ont chacun leur service d’ordre ; mais nous, comme on ne fait partie de rien, on se fait taper dessus » Rosalind), Félix et Maeve se rendent dans les bureaux de la FIDL pour constater par eux-mêmes quelle peut être leur puissance d’organisation en ces temps troublés. Ils ne sont pas convaincus. Les liens se resserrent avec les LAPiens (les élèves du Lycée Autogéré de Paris), de nombreux coups de fils ont été échangés après la manifestation du 8 mars pour prendre des nouvelles de ceux qui avaient été blessés. Aux AG de la Coordination lycéenne, qui se tiennent depuis le début du mouvement à l’université de Jussieu, des lycéens de Paris et de banlieue font le récit des premiers blocages et des premières occupations de leurs établissements.

Samedi 19 mars

Ils auraient aimé accueillir leurs parents dans des sacs de couchage, mais le temps leur a manqué. Ce matin, c’est la réunion parents-professeurs. Les cours sont banalisés, toutes les portes sont ouvertes, les surveillants ont fort à faire, les parents vont de salle en salle au risque de se perdre à tout moment dans les étages malgré la sophistication des règles de numérotation qui organisent l’espace. Pour les élèves, cette matinée autorise toutes les déambulations ; elle sera donc consacrée aux ultimes repérages. Si la préparation d’une manifestation se fait à ciel ouvert, celle d’une occupation, en revanche, réclame le secret. L’agitation un peu solennelle qui entoure la remise des bulletins par le professeur principal se mêle donc de façon clandestine à l’effervescence qui accompagne leur projet. Ils peuvent aujourd’hui s’aventurer beaucoup plus loin qu’ils n’en ont l’habitude. Ils se croisent deux par deux en prenant des mines de conspirateurs, se donnent des informations dans un souffle, comptent les issues, n’ont d’yeux que pour les serrures et les poignées des fenêtres ; dans leurs sacs à dos, entre les cahiers, et les livres de cours, on pourrait trouver quelques outils de bricolage, des pinces, des tournevis à la destination encore incertaine. Ils deviennent les cartographes méticuleux d’un espace qu’ils croyaient connaître, plein d’itinéraires si souvent empruntés, et riches soudain de potentialités nouvelles. La date est fixée : l’occupation aura lieu mardi, un jour après Montaigne, le même jour que Louis-le-Grand.

Mardi 22 mars. 18h30

Les élèves du Lycée Autogéré de Paris sont en retard, mais ils sont au rendez-vous et viennent prêter main-forte à leurs camarades de Louis Aragon. Tous convergent vers le hall 5 : une quarantaine d’élèves, les représentants de l’administration, la Brigade Anti-Criminalité appelée en renfort, et les parents d’élèves qui s’interposent. Au terme de plusieurs heures de négociations, menées dans les escaliers qui conduisent aux étages, les élèves obtiennent de pouvoir occuper un des gymnases du lycée, de récupérer les sacs de nourriture qui leur avaient été confisqués et de faire rentrer ceux qui attendent sur le trottoir. À 22h30, ils entrent dans le gymnase. L’occupation est alors envisagée comme un coup d’éclat, elle n’est pas prévue pour durer.

Mercredi 23 mars

10h00 Leurs visages sont radieux, leurs yeux brillants, ils sont aujourd’hui les seuls élèves du lycée. À cause de l’occupation et pour des raisons de sécurité, la proviseure a décidé de fermer l’établissement. Les collégiens ont été renvoyés chez eux, les lycéens ont trouvé la grille fermée, et seuls les professeurs ont été autorisés à entrer. Le soleil brille. Sur la terrasse à droite de l’escalier d’honneur, une assemblée générale des personnels de l’établissement s’est improvisée. Ils décident d’apporter leur soutien au mouvement lycéen et refusent d’adopter le rôle d’encadrement que l’administration réclame d’eux. Quelques élèves y participent qui leur demandent de les rejoindre et d’occuper avec eux le lycée.

19h00 Des professeurs arrivent chargés de victuailles ; ce sont les plus syndiqués de la salle des profs. On s’installe à l’extérieur sur les tables de ping-pong en ciment, la nuit tombe sur le lycée et la pénombre ajoute encore un peu d’étrangeté à ce drôle de banquet, éclairé de loin par les lampadaires des terrains de sport. La proviseure passe au milieu du groupe avec des yeux de sentinelle. Elle refuse de participer au pique-nique et s’éloigne après avoir constaté les présences.

