Vacarme 33 / cahier

cut up

par

10 raisons de se réjouir

1. Gaza

On ne doit et on ne peut que se réjouir du démantèlement des colonies de Gaza et de quatre (petites) colonies de Cisjordanie. Certes, c’est encore bien peu, certes Gaza ressemble plus que jamais à une vaste prison, certes c’est un sacré traquenard pour les Palestiniens (la guerre civile menace), certes c’est aussi un arbre qui cache la forêt (plus de 12000 nouveaux colons installés en Cisjordanie en 2005 contre quelques 8000 évacués à Gaza), et certes encore et surtout, dans sa cohérence avec la construction du mur, c’est un nouveau pas vers une séparation radicale et funeste. Mais on « doit » s’en réjouir parce que c’est tout de même un vrai premier pas, parce qu’une majorité d’Israéliens est pour la première fois favorable à une poursuite des démantèlements en Cisjordanie, parce que c’est une vraie défaite de l’extrême-droite israélienne, parce qu’il n’y a pas eu de sang, parce que le pire n’est jamais sûr. Et on le « peut » parce que la population gazaouie elle-même s’est réjouie. [PZ]

2. « On peut gagner »

Solidarité des Nazairiens, soutien actif de la CGT locale, intervention — sous la pression de cette dernière — de la Préfecture : au bout de deux semaines de lutte, dont six jours de grève de la faim, treize électriciens polonais apparemment pris dans le piège de la cascade de sous-traitances qui leur avait fourni du travail (« le labyrinthe social plonge le site dans une délinquance patronale absolue », déplorent les militants mobilisés), ont obtenu le paiement des arriérés de salaire que leur devait depuis deux mois leur employeur direct, disparu avec la caisse. Parmi toutes les raisons de se réjouir qui se cumulent dans cette victoire d’été, deux claquent plus joyeusement encore que les autres. « C’est la première fois qu’un tel conflit se termine par le versement de la totalité des sommes dues » à Saint-Nazaire où plusieurs affaires du même type ont déjà eu lieu ces dernières années, au détriment d’ouvriers indiens, grecs et roumains venus travailler aux Chantiers de l’Atlantique pour des sous-traitants. Et c’est le donneur d’ordres qui, pressé par la Préfecture, a versé les 30 000 $ nécessaires : de quoi donner à réfléchir sur la responsabilité qu’impose la signature de contrats commerciaux avec des partenaires sans doute alléchants, mais tout aussi fantômes. « Quand on lutte, on peut gagner » ont résumé les ouvriers polonais. Solidarnosc a tenu de son côté à remercier la CGT pour son engagement dans le conflit. Mais aussi à exprimer son inquiétude sur les conditions d’utilisation de ses compatriotes, et demandé qu’on lui communique tous les documents et contrats commerciaux qui les concernent, avant d’appeler à « faire tout ce qui est possible pour stopper cette concurrence sociale par la promotion de normes sociales en Europe ». [SG, AL]

3. Encerclement

Après l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas, la Belgique, la Norvège et la Suisse, le Luxembourg est, depuis le 4 juillet dernier, le septième pays européen (le cinquième de l’Union Européenne) à ouvrir un lieu d’accueil pour usagers de drogues disposant d’un espace pour la consommation, encadré par des professionnels du soin et de la réduction des risques. La France sera bientôt encerclée. Seule l’Italie de Silvio Berlusconi s’obstine elle aussi à résister à la poursuite d’une politique initiée pourtant en France il y a bientôt vingt ans. Quatre-vingt sept lieux de ce type sont aujourd’hui en service dans le monde, qui tous ont fait leurs preuves, tant pour les usagers de drogues que pour les habitants des quartiers concernés et pour les professionnels du secteur.[EL]

4. Privilège

Le 11 septembre 2005, le carnet du Monde annonçait l’union de Christophe Martet, activiste français, ancien président d’Act Up-Paris, et de Solomon Kapere, activiste ougandais, membre de l’association de lutte contre le sida TASO (The Aids Support Organization). Ils se sont rencontrés en 2000 à la Conférence internationale sur le sida de Durban et se sont pacsés cette année, pendant (ou presque) la nuit du 4 août. [SG, AL]

