Vacarme 49 / cahier

ruades, ruées, répétées

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J’avais passé la matinée dans la crépusculaire fermeture des musées – une fois encore retouchée – et marchai vers le Quartier latin, j’y déjeunerais à l’heure où les employés quittent la table pour s’enfermer une seconde fois dans un bureau, il me plaisait que ma journée s’organise complète par temps peu froid ni humide, plus automnal qu’hivernal : restaurant, cinéma, poésie dans un musée bien connu dont la bibliothèque privée, celle du conservateur (mort depuis des décennies), avait fasciné mon enfance, j’en choyais l’échelle.

J’escaladai la célèbre Montagne Sainte-Geneviève, par une ouverture jetai un œil profond sur le jubé qui barre l’intérieur de l’église Saint-Étienne-du-Mont, longeai la masse non détestée du Panthéon, dont les dieux sont des républicains. Dans la rue Saint-Jacques rétrécie (elle pénètre le faubourg), prise en haut de la rue Soufflot, sur la gauche en descendant, j’atteignis la boutique PERRAUDIN.

J’ai découvert « tardivement » (il y a 20 ans ?) ce restaurant provincial qui semble communiquer avec la Sorbonne – située plus bas sur la pente qui mène au fleuve. L’authenticité des mets français, ragoût façon grand-mère ou pot-au-feu aux légumes du jardin, peu onéreux mais chers pour l’étudiant, et le voisinage d’universitaires et thésards instruits à Paris et suggérant une province originelle, caractérisaient le Perraudin qui évoquait la carriole à Perrotin, une diligence en route vers l’Aube dans laquelle un jeune homme se révèle un blanc-bec bavard ratant ainsi Un début dans la vie (titre de la nouvelle de Balzac)… il meurt héroïquement dans la fleur de l’âge en Algérie, ce qui aurait pu m’advenir 130 ans plus tard à 25 ans.

Plusieurs années après ma découverte de ce morceau de province sous le Panthéon national – et jeune fermière à fossettes était la patronne – j’eus le plaisir d’y rencontrer (de loin : petit salut amical de deux « poètes » ne s’appréciant pas forcément) Pierre Espédan dont je me pris à rêvasser sur la réussite juvénile qui rafraîchissait la rue Saint-Jacques élargie, la place de la Sorbonne au vieux tabac, le jardin du Luxembourg. Son absence obligatoire le lundi 24 novembre 2008, 14 h 15, m’a ému, sorte de vide à chemise blanche et à cravate noire, celle du jeune normalien naturellement élégant et plein d’humour… mort à 70 ans, ce qui était mon âge… et disparue la fermière, refermées les fossettes, l’équipe de patrons relève désormais de la ville et de la postmodernité, mais les mets restent attachés au cru, suivant le désir ou appétit lui aussi postmoderne, « nous avons tant besoin de nature ».

Le cinéma Trois-Luxembourg m’offrit un film coréen, l’un de ceux que je vois systématiquement, réalisés en Asie (y compris la Turquie, la Thaïlande, les Philippines) et en Amérique latine, il me déçut – si éloigné de l’élégante vision japonaise des sujets graveleux, plus âpres encore –, mais, avant qu’on fasse l’obscurité complète pour le « grand film » (mot de jadis), la bande-annonce du long documentaire À côté entra profondément en moi, de sorte que, traversant le Luxembourg – comme l’aurait fait Pierre Espédan après avoir passé l’oral de l’agrégation dans une pièce exiguë, une sorte de chambre de bonne –, je portais en moi le « monde carcéral », non la prostitution à Séoul.

Le film documentaire français À côté nous présente des femmes prisonnières de leur liberté, leur mari séjourne en prison, en 39 ans d’une fidélité absolue l’une a connu le sien quelques heures (je n’ai pu retenir le compte, lumineux), elle l’aime, elle est sa femme, petite femme sèche au teint jaunâtre, j’aime son intelligence et sa neutralité, couleurs d’une passion malheureuse.

Sorti du jardin, je gravis la rue Vavin, j’étais dans la ville Montparnasse dont la rue Antoine-Bourdelle et le musée constituent un écart.

