paroles de malade

« cette maladie, elle va avec ma vie, pas contre elle » témoignage de Simone Magnet

Simone Magnet, 58 ans, femme d’artisan

« Quand j’étais enceinte de mon troisième enfant, je n’arrêtais pas de me lever la nuit pour boire. C’est comme ça, en 1969, que mon médecin a découvert que j’avais un diabète instable. Au début, j’ai pensé qu’on découvrirait un remède miracle puis lentement j’ai accepté les contraintes que m’imposait cette maladie et je me suis adapté à elle. Quand le médecin m’a mise à l’insuline, j’étais très heureuse. J’ai dû apprendre à me piquer mais cela me donnait une autonomie et surtout l’impression de maîtriser mon diabète.

Aujourd’hui, j’ai une pompe à insuline, à débit constant, je ne me pique plus et cela me donne une plus grande liberté. Bien sûr, je me suis senti affectée dans ma féminité car je dépends d’une machine. Ce n’est pas très esthétique. Mais ça aussi j’ai appris à le dominer. J’ai découvert mes limites grâce à la maladie : elle m’a donné de la force de caractère. Mon entourage m’a aussi beaucoup aidée. Il ne m’a jamais considérée comme malade et personne, que ce soit mon mari ou mes enfants, n’a changé d’attitude vis-à-vis de moi. C’est très important car je crois que je n’aurais pas supporté la pitié des autres : je me serais senti encore plus malade.

Mon mari ne laissait pas voir son inquiétude et c’est pareil aujourd’hui.

Il est très attentif à mes malaises. Il m’arrive, la nuit, de faire des comas et il a dû lui aussi apprendre à vivre avec ça. En fait, cette maladie a resserré les liens familiaux.

De mon côté, j’ai continué à mener une vie normale. Mon mari tenait un garage dans un village prés de Vaison-la-Romaine et tous les jours, j’allais à Carpentras chercher des pièces pour les voitures. J’avais ma boîte de sucre à côté de moi, c’est tout. De voir d’autres personnes, de travailler, cela permet de moins penser à la maladie. Et je suis toujours allée à la limite de ce que je pouvais faire. J’ai toujours dit : « il faut que je m’adapte à elle ». Même si c’est très contraignant, je sais qu’en me soignant, je ne risque pas de mourir à cause de mon diabète. Cette maladie m’a révoltée, avant j’étais plus docile. Elle m’a usée et certains jours, je la porte comme un fardeau. Mais j’ai toujours voulu qu’elle aille avec ma vie et pas contre.

Aujourd’hui, j’ai tendance à fuir les gens qui se plaignent tout le temps. Je pense qu’on se plaint quand on n’a pas grand-chose, après on se tait et on essaye de résister et d’affronter. Finalement, je crois que j’apprécie plus mon bonheur. »

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Publiée dans Vacarme 01, , page 9.