5. Pendant ce temps-là en Italie

Depuis longtemps, avant même la création lors du contre-sommet de Gênes de juillet 2001 du Tavolo Migranti (rassem-blement de collectifs de migrants et de groupes activistes) la mobilisation contre les centres de détention pour étrangers (CPT) est forte (100.000 personnes à Turin le 30 novembre 2002) et constante. Parallèlement les parlementaires usent de leur droit de visite, les associations interviennent (en avril 2004 MSF-Italie a été interdit de CPT à la suite d’un rapport incendiaire). Depuis le début de l’année 2005, de nombreuses révoltes, fuites, auto-mutilations à l’intérieur des centres sont médiatisées à l’extérieur.

Le 30 juin, Nichi Vendola (Rifondazione Comunista, ancien militant homosexuel), récemment élu président de la région des Pouilles, fait paraître dans Il Manifesto un texte intitulé « Nous ne pouvons pas obéir », qui réclame la fermeture des CPT. Il est rejoint par treize présidents de région (sur vingt), et tous décident de participer, avec des fédérations syndicales, au forum de Bari des 10 et 11 juillet organisé par le réseau NoCPT.

À l’intérieur de l’Union — la coalition de centre-gauche italienne déjà en campagne pour les élections de 2006 à la présidence du Conseil, qu’elle a des chances d’emporter face à la Maison des libertés menée par Silvio Berlusconi — le débat est très vif ; beaucoup préfèrent réclamer « l’aménagement » des CPT plutôt que leur fermeture : parmi ceux-ci Livia Turco et Giorgio Napolitano (DS), auteurs de la loi de gauche de 1999 qui institue les CPT (la loi Bossi-Fini berlusconienne de 2001 règle leur fonctionnement), et Piero Fassino, secrétaire national de la DS, qui condamne les présidents de région.

Il n’empêche : Vendola reste ferme sur sa position ; le débat sur les CPT est national, dans la presse au-delà de l’Unita et du Manifesto ; il porte sur le fond ; les mouvements et les migrants se font entendre ; à l’agenda national sont inscrites en septembre et octobre des mobilisations contre l’ouverture de deux centres à Bari et à Gradisca d’Isonzo, et contre la loi Bossi-Fini.

La France n’est pas l’Italie : ni par sa structure politique, ni par l’état de ses forces, ni par son histoire. Mais on aimerait que cette convergence de mobilisations et de débats trouve un écho ici, et en Europe. Et que partis, associations, syndicats et activistes s’en inspirent pour agir, par exemple face aux expulsions. [ISS, 18 septembre 2005]

Traduction de l’appel de Vendola et plus d’informations surwww.vacarme.eu.org

6. Bollywood

Vikash Dhorasoo semble s’imposer comme un titulaire à part entière de l’équipe de France de football. Peu souligné par la grande presse, cet événement est pourtant considérable. Parce que ce joueur, par son élégance footballistique et intellectuelle, contribue à embellir la vie des amateurs de football qui en ont parfois bien besoin. Parce qu’il a un nom délicieux de personnage de roman, tout particulièrement quand on le prononce à haute voix. Parce que c’est la coqueluche de notre chroniqueur Fred Poulet. Parce que c’est devenu la coqueluche de Vacarme. Parce que Vikash Dhorasoo. [PZ]

7. Collectif

Nous sommes la scène contemporaine française.

Nous sommes candidats à la direction du Palais de Tokyo.

