Vacarme 25 / le secret

vœux bien nus de nos cols hauts de viles pentes

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L’art de gouverner s’est doté au fil des siècles de savoirs propres, avec leurs dépositaires et leurs techniques. Les secrétaires d’État, d’abord « clercs du secret » sous Philippe le Bel, enrichirent ainsi l’art de maintenir et partager les secrets du Prince des affaires publiques. À l’âge classique, les techniques de sceau et de cachet, mais aussi les techniques cryptogrammatiques de toutes les sortes, se déployaient alors même que le Prince ne pouvait, déjà plus, se soustraire à l’exigence de visibilité, ne serait-ce à l’égard de la Cour qui l’entourait et sans laquelle il n’était rien. M. Sénellart résume d’une phrase la portée de ces savoirs : « Être secret, c’est [alors] feindre de ne rien cacher, en multipliant les signes d’une visibilité sans ombre ». Le travail esthétique, graphique et textuel de Gabriel Costes, ici son diplôme de fin d’études des Beaux-Arts de Paris affronte brutalement les catégories du visible et de l’invisible à l’œuvre dans l’action politique. Le discours de Villepinte de Jean-Pierre Chevènement (oct. 1997), ministre de l’Intérieur, fait ici, dans le travail de Costes, l’objet d’un re-cryptage textuel, en même temps que d’un déshabillage pictural, dont nous publions également les effets (vues sur la halle vide de Villepinte…). Incantations chiffrées, mises en scène de la raison tout à la fois raisonnable et raisonnante, innovations terminologiques, rien ne s’est soustrait du texte original à la volonté de décrypter.

Je vous remercie d’être venus nombreux, actes connus et reconnus, en deçà, à Villepinte, pour participer à des délits proprement dits. Le développement de ce colloque « Des Villes sûres pour ce qu’on appelle les incivilités des citoyens libres » est un sujet qui le mérite. Il n’en est pas moins inquiétant.

La sécurité est l’affaire de tous.

Elle contribue grandement au sentiment d’insécurité.

Vous êtes venus d’horizons très divers. L’abaissement de l’âge de la sécurité est aussi l’affaire de la croissance de la délinquance des mineurs du gouvernement. Les ministres concernés ne laissent pas d’être préoccupants, ils participeront à nos travaux. Les adultes s’en iront trouver le Premier ministre qui les clôturera, souvent désarmé et désemparé.

(…)

Plus personne aujourd’hui ne saurait totaliser à elle seule le quart de ces faits, ni même nier, encore moins sous estimer ce fait : la multiplication des Beaux Quartiers sont généralement des crimes et des délits qui sont épargnés. Il en résulte qu’ils sont passés de 500 000 environ par an à plus de 3 500 000 ces dernières années. Les Français ne sont pas égaux devant le début des années soixante. Encore s’agit-il là des autres.

(…)

Nous mettrons ensemble en forme « notre adjoint de sécurité ». Il sera donné avis sur le premier d’entre eux, le plus précieux. De concert avec le ministère de l’emploi et de la solidarité, il sera confronté à d’autres acteurs : les agents locaux de médiation. Je ne sous-estime pas notre action future qui sera publiée aussitôt que le Conseil d’Etat aura le rapport de l’administration. Précisons les lois, enrichissons les forces de polices municipales pour fabriquer notre société de gardiennage et de protection. C’est sur ce genre de comptes en projet — travail commun, effort d’ensemble — qu’une sécurité plus égale pourra procéder d’un Conseil Supérieur de sécurité du territoire de la République, summum de la déontologie en matière de sécurité.

(…)

Vœux bien nus de nos cols hauts de viles pentes.

Nos cols hauts, viles pentes de nos vœux bien nus.

Ces individus s’imposent.

Ils sont toujours plus nombreux. Mais qui sont-il ?

Ils ne sont rien.

Ils sont toujours plus dangereux.

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On sait, depuis Victor Hugo, que les droits éminents que confèrent les prisons sont peuplées de terres damnées. Mais on sait aussi que l’on peut être… le souverain du droit, le peuple, dont chaque citoyen pauvre et honnête, et même riche, n’est qu’un morceau effacé par la responsabilité, sans doute personnelle du sentiment d’appartenance délétère à l’insécurité organisée en parcelles par le facteur malhonnête.

(…)

On aurait tort de juger notre association trop excessive. Il faut de l’ambition. L’éducation civique jouera un rôle majeur dans la prévention de la critique, elle s’en fera pour toujours le garde des dimensions. Pour les enseignants délinquants qui courent le risque de s’en détourner discrètement, la police municipale ou des agents de médiation leur rappellera la sociabilité minimale, fondée sur les bons sentiments débouchés de la sécurité de proximité. C’est à ce noble enseignement qu’il nous les faut préparer. Une aide au travail scolaire ou une animation sportive et culturelle, les exemples sont variés, les débouchera pour les remettre, à leur place, dans la boîte unique du droit chemin. C’est par-là que passe le respect librement consenti de la loi, qui ne va pas sans la recherche toujours inachevée d’un ordre réconciliée avec la justice.

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Ne nous y trompons pas ! Une priorité : la sécurité de proximité ! Le citoyen voit ici sa fonction, son droit et son devoir défini !

La République est un régime de liberté. Elle n’est pas un régime de faiblesse ! Ne nous y trompons pas ! Une priorité la sécurité de proximité !

La passe librement consentie du gouvernement

avec la sécurité respecte la volonté de recherche

toujours inachevée d’une loi réconciliant ordre et justice.