En rêve (« GRADIVA » me viendra ultérieurement) le conservateur du musée Bourdelle et une petite dame marchent vers moi, comme s’ils quittaient une séance à peine commencée ou venaient à ma rencontre pour m’y conduire, une telle hypothèse accorderait une trop grande importance à ma personne. Arrivé contre moi, qu’il avait parfaitement reconnu, le conservateur me présente à la dame, je lui dis « Je vous connais », la prenant pour la veuve d’Espédan, plus jeune que nous et sans âge, sans sexe, elle me dit qu’elle a vécu dans mon Graphe, son père est un artiste (qu’on me dira célèbre), je vois soudain la rigole de la rue de Birague, la « jeune » femme sut entendre « Viens faire la bise à Mme Bacot », ces faits dérisoires et capitaux se sont produits il y a 40 ans, publiés (projetés sur les murs) il y a 20 ans… la dame fuit vers un bureau qu’un doigt désigna, je comprendrai que ce sont les toilettes et que le conservateur l’y conduisait. Maintenant, la dame, le conservateur et moi marchons, en sens inverse, vers l’auditorium entre des statues gigantesques, qui peut-être intensifient le rêve, mais mon âme est au fantôme Bacot et au rayon de soleil dans le caniveau en ce printemps 1970, eau et soleil du gigantesque papier blanc qu’est le Graphe. Au grand vide hérissé de statues – signifiant un autre vide : la mort – succéda une petite salle comble, j’eus peine à trouver un strapontin, un comédien prononce à la comédien un texte d’Espédan sur la statuaire, puis une dame lit des poèmes qui me dérangent – je ne savais à quel point cet académisme de qualité est « démodé » –, je la reconnais, c’est la vraie veuve, petite comme la fausse, plus âgée à peine, … je comprends maintenant que je suis allé chez Perraudin non pour le pot-au-feu mais pour Espédan, j’allais vers un petit geste amical prononcé il y a 20 ans, vers la sobre cravate qu’il porte en hypokhâgne à Louis-le-Grand il y a 56 ans.

changement de programme

Le mercredi, premier jour du nouveau programme, je suis retourné aux Trois-Luxembourg pour vivre À côté dont le film-annonce m’avait accroché, m’avait programmé. Dans une salle d’attente, de type cafétéria, les proches des détenus parlent entre eux et nous parlent. La plupart sont des femmes jeunes, souvent chargées d’enfants. Elles se rendent au parloir soit deux fois par semaine (c’est le maximum), soit une fois par mois. Certaines voyagent toute la journée – et c’est onéreux – pour passer quelques minutes avec l’aimé. Souvent, quand elles arrivent à la centrale, on leur oppose le vide – ce vide toujours présent –, telle une mort soudaine : le prisonnier a été transféré dans une autre ville, parfois à l’autre bout de la France.

Ces femmes nous semblent, et se disent, plus à plaindre que les détenus (uniquement des hommes dans ce film) : elles font face à toutes les contraintes du ménage, au regard malveillant de l’entourage, à l’égocentrisme du détenu, la seule victime, dit-il. Lamentable Attitude de la Justice ne favorisant aucunement le reclassement, on renvoie aux donateurs toutes sortes d’objets dits suspects : des livres de poche…

La fin du film, Noël : des dizaines de mains ont une heure pour massacrer les chocolats et tranches de saumon apportés en cadeaux : elles ôtent le papier, le carton, le plastique, le métal, les mains sont poisseuses de graisse, de sucre, de poisson, d’œuf. En vain : nul objet interdit (lime, lame) n’apparaît au jour.

Plus que dans les autres films-vérité, les personnages parlent assez mal, mais avec une vérité intense. Une souffrance sans complaisance, la présence de l’humour humain envoient au rencart la quasi-totalité des films de fiction français et américains où il ne (se) passe jamais rien ni dans l’espace ni sur les visages, tordus par une passion de commande.

Horreur, terreur : le VIDE règne dans la cellule, le jour, la nuit, le détenu est seul face à sa faute (ou erreur : on l’a pris), à son destin, à sa malédiction, au long temps à venir. ELLE vient le voir, il ne lui parle d’ELLE, ne parle de leurs enfants, ni même de LUI, IL dit le vide, le vide qui lui fait face, le vide qui est en lui. Voilà ce que nous suggèrent les visiteuses, car jamais nous n’entrerons dans la prison – dont la « cafétéria » constitue la mortelle antichambre, mais cette maison mêle les familles, on réchauffe du lait, on change les marmots – ni dans la délinquante aventure ; celle-ci n’appartient pas au grand banditisme, qui fascine et qu’honore notre cinéma commercial.

Par temps doux et gris, plus doux que lors de mon entrée dans la salle noire, je me rends une nouvelle fois à pied depuis les grilles du Luxembourg jusqu’au musée Bourdelle pour y rencontrer le conservateur (il m’avait dit « Passez quand vous voudrez ») et recadrer son arrivée avec la petite dame dans le hall à 18 h 10, il y a trois jours, déceler la nappe Gradiva qui portait les deux marcheurs. Le conservateur n’est pas là (je l’avais demandé par politesse et n’avais pas payé l’entrée) ; maintenant seul dans le hall, je vois l’avancée immobile (image !) des deux personnages… je vois aussi la femme « jaunâtre » qui insiste au long du film sur les trente-quatre ans de détention de son mari pour cinq ans de vie commune. Elle pose à chaque fois « 39 ans » ; deux fois elle évalue à 1 h 30 la vie commune dans une durée de longues années (le « parloir » selon les autres épouses : 10 minutes). Dans trois ans, il sera libéré, elle dit cela comme « Il sera à la retraite », ils finiront leur vie tranquilles. Un médecin a révélé : « Pour s’adapter au monde libre, il faut une durée égale à celle de l’incarcération », laquelle se dissoudrait à son rythme propre.