« Donner une visibilité à la création française sans la couper de son environnement international, ni la dissoudre dans cet environnement. Mettre en œuvre un fonctionnement collégial et décloisonner les différents modes d’intervention des acteurs de l’art contemporain. Respecter la diversité de la création. Susciter l’appropriation de l’art contemporain en rendant acteurs du Site de création contemporaine aussi bien les artistes, leurs partenaires professionnels que les publics. »

« Parce que la légitimité d’une candidature pour la direction d’un lieu qui engage la visibilité de la scène contemporaine en France et à l’étranger ne peut se construire sans débat public et sans les premiers acteurs de l’art contemporain : les artistes », la FRAAP - Fédération des Réseaux et Associations des Artistes Plasticiens - présente sa candidature à la direction du Palais de Tokyo.

www.fraap.org

8. Mode

Comme tous les porte-aiguillons, les pompiles, les sphex, les fourmis, les mutilles, les guêpes et certaines abeilles ont choisi des livrées rutilantes pour tous les jours. Certains courent sur les sols ensoleillés, les plus trapus aiment les bois, d’autres partent en colonie. Mais partout, ils rutilent. Ils rutilent même quand ils se battent et enveniment les situations les plus simples, silencieusement. Sans doute est-ce parce qu’ils n’ont qu’un seul trochanter à chaque patte. [AC]

9. Démenti

Mi-août on apprenait, par l’Agence de presse de la République islamique d’Iran, que deux jeunes hommes étaient sur le point d’être pendus, probablement le 27 ou le 28 août, après leur condamnation par le tribunal d’Arak. Le 19 juillet déjà, deux hommes (l’un mineur, l’autre vraisemblablement âgé de 18 ans) avaient été pendus publiquement sur la « place de la justice » de la ville de Mashhad, au nord de l’Iran. Au cœur de cette exécution, leur homosexualité. Les réactions d’indignation s’étaient multipliées, de nombreuses manifestations avaient été organisées un peu partout dans le monde pour dénoncer une pratique récurrente, qui consiste à pendre ceux et celles qui s’avèreraient être homosexuels. En août, la mobilisation semble avoir porté : après une série de manifestations devant les ambassades iraniennes et l’envoi de nombreuses lettres de protestation, dont une envoyée par Bertrand Delanoë sur laquelle il prend appui, le procureur d’Arak aurait démenti que ces jeunes hommes allaient être pendus. Pour la Fédération internationale des réfugiés iraniens, basée aux Pays-Bas, ce démenti est une preuve que la République islamique d’Iran comptait bien les exécuter. « En raison des pressions internationales, la République islamique utilise de fausses accusations de viol, afin de pouvoir exécuter les homosexuels, explique-t-elle. Sans la solidarité internationale, Ahmad et Farid (Mahbod) auraient pu tout simplement mourir. » Seule ombre au tableau : alors que les Pays-Bas ou la Suède, par exemple, ont gelé les expulsions de déboutés du droit d’asile homosexuels et iraniens, le gouvernement et le chef de l’État français sont restés totalement muets sur les exécutions. Il semble que pour eux, le problème de l’Iran se résume uniquement à la question nucléaire. [EC]

10. Miracle

La planche que j’ai achetée mercredi rentre parfaitement dans l’espace qui lui était réservé. [GK]

10 raisons d’avoir peur

1. La prison des anges

En Argentine se trouve la seule « prison entièrement évangélique » d’Amérique Latine, située à 70km de la capitale. D’aucuns la présentent comme « une prison modèle : pas de violence, pas de drogue, pas de cachot, une propreté exemplaire, du soleil qui entre à flots, des parterres de fleurs et des hommes paisibles qui saluent les visiteurs d’un cordial Dieu vous bénisse ». Dans cette prison qui porte le nom de Christ la seule espérance, « il est interdit de fumer, de boire, d’écouter de la musique mondaine, de regarder la télévision, d’avoir les cheveux longs » et obligatoire en revanche « de prier dès 6 heures du matin et régulièrement tout au long de la journée, et d’aller au culte la Bible à la main ». Mieux, selon le pasteur principal, condamné à perpétuité pour homicide, si l’on manque au règlement « pas de mitard. La punition consiste à prier encore plus ». Résultat, selon Felipe Sola, gouverneur de la province, « seuls 5% d’entre eux récidivent, contre 40% dans les autres prisons ». [AL]

