Vacarme 07 / attentions

soin... traitement... guérison...

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« Je le soignai, Dieu le guérit »
– Ambroise Paré 1517-1590

Quatre siècles après Ambroise Paré, la question reste entière, qu’est-ce que le soin ?

Trois notions doivent être retenues pour aborder cette définition du soin, ou, plus précisément sur le plan médical, cette distinction entre soigner et traiter, et plus encore entre soin et guérison : notion hiérarchique, notion temporelle, notion sémiologique.

Sur un plan strictement sémiologique, on pourrait dire que le soin s’adresse à la personne — je soigne « quelqu’un » —, le traitement à la maladie — je traite « la grippe » —. La relation individuelle, personnalisée, sous-jacente à la notion de soin est sans doute ce qui domine toute la compréhension du terme. Ambroise Paré peut « soigner », mais il sait déjà quelles sont ses limites vis-à-vis de la maladie. Il sait aussi que la relation dans le soin est majeure et que c’est dans cette relation que s’initie le processus de guérison.

C’est dans le cadre du soin que devrait donc se situer le dialogue médecin-malade, en lui permettant de retrouver sa valeur soignante propre.

Prendre soin de quelqu’un est sans doute le premier stade de tout acte médical, mais cela implique qu’il y ait un engagement personnel de part et d’autre bien différent de l’application d’une thérapeutique, aussi sophistiquée et indispensable soit-elle.

Une notion temporelle est sensible dans l’appréhension du soin et du traitement : le soignant soigne, et ce soin est immédiat, actuel, le soin est donné dans le temps présent.

Le traitement est prescrit, à plus ou moins long terme. Il va se répartir dans le moment, dans la journée et former un tout pour une durée en jours, semaines, mois et même en années.

Le soin, immédiat, est unique. Le traitement est réparti, évolutif et adapté. Sans doute pourrait-on décrire le traitement comme une pléiade et une succession de soins, car il ne convient pas non plus de les opposer.

Et cependant on ne peut pas négliger la notion de hiérarchie qui s’est inscrite dans notre langage. C’est sans doute dans le vocabulaire administratif et dans la représentation sociale qu’est apparue le plus violemment cette échelle de valeurs entre le thérapeute et le soignant. C’est là que tout est dit comme si « personnel soignant » excluait le médecin, comme si le médecin ne pouvait pas être « soignant », comme si le soignant n’était pas aussi thérapeute.

Hiérarchie en quelque sorte inversée, car si le monde médical est ressenti comme détenteur de la connaissance et donc du pouvoir, le monde soignant est sans doute au plus près du « soigné » et indispensable à la transmission du traitement et à la vie, au quotidien du patient.

Hiérarchie inutile, mensongère, car soin et traitement existent en complémentarité, et non en compétition ou en concurrence, soigner, traiter doivent coexister en un seul geste.

Dans le domaine médical particulier que sont les soins palliatifs, ce hiatus entre soin et traitement s’atténue. On traite le symptôme, au plus près, au plus juste, et c’est le soin, mais le traitement est là, puisqu’il a pour but la disparition du symptôme. Au-delà de l’action thérapeutique qui a pour but de faire disparaître la maladie et/ou ses causes, on traite le signe, le soin est traitement, mais il n’est plus le chemin de la guérison.

Mais que voulait dire Ambroise Paré en disant « je le soignai » ?

En effet, cette devise n’est qu’une paraphrase de « Le Roi te touche, Dieu te guérit. », par lequel le Roi de France avait le privilège de faire disparaître les écrouelles. Toucher, c’est sans doute ce qui définit le mieux le soin, ce qui désigne le soignant, ce qui lui permet de conduire à la guérison, ... mais qu’il se souvienne que, s’il n’est pas maître de la guérison, il ne doit pas non plus se prendre pour le Roi.

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Publiée dans Vacarme 07, , page 96.