Minuit Des élèves du LAP racontent l’autogestion telle qu’ils la pratiquent dans leur lycée, les règles qui organisent la circulation de la parole dans leurs AG. On parle de rapports d’autorité, de hauteur d’estrade, de programmes et de liberté pour les profs et les élèves de choisir chaque semaine le sujet d’un cours, des absences, de la contrainte et surtout de l’ennui. L’idée prend corps de transformer les cours en atelier afin d’en faire des lieux d’expérimentation conformes à leurs nouveaux désirs. Dans les années 1970, au lycée Montaigne, on appelait « contre-cours » ces heures d’enseignement qui naissaient des mouvements de grève et qui étaient ouvertes à tous les élèves. La discussion révèle ce qu’il y a de vacillant et de profondément entrecroisé derrière la stabilité des mots d’ordre et des revendications. Il ne s’agit pas de construire une nouvelle utopie, même si le mouvement les entraîne dans un au-delà de la manifestation — qui deviendra bientôt un au-delà de la loi —, mais bien de s’affronter à la situation présente et à la nouvelle façon de poser les questions qu’elle entraîne.

Jeudi 24 mars

6h15 du matin Sous la lumière des néons du gymnase, allongés sur des tapis de sol ou des matelas de saut en hauteur, ils sont une quarantaine, endormis dans leurs sacs de couchage. Les lignes du terrain de basket dessinent sur le sol une arborescence multicolore qui les relie les uns aux autres. Beaucoup d’élèves ont fait le mur au milieu de la nuit pour rentrer dormir chez eux où leurs parents les attendent. C’est la deuxième nuit d’occupation. Entrés par la porte de derrière, les CRS se sont déployés en arc de cercle, les uns en uniforme, les autres en tenue anti-émeute. Leurs mouvements réveillent un élève qui alerte les autres : « c’est la police ! ». Le commandant, menaçant, leur signale qu’ils sont « hors-la loi » et leur ordonne de se lever et d’évacuer les lieux. Ceux qui sont venus avec leurs instruments de musique décident de partir d’eux mêmes de peur qu’ils soient abîmés ; les autres refusent de se lever, font face aux CRS, les yeux ensommeillés, et les cheveux ébouriffés. Certains dorment encore. Mathieu ne se réveillera qu’au moment où un CRS l’attrape à bras le corps en se moquant de ses cheveux longs. Les élèves sont traînés sur le sol, tenus par les épaules. Certains policiers font attention aux corps qu’ils soulèvent, d’autres leur tordent les bras, les insultent et les menacent. En bas de l’escalier du gymnase, à quelques mètres, la proviseure et la proviseure-adjointe contemplent l’évacuation. Un à un, les élèves sont conduits en dehors de l’enceinte de l’établissement et laissés sur le trottoir. Pendant quelques minutes, ils retrouvent la force de crier un slogan : « à ceux qui veulent fliquer les lycéens / les lycéens répondent : résistance ». L’aube se lève. Très vite, quelques parents seront là. Les enfants les ont appelés et une chaîne téléphonique s’est mise en place.

7h30 Les premiers élèves arrivent, le lycée ouvrant ses portes à 8h00. Les CRS forment une haie devant les entrées. Ils resteront en faction toute la journée.

10h00 Les représentants — parents, professeurs et élèves — du Conseil d’Administration du lycée obtiennent d’être reçus. La discussion durera plusieurs heures. Ils refuseront d’abord de siéger tant que des représentants du mouvement lycéen de Louis Aragon ne sont pas invités à participer à la réunion. Dehors, les élèves sont rassemblés en sit-inet amorcent un début d’AG. Xavier chante dans le porte-voix une reprise des Wampas : « Si j’avais le portefeuille de Jacques Chirac, j’aurais pas besoin de passer le bac ; si j’avais le compte en banque de François Fillon, j’aurais pas besoin d’une éducation ». Il se met à pleuvoir. Le père de Rosalind achète un rouleau de bâches en plastique dans le magasin de bricolage en face ; on construit une grande tente entre les arbres du boulevard et les grilles du lycée, mi-bateau, mi-cabane. LCI filme, l’AFP collecte les informations, Libé interviewe. À 13h, les représentants sortent, les traits tirés. L’administration a accepté pour le lendemain le principe de deux AG simultanées des profs et des élèves, contre l’engagement de ne pas reprendre l’occupation.