2. Dark Vador

La gauche se déchire et la droite se déchire. On peut avoir peur des déchirements de la gauche nous condamnant à des années d’une droite toujours plus dure. Mais on peut aussi s’en réjouir : peut-être est-il temps que des mensonges se lèvent, que de nouvelles forces adviennent, que se délite pour de bon une gauche définitivement politicienne et qui, d’un côté comme de l’autre, ne pense même plus à l’Europe depuis le 30 mai. Symétriquement, on peut se réjouir des déchirements de personnes à droite, tant cela maintient malgré tout vivace l’espérance de sa disparition. Mais aussi s’en inquiéter tant ce genre de misérables conflits ne peut que profiter à son extrême. En revanche, on ne peut qu’avoir peur sans plus d’ambiguïté de ces déchirements parallèles. Quand gauche et droite ne pensent plus qu’à tirer sur leur propre camp avant de tirer sur le camp d’en face, ce n’est plus un marche-pied qu’on offre à l’extrême-droite, mais une autoroute. Notre seul espoir étant alors qu’elle-même ne parvienne qu’à s’y déchirer à son tour. Mais espérer que les propres divisions de l’extrême-droite soient notre ultime bouclier contre son advenue demeure un espoir bien triste, et un peu terrifiant sur notre actuelle santé. [PZ]

3. Sarkozy

De fin janvier à août 2005, 12 849 étrangers ont été reconduits aux frontières françaises. Début septembre, néanmoins, Sarkozy s’inquiétait : sur l’objectif fixé de 23 000 éloignements pour l’année, seuls 56% avait été atteints en huit mois. D’où son insistance à l’égard des préfets, et ses conseils : « Il vous faut ne pas hésiter à utiliser toutes les marges de manœuvre autorisées par la loi. Elles sont réelles. [...] Je vous demande de savoir résister aux pressions de tels ou tels « collectifs » ou « coordinations », qui ne représentent qu’eux-mêmes. [...] Il vous appartient également de combattre certaines idées reçues. Je rappelle, en particulier, que les ressortissants roumains ou bulgares en situation irrégulière ne bénéficient d’aucune protection juridique particulière contre l’éloignement : le fait que la Roumanie et la Bulgarie soient candidates à l’adhésion à l’Union européenne n’y change rien. Je rappelle, de même, que la Cour européenne des droits de l’homme n’a jamais reconnu un quelconque droit de chacun à mener sa vie familiale où bon lui semble ! La jurisprudence est plus nuancée et, en cas de contentieux devant le juge administratif ou le juge des libertés et de la détention, vous devez pouvoir défendre efficacement des dossiers bien préparés, si nécessaire en recourant aux services d’avocats. » La loi, voilà l’ennemi. [AL, SG]

4. Inconscient collectif

Joie de la contagion linguistique. Les Anglo-saxons qualifient leurs commissaires d’exposition de curators, et le cousin français du terme (curateur : « personne qui a la charge d’assister un mineur émancipé dans certains actes, d’administrer les biens ou de veiller aux intérêts d’une autre personne ») tend à infléchir son chemin, quitte à se froisser avec le dictionnaire. Le curator, pour les mineurs et les aliénés, a vocation de guérir, soigner (to cure). À croire que pour l’art moderne notre inconscient collectif n’a trouvé, comme hier, que l’enfermement ou la médicalisation. Et on peut attendre qu’il ne s’arrête pas là. On dit déjà : manager culturel, gestionnaire de musées. On dira bientôt : GO (gentil organisateur), MO (méchant organisateur), ME (magistrat d’exposition), CED (curé d’espace discursif), FDA (facilitateur d’art), CEI (communicant en intensités). [PZ, AL]

5. Menace

Le Pentagone a déjà un plan de bombardement des équipements nucléaires iraniens.

