Vacarme 43 / chantier 1968/2008 : être anti-autoritaire aujourd’hui
une proposition de Marion Lary
Grands soirs et petits matins de William Klein : film prélevé à même l’événement, cinéma direct, images brutes, plans sur le vif de ce mai 68 de débats, manifs, combats, grèves et luttes sous influence gaulliste… Quarante ans après, j’ai voulu tendre au film un miroir : le projeter à des jeunes gens, recueillir leurs réactions. Six spectatrices se sont prêtées au jeu. D’une parole, l’autre : mai 68 entre dans l’Histoire, mai 68 se raccorde à leur/notre histoire.
Un film sur mai 68, qui est en lui-même l’esprit 68, car il est filmé au milieu des gens, qu’il fait partie des gens, propose et provoque des réactions, ça promet d’être grandiloquent, passionné, intelligent. C’est surtout vivant. Plus que des idées, on recherche réellement la vie, les gens s’écoutent, je n’avais jamais remarqué d’oreilles aussi attentives, aussi respectueuses, aussi heureuses d’être là, de servir, de participer. Beauté des regards, de l’attention, de l’écoute. Beauté des sourires entendus, beauté des « CAMARADES !! », chaque instant trouve son utilité, c’est cela que j’ai aimé, qui m’a touchée. Chaque instant est une sorte de « rentabilisation de l’esprit », on discute, on échange, on savoure des idées […]
Ce qui me marque le plus c’est de voir tous ces visages sans foulards, c’est qu’une mère appelle le bureau d’un collectif et se renseigne sur les actions de son fils, c’est de voir toute cette solidarité dans les idées et dans l’action. Je pense, bien sûr, par rapport à ce que j’ai vécu moi, c’est-à-dire les émeutes des banlieues, les manifestations lycéennes et estudiantines. On se cache toujours le visage, c’est un réflexe, c’est presque naturel, il est devenu dangereux de se revendiquer « pas d’accord ! » […]. On se « rebelle » et l’on s’unit dans l’anonymat. Après les révoltes des banlieues, les policiers offraient des récompenses aux dénonciateurs. De même lors des manifestations notamment parisiennes pour les sans-papiers, il est important de rester plus ou moins « sage » sinon on risque de nuire aux individus pour lesquels on se bat. Société d’hypocrisie, qui prône la solidarité, mais où se révolter fait peur. Alors qu’au début du film, ce sont des images de gens battant les pavés, faisant tomber les arbres, bousculant les voitures ; et des images du lendemain : tous unis, ils se donnent la main, têtes hautes, offrant leur visage aux regards, aux critiques, fiers, ensemble.
Zoé Beau, 20 ans
Le sentiment premier qui s’en dégage est l’engagement de toute une population, l’union des différentes classes : étudiante, ouvrière notamment. Ce rassemblement, cette masse sont très impressionnants.
Cette liesse populaire permet de se rendre compte de l’engagement de chacun ; les gens prennent la parole pour expliquer leur point de vue sur la situation et les évènements […]. L’importance de ce sentiment d’appartenance à un groupe. […] Aujourd’hui, on essaye tellement de nous désintéresser de la politique qu’il est important et nécessaire de voir tous ces étudiants se lier pour une cause importante. […]
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