15h00 Une manifestation lycéenne doit avoir lieu au Sénat, mais les élèves sont absorbés par la situation locale et tout ce qu’elle exige d’eux. Le XVIIème parallèle, un squat associatif en face du lycée, leur offre un abri le temps d’une AG qui mélange les occupants de la première heure, de Louis Aragon et d’ailleurs, et ceux qui les rejoignent maintenant. Il y a quelques tensions, de la fatigue. Se discute déjà la question de la poursuite de l’occu¬pation, de la façon dont on est engagé par la parole donnée à la proviseure.

17h00 Ils rentrent chez eux, épuisés, affamés, les cheveux mouillés par la pluie et s’effondrent dans leurs lits. Au Sénat, la loi Fillon vient d’être adoptée.

Vendredi 25 mars

14h00 Réunion dans le bureau de l’administration. À la proviseure qui lui reproche l’inutilité de son action et l’invite à utiliser son bulletin de vote maintenant que la loi est passée, Adam répond : « Le vote n’est qu’une partie de la citoyenneté. Notre mouvement s’inscrit dans une démocratie non pas représentative mais participative. Vous devez le prendre comme une chance, une chance d’expression entre les profs, les élèves et vous. L’occupation est la seule forme d’action que nous avons trouvée après l’échec des manifestations. Occuper son lycée est un moyen de se l’approprier. Les chômeurs occupaient l’UNEDIC en 1998, nous, nous occupons notre lycée. » Devant les représentants des parents d’élèves et des professeurs, la proviseure parle du risque que le lycée soit investi par des bandes de la banlieue toute proche. Le même garçon l’interrompt : « Moi, Madame, j’habite en banlieue ».

L’AG du matin a été difficile : ils étaient plusieurs centaines dans le gymnase ; difficile de mener un débat collectif dans ces conditions. Ils ont décidé de reprendre l’occupation. Le mouvement s’élargit.

20h00 Des fourgons ont été aperçus à une des portes de Paris. L’intervention est sans doute imminente. De nombreux parents sont là, des professeurs aussi. Les élèves se sont rassemblés en sit-in au centre du gymnase, les pieds et les mains liés les uns aux autres.

21h00 Plusieurs divisions de gendarmes mobiles pénètrent dans le gymnase. Clémentine Autain est élue de Paris et représentante au CA du collège ; c’est à ce titre qu’elle se présente au commandant. L’évacuation commence, elle sera lente, pénible, pleine d’une violence sourde et complètement maîtrisée. Pour faire lâcher prise aux élèves, les gendarmes utilisent des techniques éprouvées : retourner les doigts, aveugler de la main, tordre les oreilles. Ils les arrachent les uns aux autres un à un puis les emportent à l’extérieur. Une mère qui s’interpose connaît le même sort. C’est un long va-et-vient d’hommes en uniforme qui se couvrent de sueur à mesure que l’évacuation se déroule. Adossé contre un mur du gymnase, un RG filme l’opération.

21h30 Face aux gendarmes qui se redéploient afin de protéger les entrées du lycée, les élèves crient quelques slogans : « Laissez nous étudier pour ne pas devenir policier », et s’en vont vite en leur lançant « à mardi ! ». C’est le week-end de Pâques, le lundi est férié et l’administration a décidé que le lycée serait fermé samedi matin.

22h00 Ils sont une centaine à se retrouver dans une station de métro. Ils s’étaient donné le mot : en cas d’évacuation, partir sans avoir l’air de rien et venir là. Dans la cour d’un immeuble, ils tiennent une « assemblée extraordinaire » clandestine. Les interventions sont chuchotées pour ne pas attirer l’attention des riverains. L’après-midi, un autre gymnase a été ouvert, celui dont la serrure fonctionne mal. Après un vote silencieux, les élèves décident de retourner au lycée le soir même pour l’occuper et se séparent après s’être fixé rendez-vous à 1h15 du matin devant un théâtre à quelques dizaines de mètres du lycée.

