Vacarme 49 / chantier enfance irrégulière

la « troisième voie »

entretien avec Marwan Mohammed

entretien réalisé par Ariane Chottin & Fabien Jobard

L’école, dont on décroche ; les parents, dont on a honte ; le quartier, qui tout à la fois intègre et exclut. Telles sont parmi d’autres, les variables qui permettent de comprendre les processus de formation et d’entrée dans une bande, groupe de pairs à la fois ludique, violent et délinquant dont le fonctionnement interne est régulé par des codes précis. Mais, comment en sort-on ? La répression pénale, qui enlise plutôt qu’elle n’insère, et l’absence de ressources informelles légitimes marquent la sortie de la bande du sceau de l’incertitude.

J’ai commencé à travailler de manière un peu théorique sur les « bandes de jeunes » dès mes premiers travaux universitaires. Puis j’ai engagé une thèse grâce à un financement de la Caisse nationale des allocations familiales, qui s’intéressait à la place de la famille dans les processus de formation et de perpétuation des bandes, ce qui a infléchi mon travail. Jusque-là l’angle familial, régulièrement abordé dans les grandes enquêtes quantitatives, était peu traité d’un point de vue ethnographique. On ne sait pas trop ce qui se passe entre le jeune délinquant et sa famille, quand bien même une bonne part des discours et des politiques insistent sur la responsabilité des familles dans leurs trajectoires. De cette absence de connaissances sur le nœud familial découle l’absence de connaissances sur le rôle de la fratrie. J’ai donc essayé de placer la famille au cœur de mes observations sur les bandes, en accordant une forte place à l’école. Mon travail porte ainsi sur la formation des bandes entre famille, école et rue.

Comment avez-vous procédé ?

Je suis un ancien résident du quartier que j’ai étudié, les Hautes Noues de Villiers-sur-Marne, la ville que dirige Jacques Alain Bénisti [1]. J’ai passé du temps dans la rue et joué aux bagarres entre bandes. Par la suite, j’ai été surveillant d’externat, animateur sportif, […]

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[1] Député UMP du Val-de-Marne, Jacques Alain Bénisti a présidé en 2004 la Commission parlementaire à l’origine d’un rapport qui porte son nom sur la prévention de la délinquance.

publié dans Vacarme 49 automne 2009

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