Vacarme 10 / chantier prisons : au pied des murs
entretien avec Daniel Beaumont et Guy Dardel
Daniel Beaumont est sorti de prison en mars 1998. Il y est entré pour la première fois en 1967, début d’une carrière de détenu longue et intermittente. En février 1981, il s’évade de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, en hélicoptère. Une première, qu’il a payée cher : rattrapé en Espagne par la police française, deux balles dans les reins l’ont laissé paraplégique. Rapatrié, libéré, repris, puis incarcéré à l’hôpital de Fresnes, une grève de la faim et l’appui d’un comité de soutien lui ont permis d’en sortir. Figure du grand banditisme des années 1960, évadé prestigieux, il incarne une certaine génération de détenus, et un certain rapport au « métier ». Guy Dardel connaît bien les prisons, lui aussi, mais pour d’autres raisons : militant, fondateur de Fréquence Paris Plurielle , il est l’un des animateurs de l’émission Parloir libre , qui a participé au mouvement pour la libération de Daniel Beaumont. Nous les avons rencontrés, l’un et l’autre, grâce à Marion Lary, qui a réalisé un premier documentaire sur Fréquence Paris Plurielle , puis un autre, à partir de cette expérience, sur la vie de Daniel Beaumont. Précieuse entremise, dont nous la remercions : c’est « pour faire plaisir » que Beaumont a accepté ; pas pour nos beaux yeux de « journalistes », dont il se méfie, ni pour transmettre une parole qu’il ne juge pas exemplaire. Cet entretien croisé entre deux amis, nous ne l’avions pas pensé comme une confrontation. C’est pourtant ce qu’il est devenu. Beaumont, c’est la délinquance à l’ancienne et la morale de l’évasion ; Dardel, c’est l’action collective, contre une prison qui a changé. Deux manières d’en sortir.
[…]
L'intégralité de cet article est disponible dans le numéro actuellement en vente en librairies ou sur commande.