Nuit du 25 au 26 mars

1h20 Sur le boulevard des maréchaux, une armée fugitive court à toute allure vers les grilles du lycée. Les sacs à dos volent par-dessus bord, les doigts s’agrippent dans les interstices, les jambes basculent de l’autre côté. Leurs pantalons trop grands, leurs sweat-shirts flottants et leurs cheveux au vent donnent à leurs silhouettes des contours incertains. Une voiture de police pile. L’obscurité des lieux ne permet déjà plus de distinguer le chemin qu’ils em¬pruntent. Un policier, le visage collé au grillage, met ses mains en visière. Il ne voit que la nuit.

2h00 Les policiers sonnent en vain à l’interphone. Personne ne leur répond. Dans le gymnase, après un vote, les élèves décident d’allumer la lumière.

3h00 Le vent est glacé ; sur le trottoir, quelques parents, quelques élèves attendent d’avoir des nouvelles des occupants. Les policiers montent la garde. Réveillés au milieu de la nuit, deux professeurs et deux parents tentent de persuader les élèves de quitter les lieux afin d’éviter une nouvelle évacuation par la force. L’administration a accepté le principe de cette négociation.

5h30 C’est l’heure du premier métro. Les élèves quittent le lycée. Ils sortent par la porte. Ils savent désormais qu’ils ont autre chose à opposer aux policiers qu’une résistance passive et le poids de leur corps : leur merveilleuse obstination et cette étonnante capacité à faire le mur qu’ils ne se connaissaient pas (« On imaginait que c’était très difficile. On avait des illusions » Rosalind).

Mardi 29 mars

La proviseure se déclare en arrêt-maladie. Les cours reprennent, l’occupation aussi. C’est leur désir qu’il en soit ainsi (« le mouvement de contestation a entrepris une occupation, non une grève forcée »). Elle a lieu désormais dans le gymnase de gymnastique, celui dont les portes ferment mal et qui s’ouvre d’un côté sur les couloirs des salles de classe, de l’autre sur l’escalier extérieur qui conduit au terrain de sport et aux grilles. Une vingtaine d’élèves sont décidés à y passer la nuit. La FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Élèves) a obtenu l’autorisation de l’administration que des parents d’élèves puissent entrer dans le lycée et passer la nuit à leurs côtés.

Le récit des premiers jours d’occupation devient un enjeu de lutte et l’objet d’interprétations concurrentes. La proviseure a en effet adressé une lettre aux parents et aux personnels de la cité scolaire afin de les informer et de justifier le recours aux forces de l’ordre : elle parle de la présence d’« éléments extérieurs » dans les murs du lycée, de « dégradations », et invoque les risques pour la sécurité. Une autre lettre — « informative et explicative » — signée des « lycéens occupants de Louis Aragon » est affichée dans les couloirs afin de « faire part aux personnes concernées de leur version des faits en faisant preuve d’honnêteté » : « Dès mercredi 23, le mouvement de Louis Aragon était composé d’une majorité d’aragoniens. Sept étudiants et une dizaine d’élèves du LAP ont été recensés comme « éléments extérieurs de l’établissement », ayant tous répondu à l’appel lancé par des aragoniens et adoptant une attitude pacifiste. Aucun comportement agressif de la part du mouvement de contestation ne peut être dénoncé, et il n’y a eu ni « dégradations », ni « actes dangereux ». Rajoutons que lors de l’occupation le gymnase a été entretenu régulièrement par les occupants faisant preuve de bonne volonté et d’organisation (...) Nous voulons une éducation sans élites ni privilégiés, qui vise à l’épanouissement de chacun, élèves comme professeurs. C’est à nous, acteurs de l’Éducation de redéfinir notre École ». Le conseil local de la FCPE fait de même dans une « lettre ouverte » tractée à la sortie des classes.

22h00 Une poutre, des espaliers, de grands matelas de saut en hauteur, et une longue rangée de baskets délacés. Les AG se déroulent désormais pieds nus sur un tatami géant. Avec des bancs, on a construit une table étroite sur laquelle on pourra manger assis en tailleur. La commission « bouffe » s’affaire pour préparer le repas. La proviseure fait sa deuxième ronde, sans le commissaire de police qui l’accompagnait tout à l’heure. Un verre de lait à la main, Félix et Rosalind lui proposent de partager leur repas. Elle refuse, mais ils obtiennent un balai et des sacs poubelle. La menace d’une nouvelle évacuation policière s’éloigne.