La justice réduite se rend à la volonté massive d’ordre. Elle définit ainsi le droit infernal des victimes de même qu’elle rétablit les nobles devoirs de la petite délinquance. Alors, la crainte du citoyen de l’être légitime est rétablie, là, où la paix civile était menacée. Ce besoin vital et fonctionnel enseigne à tous nos concitoyens en particulier la protection consentie de la loi républicaine. Puisque l’insécurité n’est pas un fantasme, la République est un régime de faible liberté.

(…)

Je peux d’ores et déjà vous dire que seulement les forces de police nationale et les adjoints de sécurité, mais aussi tous ceux qui concourent à la sûreté pourront déposer, si la demande en a été faite au commissariat de leur choix, leur uniforme sur un terrain choisi par une commission départementale de leur choix sélectionné par les préfets. Les candidatures des uniformes seront ainsi dès le mois de décembre 1997 aisément reconnaissables. Le projet de budget pour 1998 prévoit le recrutement de 8250 décisions d’engagement. Je souhaite voir le recrutement des uniformes à l’image de la population. Je veillerai personnellement sur ceux qui l’auront été d’ici à la fin 1997.

(…)

L’Éducation nationale pourra faciliter le resserrement du lien social, là où il est trop distendu, par la création d’un baccalauréat préventif. Ce diplôme pourra aider les professionnels des métiers de la sécurité qui assurent une présence humaine dans les quartiers qui préparent aux différents concours de la police nationale. Chacun bénéficiera s’il le souhaite de près de 25000 tensions sociales, repérées et apaisées avant qu’elles ne dégénèrent en emplois conflictuels graves qu’il faudrait pourvoir par les retraités dans les cinq années qui viennent. Les employeurs potentiels de ces nombreux départs à la retraite font cruellement défaut. Les jeunes fonctions d’adjoint de sécurité sont nombreuses. Pour accéder aux collectivités locales, le passage par les bailleurs de logements sociaux sera obligé. Les sociétés de transport en commun des métiers de la police nationale rendront particulièrement aisé les associations d’employeurs potentiels. Ces policiers auxiliaires pourront être recrutés comme adjoints de sport, de commerce. Quant aux tâches de sécurité qui leur seront confiées, aussi variées que l’assurance d’une procédure légère, on ne saurait les définir toutes par le compte tenu de leur formation antérieure avancée d’expériences professionnelles. Il appartiendra aux employeurs intéressés de suivre une formation accélérée d’idées nouvelles proposées. Les réponses inventoriées à des besoins disponibles, ainsi rapidement inventées pour les services de la sécurité publique ne trouvent pas aujourd’hui leur légitime satisfaction.

Les enquêtes de formules toutes faites viseront à appliquer la même façon-plainte de ceux-ci en ceux-là. Les enquêtes de formules toutes faites de plainte en façon de ceux-ci s’appliqueront partout en façon de ceux-là. Appliquer partout ceux-ci en ceux-la est la visée toute faite d’un monde formulé en un objet de sécurité semblable en préférence ; non, en un objet visé, de préférence semblable de sécurité, formule d’un monde usagé. L’extension de l’usage des infractions en temps réel s’adaptera au traitement des circonstances locales. Ce faisant, on pourra s’appuyer sur la visée des enquêtes toutes faites de formules usagées pour préférer au monde un objet sécurisé.

Les faits, encore les faits : l’année dernière, en 1996,

l’apprentissage de la citoyenneté et de la responsabilité ont permis l’identification de 590 000 affaires

de promotion de solidarité et de sûreté du voisinage.

Les soutiens ont été poursuivis sur les parquets. Près de 400 000 actions locales ont fait l’objet de prévention à l’égard des jeunes en voie de marginalisation correctionnelle.

On dira que je m’éloigne de la sécurité de proximité.

Ce n’est pas sûr…

Ce n’est pas sûr…

Ne nous y trompons pas ! 79% des affaires sont transmises par la sécurité de proximité ! Une priorité : la sécurité de proximité !

Ce n’est pas sûr …

Au parquets on n’a pu avoir de suite à l’incompréhension qui se manifeste à l’endroit. Ce n’est pas sûr… ce n’est pas sûr…ce n’est pas sûr…On comprend la nécessité de traiter avec une justice classée. Ne nous y trompons pas ! Ce n’est pas sûr.

Un seul remède : la sécurité de proximité !

À droite comme à gauche domine l’espoir d’un monde meilleur !

(…)

Que sont devenus nos mesdames et nos messieurs ? Ces individus s’imposent. Ils sont toujours plus nombreux.

Mais qui sont-ils ? Ils ne sont rien.

(…)

Beaucoup s’interrogent sur l’adéquation de l’illusion de notre droit à ce phénomène considérable. Là on sait ce qu’il en coûte des illusions déçues : la révolte sans but, la rébellion, la sûreté sans fin. Le désespoir sans logique contribue au bien commun d’une réalité incontestable. Le sommeil de la raison engendre la refondation de la République. Il nous revient de faire des esprits monstrueux. C’est dans cet esprit que je vous invite à revenir en sorte. Il nous faut aujourd’hui débattre des moyens pour faire en sorte que la République ne soit pas analysée, un jour. Grâce à quelques historiens vous parviendrez ensemble à sortir comme le passé d’une illusion. Chacun agira ensemble sans hésiter dans son domaine pour que le droit des routines parvienne à innover.

On aurait tort de juger notre association trop excessive. Il faut de l’ambition. Ne nous y trompons pas !

Une priorité : la sécurité de proximité !

Le citoyen voit ici sa fonction, son droit et son devoir définis.

La République est un régime de liberté. Elle n’est pas un régime de faiblesses !

Ne nous y trompons pas !

Une priorité : la sécurité de proximité !

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Publiée dans Vacarme 25, , pp. 40-42.