6. Renfermement

Le 6 juillet dernier, la commission Santé-Justice présidée par Jean-François Burgelin (voir le cut up de Vacarme n°30), notamment chargée de réfléchir à la prise en charge des personnes détenues atteintes de troubles mentaux et au suivi après l’incarcération, « dans le but de mieux prévenir les risques de récidive », a remis aux deux ministres concernés son rapport, sobrement intitulé « Santé, justice et dangerosités : pour une meilleure prévention de la récidive ». L’Observatoire International des Prisons lui consacre le dernier numéro de sa revue Dedans dehors, que l’on consultera avec profit.

On retiendra :

  • la proposition de créer des « centres fermés de protection sociale », après l’incarcération, pour les sortants dont on suspecte une dangerosité, et ce pour une durée d’un an reconductible de façon illimitée. Bref, un enfermement préventif après la peine et sans limitation de durée, reposant, de surcroît, sur des critères flous (question des liens entre dangerosité et récidive, extension aux détenus ayant eu de mauvais rapports avec le personnel pénitentiaire, etc.). Ce dispositif d’enfermement vient remplacer la création d’un « hôpital-prison », qui faisait partie de l’énoncé des missions de la commission Burgelin.
  • étant donnée la fragilité de l’évaluation de la dangerosité, un renforcement global de l’expertise psychiatrique, selon un mouvement qui se fait aux détriments des soins et de la relation thérapeutique, et qui vient précisément combler le manque de savoir possible aux fondements du dispositif (ce dont témoigne, en l’espèce, le présupposé selon lequel la dangerosité serait prédictible).
  • la proposition, censée satisfaire les victimes, de faire comparaître devant une juridiction ad hoc les personnes reconnues pénalement irresponsables (l’idée s’énonce à la Chancellerie depuis fin 2003 ; on sait pourtant que le taux de non-lieux psychiatriques, toutes affaires confondues, avoisine les 0,5 %).

Au vu de ces propositions, produits de discours arc-boutés sur une conception de la société marquée par le « refus de l’aléa et du risque », l’horizon parlementaire du passage en deuxième lecture à l’Assemblée nationale du projet de loi sur la récidive ne laisse pas d’inquiéter. [SyD]

7. Ils n’ont pas dit non

Ils n’ont pas dit non à l’éventualité d’être candidats à une candidature :

Martine Aubry, Olivier Besancenot, José Bové, Marie-Georges Buffet, Laurent Fabius, François Hollande, Lionel Jospin, Arlette Laguiller, Jack Lang, Noël Mamère, Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn.

À droite, Nicolas Sarkozy est candidat.

8. Loi vs victimes

Depuis 2002 et la loi dite Kouchner qui prévoit la suspension de leur peine de prison pour les détenus dont « le pronostic vital est engagé » ou dont « l’état est incompatible avec la détention », 173 suspensions de peine pour raisons médicales ont été accordées. 173 moins une, faut-il rectifier depuis la mi-septembre, où le tribunal des Sables d’Olonne a décidé de réincarcérer un détenu libéré en décembre 2004 en raison d’un cancer de la plèvre. « Choquées » par sa libération, les familles de ses victimes avaient saisi le garde des Sceaux, arguant notamment de son retour dans leur voisinage. Sa réincarcération a été décidée après quatre expertises médicales. L’intéressé a indiqué lors des débats « qu’il comprenait le principe de l’application des peines et qu’il ne serait pas surpris de retourner en prison si son état de santé s’améliorait ». Mais son avocat notait le même jour que les experts ne pouvaient pas dire si son pronostic vital était engagé ou non.[AL]