Mardi 5 avril

L’occupation s’est installée dans la durée, sans que les cours soient interrompus, sans que la police intervienne — même si sa présence est continue dans la loge du concierge et le soir aux abords du lycée. Passée la joie de pouvoir, la nuit tombée, se promener librement dans les couloirs du lycée, les occupants intermittents s’affrontent aux contraintes de ce mode d’action, et à la fatigue physique qu’il entraîne. Par cette occupation, ils ont impressionné les autres lycéens, qui ne prenaient pas très au sérieux jusqu’alors les appels à la grève de ces élèves de seconde, mais ils ont le sentiment aujourd’hui de former un îlot à l’intérieur du lycée. Ils veulent tout à la fois poursuivre le mouvement, arrêter d’occuper et finir en beauté. À l’heure où commencent les premiers cours, ils ont procédé à une répartition des arrondissements et deux par deux, ils ont commencé « la tournée des bahuts » : à chaque fois, attendre une récréation, chercher ceux qui sont dans le mouvement, et les inviter à participer à cette ultime nuit d’occupation. Mais l’arrêt de l’occupation a aussi une valeur d’échange : le soir, lors d’une réunion avec l’administration, ils négocient leur départ le lendemain matin contre l’obtention de trois salles de discussion pour les élèves, qu’ils réclamaient depuis plusieurs jours. Devant les représentants des parents, la proviseure donne un accord de principe pour deux salles — mais les élèves attendront une dizaine de jours avant d’en avoir les clés.

Le soir, ils sont nombreux à fêter la fin de leur occupation. Le cap est mis sur un nouveau mode d’action : les piquets de grèves ponctuels.

Depuis le vote de la loi, le mouvement lycéen est déclaré fini, et François Fillon n’a fait aucune intervention. Le mouvement d’occupation qui se déplie à travers la France est encore presque clandestin ; aucune analyse globale n’est faite sur le caractère national du mouvement ; à la Coordination, les élèves s’échangent des informations sur la carte des lycées mobilisés — on sait que Millau, par exemple, est très actif. Mais, à ce jour la presse nationale fait à peine écho au mouvement, sinon dans quelques brèves, et il est difficile d’en prendre la mesure.

Jeudi 7 avril

La Coordination lycéenne a appelé à une journée de blocage des établissements. La veille, à l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement, le discours de François Fillon a été très clair :

« Je ne laisserai pas une infime minorité bloquer le fonctionnement des établissements et cela à quelques semaines de l’organisation du baccalauréat. Des instructions extrêmement fermes ont été données aux recteurs et aux préfets pour qu’ils mobilisent tous les moyens nécessaires afin de mettre un terme à ces blocages. Je rappelle que ces blocages touchent moins de 1 % des établissements français. Je veux, à cette occasion, rendre hommage aux chefs d’établissement et à l’encadrement qui fait preuve d’une loyauté et d’un courage exemplaire. Je tiens à leur dire qu’ils ont le soutien total du Gouvernement. Je remercie également celles des organisations syndicales et des associations de parents d’élèves qui, quelles que soient leurs convictions, ont appelé au respect des principes de la loi et de la démocratie. En revanche, je tiens à indiquer aux personnes qui continuent, pour d’obscures raisons, à encourager, voire à initier ces blocages, qu’elles ne rendent service ni à la jeunesse qu’elles prétendent défendre, ni à la démocratie, ni à la République, dont elles bafouent les principes ».

7h45 Des barrières et des élèves bloquent les entrées du lycée. L’administration décide de fermer les portes. La chaîne humaine se déplace pour bloquer la circulation du boulevard. Les policiers tentent d’arrêter les voitures en amont. Un scooter force le passage et percute une élève. L’ambiance se charge d’électricité. Les lycéens partent sur le pont. Là, dans la confusion, une élève se trouve coincée contre une voiture par une Mercedes qui veut enfoncer le barrage. La colère des élèves se retourne contre la voiture de luxe : ils secouent le véhicule, arrachent les rétroviseurs, et détruisent le pare-brise en projetant dessus une grande poubelle à roulette. Les policiers sauvent le conducteur. Puis les CRS interviennent, et refoulent les lycéens sur les trottoirs.

10h00 Opération « Mobylettes perdues ». Partis de Barbès, des centaines de lycéens guidés par des membres de la Coordination rejoignent en métro la porte des Lilas et font intrusion dans le rectorat. Expulsés violemment quelques heures plus tard, les lycéens partent en manifestation vers le ministère.

