chapitre IV : « on ne tire pas sur l’ambulance qui passe. »

Il y a un oncle Moïse qui arrive d’Amérique dans un kibboutz pour rencontrer son petit-fils qu’il n’a jamais vu. Il lui parle dans un hébreu de Pologne et lui demande : explique-moi comment on vit dans un kibboutz. Le petit-fils raconte : on naît, après on va au jardin d’enfants, après à l’école, après à l’armée, après on travaille, après on se marie et on a des enfants, après on devient vieux et on parle yiddish et après on meurt.

RESISTANCES, ENCORE ET TOUJOURS

« ... Je pense qu’il faut pouvoir faire une déclaration d’amour en yiddish. »
Jacqueline Gluckstein

Il n’y a pas si longtemps l’enseignement du yiddish professé au centre Medem n’intéressait pas grand- monde. Aujourd’hui, ses animateurs se félicitent du nombre chaque année grandissant de jeunes et de moins jeunes qui le fréquentent, avec des motivations très différentes, très personnelles. Jacqueline Gluckstein revient sur cette vocation pédagogique de Medem, tandis que Viva Apelbaum, jeune étudiante de vingt ans, évoque ses propres motivations.

LES ENFANTS

Jacqueline Gluckstein : « Quand nous avons eu des enfants, la question s’est posée de savoir comment nous allions leur transmettre une culture yiddish. La question de la langue nous a longtemps fait hésiter.

Il nous arrivait de parler yiddish en famille. Surtout quand les grands-parents étaient vivants ou alors pour que les enfants ne comprennent pas. Aujourd’hui, quand il nous arrive avec mon mari de parler yiddish, c’est parce que certains mots,
certains sentiments, sont plus facilement exprimables qu’en français. Parler yiddish est de l’ordre du plaisir. Et de ne pas parler yiddish ne constitue pas un vrai manque, parce que nous sommes imprégnés autant par le français.

Mon fils aîné a été dans une école yiddish jusqu’à l’âge de quatre ans. Il écrivait en yiddish avant d’écrire en français. Mais c’était un vrai problème que d’apprendre à écrire dans les deux langues en même temps. Ne serait-ce que parce qu’en français, on écrit de gauche à droite et en yiddish de droite à gauche. On n’a pas le droit, pour des idées qui sont les nôtres et même si elles sont sympathiques, de handicaper l’avenir d’un gosse. Or son avenir était en français et pas en yiddish.

Nous aurions probablement refusé un cursus entièrement yiddish. Nous sommes pour l’école laïque et ne pouvions accepter d’école privée yiddish. Nous avons énormément de tares ! Nous sommes minoritaires parmi les minorités, minoritaires dans la communauté juive. Et nous restons avec toutes nos contradictions. »

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Publiée dans Vacarme 07, , pp. 119-120.