9. Abîmes

Vient de paraître aux éditions Arènes Le livre noir de la psychanalyse. Si cet ouvrage collectif part d’une louable intention (nuire en bloc, calomnier et s’auto-promouvoir), on regrettera malgré tout les zones d’ombre béantes de la psychanalyse qu’il laisse de côté. En particulier, rien n’est dit du fait que Freud meurt l’année même où se déclenche la seconde guerre mondiale et que la psychanalyse porte donc la responsabilité de plus de 53 millions de morts ; rien n’est dit du fait que Saddam Hussein venait d’engager une psychanalyse avec un freudien quand il décida d’envahir le Koweït, alors que Georges W. Bush était lui-même en psychanalyse depuis sept ans avec un lacanien orthodoxe (Jacques Wolfowitz) quand il décida d’assumer le nom et le prénom du Père en envahissant l’Irak ; rien n’est dit encore du fait que le cyclone Katrina n’a détruit il y a peu la Nouvelle Orléans qu’après avoir découvert sur le divan d’un psychanalyste kleinien que sa grand-mère castratrice était née à Orléans ; rien n’est dit enfin des exactions sectaires de la Société franco-belge de psychanalyse mises pourtant en pleine lumière par un film célèbre de Raul Ruiz. Bref, à quoi bon écrire un « Livre noir » si c’est pour reculer devant la vraie noirceur ? [PZ]

10. Incendies

15 avril 2005 : 24 morts et 50 blessés. 25 août 2005 : 17 morts et 30 blessés. 30 août 2005 : 7 morts et 11 blessés. À chaque fois, les enfants ont été les premières victimes de ces incendies mortels qui ont touché des familles nombreuses, mal-logées, d’origine immigrée. L’incendie de l’hôtel Opéra au mois d’avril avait suscité une vive indignation. Chacun est ensuite retourné à ses petites occupations et à ses querelles. La droite parisienne a accusé la gauche de loger des sans-papiers ou des immigrés — on n’est pas à un amalgame près — dans des logements vétustes ; la gauche a répondu que la situation actuelle était la conséquence de 25 ans d’absence de politique du logement social à Paris. Les incendies du mois d’août ont suscité une vive indignation. Sarkozy prend prétexte de ces derniers morts pour réprimer les squatteurs et n’hésite pas à considérer que dès lors qu’on est noir et qu’on vit dans un appartement miteux, on est clandestin : « La difficulté, c’est que tout un tas de gens, qui n’ont pas de papiers pour certains, s’amassent à Paris, qu’il n’y a pas de conditions pour les loger. » La difficulté, a-t-on envie de répondre à Sarkozy, c’est que Paris souffre d’un déficit de logement social et que les services sociaux, qu’ils relèvent de la Ville ou de la Préfecture, sont bien contents de pouvoir loger des familles entières dans des logements insalubres, en attendant mieux. La difficulté, c’est que la gauche socialiste, malgré les promesses électorales de 2001, n’a pas été jusqu’au bout de ses ambitions en matière de logement social. Depuis 2002 les socialistes — tout en rénovant le système hérité de Tibéri, soyons leur reconnaissants — ont néanmoins limité la construction de logements sociaux, leur préférant le logement intermédiaire. La difficulté, c’est que les députés, quelle que soit leur appartenance, sont prêts à voter des lois visant à interdire la vente à la découpe pour défendre la famille française moyenne et à crier au scandale au nom de la mixité sociale, mais peuvent laisser vivre dix ans durant des familles maliennes en situation régulière sur le territoire français dans un immeuble en péril du boulevard Vincent Auriol. La mixité sociale semble s’arrêter à leur porte. Ici ou là, quelques élus parisiens tentent d’empêcher les expulsions en s’affrontant aux CRS, pendant que les ténors du Parti socialiste se battent sur leurs motions et que Delanoë fait reposer toute la responsabilité de ces actes sur la SIEMP (Société Immobilière d’Économie Mixte de la Ville de Paris, gérée par les Verts) qui ne s’occupe que des pires situations. Laquelle explique que sur les 2000 familles à reloger en priorité d’ici la fin de la mandature, 542 ont été à ce jour relogées définitivement, et qu’elle s’est portée acquéreur de 148 immeubles insalubres qu’elle va rénover sur les 423 recensés dans la capitale. Bref, les comptes sont loin d’être à l’équilibre. Il y en a pourtant un qui a réussi à construire en une minute son programme contre le mal-logement : « Il faut fermer tous ces squats » assure Sarkozy. Quel talent. [EC]

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Publiée dans Vacarme 33, , pp. 45-49.