Vendredi 8 avril

14h00 Place de la République. Toutes les manifestations sont désormais sauvages, seul le point de départ est fixe, le trajet devient un processus évolutif et les mouvements de la foule dans ces chemins sans cesse détournés s’apparentent à une forme d’errance et de réappropriation de l’espace. Il s’agit bien, comme dans une manifestation traditionnelle, de faire un usage intensif de sa puissance de déambulation, mais ici, il n’importe plus de faire nombre, mais de faire obstruction pour prendre littéralement la rue au gré de ses envies.

Dans le cortège, des jeunes filles portent des bougies avec recueillement : une rumeur persistante dit qu’un lycéen serait mort à Lille sous les coups des matraques. Les journaux télévisés ont montré la veille les coups de pied au visage donnés par un CRS à un lycéen maintenu à terre. (« Mais s’il y a des blessés, s’il y a un mort, ce ne sera pas de notre faute » Félix).

Lundi 11 avril

15h00 Les lycéens de tous les établissements mobilisés ont investi le lycée Montaigne, dont ils veulent faire le QG du mouvement. Les CRS ont chargé, renversant les barricades de chaises et de tables construites dans les escaliers pour ralentir leur progression. Les élèves qui ont trouvé refuge dans des salles de classe sont délogés à coup de gaz lacrymogènes. Ils sortent sans résister les yeux plein de larmes, levant les bras en l’air pour ne pas prendre de coups. Les lunettes de Daniel sont cassées. De rage, il ouvre son sac à dos et se met à balancer sur le mur de CRS tout ce qui lui tombe sous la main : stylos, cahiers, livres de classe. Les autres l’imitent. « Tant que les photographes et les caméras étaient là, on a jeté nos affaires de classe. Et quand ils sont partis on est allé chercher toutes les poubelles du quartier ». Ils font désormais feu de tous bois et des élèves cueillent les jonquilles du jardin de Luxembourg et les accrochent aux casques et aux boucliers des CRS. Quand les autres élèves descendent du toit, tout le monde part en manifestation sauvage vers la Sorbonne. Les lycéens déjouent les mouvements des camions qui les suivent en remontant les rues à contre-sens et en construisant des barricades de poubelles et de barrières. Mais la police adapte ses techniques à celles des manifestants : place de la République, le cortège est encerclé par un escadron de policiers à vélo qui les soumet au feu des gaz lacrymogènes.

Mardi 12 avril

8h00 Une poignée d’élèves bloque l’entrée du lycée dans un coude à coude désordonné. Maeve distribue des brassards de satin bleu turquoise. Le mouvement de contestation à Louis Aragon a trouvé sa couleur. Une demi-heure plus tard quatorze camions de CRS se rangent le long du boulevard et chargent bouclier au bras l’attroupement qui s’est formé devant le lycée. Les élèves s’assoient par terre en signe de non-violence. De nombreux parents d’élèves assistent à la scène, ils accompagnent leurs enfants le matin à l’école depuis cinq jours que les interventions policières sont quotidiennes aux portes du lycée. La veille, le contrôle des entrées était assuré par des îlotiers du commissariat.

9h00 Ceux qui sont identifiés comme des meneurs ne sont pas autorisés à entrer dans le lycée. La principale du collège demande à un élève de quatrième de retirer le brassard qu’il porte à l’épaule car il constitue un « signe ostentatoire ». Max se prend un coup de matraque, Maeve et Eva des coups de bouclier. Dans un communiqué de presse, le rectorat s’inquiète du taux de réussite au bac et donne une liste de quatre lycées où « il est irrémédiablement compromis » en raison des « graves perturbations » occasionnées par les opposants à la loi Fillon. Le retard pris y est jugé « irrattrapable ».

Jeudi 14 avril

8h00 Nouveau blocage. La principale du collège se blesse en voulant maintenir ouverte une des grilles. Elle ressent une douleur au cou et part faire des radios. Le SNPDEN, syndicat des chefs d’établissement, décide d’exploiter l’incident : elle « a été hospitalisée à la suite d’une violente bousculade avec des élèves ce matin à l’entrée de son établissement. Elle aurait une côte cassée. Le syndicat du personnel de direction ne peut tolérer ces modes d’actions utilisés par une minorité radicale et renouvelle son soutien à toutes les équipes qui continuent de pâtir des agissements de certains élèves qui ont perdu toute légitimité dès lors que le ministre a reçu les organisations lycéennes représentatives et fait des propositions concrètes ». L’information est reprise dans la presse nationale et au journal télévisé de 20h00. Elle ne sera jamais corrigée. Le 31 mars, des enseignants se sont indignés dans un communiqué des contre-vérités du rectorat sur le lycée Turgot où aucun lycéen « n’a molesté la proviseure » et encore moins levé la main sur elle.

