Vacarme 33 / loin d’Okinawa

une littérature minoritaire trois textes choisis par Ikuo Shinjô et traduits par Corinne Atlan

Les textes qui suivent, dont certains aspects paraîtront difficilement audibles à des lecteurs européens, documentent l’axe toujours plus aigu du découragement et de la violence à Okinawa. Triptyque d’une rébellion de plus en plus glaçante, ils mettent en scène la déconstruction progressive du lien avec le Japon : entre le désir d’une inscription dans la communauté nationale chez Yamanoguchi (1935) et la conviction que le peuple d’Okinawa ne sera entendu par la métropole qu’en transgressant radicalement ses lois et en assumant la monstruosité chez Medoruma (1999), il y a toute l’ambiguïté de la « race jaune » qui unit encore Japonais et Okinawans dans le poème d’Arakawa (1956).

« Race » : cette notion importée d’Occident a joué un rôle central dans l’expansion territoriale japonaise. Après avoir en vain demandé à la SDN de reconnaître le principe de l’égalité des races en 1919, le Japon fait de ses conquêtes des années trente puis de la guerre du Pacifique une lutte contre l’hégémonisme de la « race blanche », poussant les États-Unis à cultiver un discours trompeusement universaliste. Arakawa, d’ailleurs censuré par les autorités américaines, remet en jeu ce concept dans un contexte tout à fait différent : élément d’une stratégie de libération, il permet d’établir un lien entre la ségrégation pratiquée aux États-Unis et le racisme à l’œuvre pendant l’occupation d’Okinawa. C’est l’époque où G.I. blancs et noirs, qui ne fréquentent pas les mêmes bars, se cherchent bagarre dans les rues de l’archipel avant de partir pour le front coréen. C’est aussi l’époque où les Noirs américains effraient les Okinawans - dans ce pays où la pâleur du teint reste un gage de beauté - eux qui sont pourtant les « Noirs » du Japon, ces êtres à la peau plus foncée qu’ailleurs dont le corps a gardé trace des mélanges, de la mixité du « Jaune ».

  • dialogue par Baku Yamanoguchi (1935) ;
  • race de couleur par Akira Arakawa (extraits, 1956) ;
  • espoir par Shyn Medoruma (1999) ;
  • nota bene : sur la littérture d’Okinawa par Ikuo Shinjô

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une littérature minoritaire

trois textes choisis par Ikuo Shinjô et traduits par Corinne Atlan