10h00 Salle des professeurs. Un enseignant est debout devant le panneau d’expression libre, stylo rouge à la main, il corrige les fautes d’orthographe qui parsèment les témoignages d’élèves sur l’intervention de la police le 7 avril.

18 avril

22h00 Le troisième gymnase du lycée est occupé. C’est le seul que les élèves arrivent encore à ouvrir, mais il est très inconfortable. Le sol est en parquet. Les élèves demandent des matelas ou des tapis de sols qu’ils n’obtiennent pas. Des lycéens de tout Paris sont là ce soir. Le lendemain matin, des représentants de la FCPE sont invités par l’administration à recenser les dégradations qui ont été commises pendant la nuit. Ils constatent qu’une caméra de surveillance est cassée et que le bureau de l’assistante sociale a été visité — une fenêtre avait été malencontreusement laissée ouverte ; plusieurs feuilles trouvées dans les dossiers confidentiels des élèves ont été détruites par le feu à l’extérieur du bureau ; deux autocollants « révolutionnaires » sont collés sur une armoire métallique. Mais ils se démarquent des déclarations à la presse de la proviseure, qui parle d’« actes de vandalisme » et de « mise à sac », et qui porte plainte au commissariat en donnant à la police une liste de noms d’élèves du lycée.

21 avril

1h00 du matin L’occupation de l’annexe du ministère de l’Éducation nationale s’est terminée par une série massive d’arrestations. Les élèves sont si nombreux qu’il faut les répartir dans la totalité des commissariats de la capitale et pourtant on manque encore de place, les cellules débordent. Les policiers qui voient arriver des camions entiers de lycéens croient d’abord que ce sera l’affaire de quelques heures : le temps de faire un contrôle d’identité et d’appeler les parents pour qu’ils viennent chercher leur enfant. Mais une heure plus tard ordre est donné de les garder tous à vue. Parmi les cent soixante-cinq lycéens interpellés, dix-neuf sont d’Aragon — tous mineurs, dont la moitié a moins de seize ans. La mère de Cédric passe la nuit devant le commissariat du XIIIème arrondissement à attendre en vain la sortie de son fils. Les délégués de la FCPE font le lien entre les parents et tentent de localiser les élèves commissariat par commissariat. Les plus jeunes sont libérés dans la nuit, l’après-midi ils retrouvent leurs camarades en cours. Au bout des vingt-quatre heures de durée légale, trois élèves d’Aragon voient leur garde à vue prolongée.

22 avril

9h30 Elles sont trois, vont de salle en salle, présentent la pétition et la font passer aux élèves, classe après classe, pour qu’ils puissent ajouter leur signature. « Aujourd’hui encore, l’aragonien Adam est retenu et va comparaître au tribunal. En attendant nous avons très peu de ses nouvelles. Pour sa libération, nous demandons votre soutien pour que la proviseure contacte le procureur de la République ».

14h00 Neuf lycéens sont mis en examen pour « violence sur agent de la force publique avec armes par destination ». Le Conseil constitutionnel annonce dans un communiqué qu’il censure deux articles de la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école : l’article 7 et l’article 12 qui contenait le rapport annexé à la loi.

17h00 Adam sort du Palais de justice, entouré par sa mère et son avocate, et accueilli par tous ses camarades. Les vacances de printemps commencent.

Épilogue. Rentrée 2005

Certains des élèves inculpés ont été condamnés à de lourdes peines : prison avec sursis, fortes amendes. D’autres sont en attente de jugement. Gilles de Robien, qui a remplacé François Fillon au ministère de l’Éducation nationale, oppose une fin de non recevoir au Comité de soutien aux victimes de la répression du mouvement lycéen qui lui demande la levée des poursuites.

Pendant les vacances, Christopher a rédigé un projet de loi sur l’Éducation. Il est désormais affiché dans la salle que les lycéens ont gagnée à l’issue du mouvement, et occupe la moitié du mur du fond. Itle a lancé un projet de radio associative et elle est prête, si le mouvement reprend, à le commenter au micro. Félix et Maeve étaient dans la rue le 3 septembre pour réclamer des mesures d’urgence pour le logement après les incendies meurtriers de l’été.

Les taux de réussite au bac à Louis Aragon ont connu cette année une forte augmentation : de dix à quinze points selon les sections.


repères

20 janvier Des cortèges lycéens se joignent aux manifestations des enseignants, notamment à Paris, Nantes et Strasbourg.

10 février 100 000 lycéens manifestent dans toute la France. F. Fillon, au journal télévisé de France 3 : « Je ne ferai pas une réforme du bac tant que nous n’aurons pas levé les craintes qui sont exprimées (...). Je ne veux, pas plus que les lycéens qui manifestaient dans la rue, un bac qui donnerait le sentiment d’être dévalorisé. »

16 février Ouverture des débats sur la Loi d’orientation pour l’avenir de l’école à l’Assemblée nationale. Le gouvernement déclare la procédure d’urgence.

2 mars Le texte est adopté par les députés.

8 mars Entre 165 000 et 200 000 manifestants sur l’ensemble de la France. À Paris, la manifestation est interrompue à mi-parcours en raison des violences que subissent les manifestants.

17 mars La Coordination lycéenne appelle les élèves mobilisés à bloquer et à occuper leurs établissements.

24 mars La loi est définitivement adoptée

6 avril F. Fillon, Questions au Gouvernement, Assemblée nationale : « Des instructions extrêmement fermes ont été données aux recteurs et aux préfets pour qu’ils mobilisent tous les moyens nécessaires afin de mettre un terme à ces blocages. »

7 avril Un appel aux blocages de tous les lycées est lancé par la Coordination lycéenne, auquel s’associe la FIDL. 370 lycées sont bloqués (d’après les estimations du syndicat lycéen). Occupation simultanée de trois rectorats (Paris, Aix-Marseille, Toulouse). Violences policières à Paris et à Lille

8 avril Manifestations pour protester contre les violences policières (Paris, Lille, Besançon).

F. Fillon à l’issue d’une réunion avec les élus du Conseil de la Vie Lycéenne : « Si les parents sont choqués, qu’ils demandent à leurs enfants de rentrer en cours. »

Annonce de la mise en place d’assistants pédagogiques dans trois cents lycées sensibles.

11 avril Action de la Coordination lycéenne au lycée Montaigne (Paris).

12 avril La FIDL et l’UNL sont reçues par le ministre de l’Éducation Nationale. Occupation de l’inspection académique de Bobigny (84 interpellations).

13 avril F. Fillon, Questions au Gouvernement, Assemblée nationale : « Certains d’entre eux, c’est exact, ont manifesté contre la loi que le Parlement a votée et qui est désormais la loi de la République. S’ils n’ont pas fait reculer le Gouvernement, c’est qu’ils n’ont jamais été majoritaires, ni dans les lycées, ni dans l’opinion publique. Et s’ils n’ont jamais été majoritaires, c’est parce que leur mouvement est né d’un mensonge, d’une caricature, diffusée par certaines organisations, de la loi que le Parlement a votée. Or cette loi répond justement à vos préoccupations, Monsieur le député ! (...) Le Gouvernement est prêt à aller plus loin. Comme je l’ai indiqué aux organisations lycéennes, nous pourrons, dans l’esprit de la loi d’orientation, élargir le dispositif de soutien aux lycées, avec la mise en place d’un système de tutorat. Mais une chose est sûre, Monsieur le député : jamais je n’accepterai qu’une infime minorité de lycéens — si ce sont effectivement des lycéens — empêche les établissements scolaires de travailler, agresse les personnels d’encadrement et compromette les examens. »

20 avril Occupation de l’annexe du ministère de l’Éducation Nationale. 165 lycéens sont gardés à vue.

22 avril Neuf lycéens sont mis en examen. Le Conseil constitutionnel censure deux articles de la Loi.

1er juin Un élève de Terminale est condamné à cinq mois avec sursis pour « outrage à agent » pendant une manifestation lycéenne.

Notes

[1le nom du lycée parisien où l’action se déroule a été changé

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Publiée dans Vacarme 33, , pp. 15-26.