Les comptes temporels de l’épouse malheureuse creusée d’une grosse ride et l’image immobile de l’approche dans un hall s’enfoncent, par ma ferveur, dans un domaine unitaire dit trop vite fatalité ; de ce mot, auquel je préfère nécessité, j’en arrive à mathématique, alors je me rappelle qu’ayant lu ma visite aux jeunes filles charmantes de Gradignan, Pierre Parlant m’apprit qu’il avait expliqué la pensée de Leibniz à des détenus des Baumettes… enchantés et reconnaissants : « C’était pour nous une évasion. »

Il faisait chaud dans le musée, je porte sur mon bras mon blouson moelleux, la roue arrière d’une bicyclette se signale devant moi sur le trottoir, un segment vertical fend l’espace, c’est le pneu réduit à une ligne épaisse de couleur noire générée par la courbe de la roue, presque aussitôt le froid me pénètre. Cassé, mon coude s’efforce d’entrer dans un creux du paquet de tissu qu’est le blouson fermé comme un pull-over, ma tête forante s’y aventure. Typiquement humaine ma modeste action, je suis en présence du corps humain, résistant et empoté dans un espace bellement géométrique où une ligne noire adhère à la réalité d’un cycliste invisible roulant sur le trottoir ; mon intuition se porte, depuis la roue confinant à la ligne, sur être et existence – du vélo, d’un coude, de notre corps, que je sais mettre en relation avec les galaxies les plus lointaines –, je me plais à l’un des renversements dont j’ai coutume : je suis dans les années 1940 de mon vieil arrondissement peu changé, le XVe – seulement changé sur ses bordures : la Seine, les boulevards des maréchaux –, où l’enfant pensait l’avenir, mais celui-ci, probablement, consistait à répéter le présent des adultes, ce qui ne fut.

Champs-Élysées, gare d’Austerlitz

Nous avons A.M.-H.L. une heure à perdre sur les Champs-Élysées, que nous fréquentons peu, à 16 h 30 je la laisserai devant la porte de fer et de verre d’un building. Nous montons le large trottoir, entrons dans de vastes magasins carrés contenant des surfaces duveteuses, verticales (vestes) ou horizontales (chemises), avons notre petite séance d’un quart d’heure dans un salon de thé populaire aux hauts tabourets. De quoi parlons-nous ? Les mots les plus anodins révèlent notre intimité surprenante et qu’il y a 50 ans « ce n’était pas exactement la même chose », paroles d’un vieux swing qui résonne en moi entre les parois claires : « Quand on est deux, ce n’est plus la même chose… »

Ne notant rien (papier quadrillé et stylo morts dans ma poche), je me sentais en vacances dans une ville étrangère aux dix mille touristes – parmi lesquels les Français me semblent plus étrangers encore –, d’autant plus libre que nous ne courrions pas les musées et mènerions pendant une demi-journée la vie ordinaire du citoyen à la langue latine.

La porte noire et blanche (fer et verre) revenue à son étanchéité – A.M. avait disparu –, je traverse les Champs-Élysées, contraint de marcher vers le Fouquet’s, auquel désormais s’attache la fête satanique qui célébra la victoire de Nicolas Sarkozy le dimanche 6 mai 2007 dans la nuit. À 16 h 48, la longue attente du bus 73 cessa, mais j’avais eu le plaisir de saisir plusieurs fois dans les airs des nuages de parler étranger ; en clair : des gens passent, souvent une petite famille, ils sont passés mais un accent demeure au-dessus de ma tête, m’incitant à identifier ceux qui pour moi ne sont plus : « Allemands », « Italiens ».

Bientôt un immense plaisir perdura : nous filons en douceur devant des petites baraques frappées d’étoiles argentées qui se succèdent jusqu’à la Concorde en bordure du jardin élysé dont les arbres sont ceux d’une forêt nocturne. La nuit est-elle en train de tomber ? L’immensité de la Concorde coupée en biais, le pont de la Concorde, comble, le Palais-Bourbon m’impressionnent, riches (ville riche !) et puissants, plus encore qu’au temps de mon enfance, ainsi restaurée. Descendre de l’autobus au début (la fin pour le numérotage, qui suit le cours de la Seine) du boulevard Saint-Germain, j’attends le 63, il arrive aussitôt. Je remonterai heureux le boulevard puis le fleuve jusqu’au pont Charles-de-Gaulle après la gare d’Austerlitz ; tous les passages sont de ma chair, multiples, divers et continus, je séjourne beaucoup dans les années 50, à Maubert je ressens la disparition de Josée Lapeyrère au xxie siècle. À Van Gogh, station et nom qui n’existaient pas « de mon temps », je descends face à la gare de Lyon, 17 h 35, ma Grande promenade a duré moins d’une heure, je reprends bientôt le 65 pour descendre à 17 h 45, boulevard Beaumarchais, face au café Chez Bessières, qui ne porte plus ce nom depuis 20 ans (moins de 20 ans ?).Hier soir, j’ai noté l’extraordinaire bonheur ressenti tout au long de la promenade en deux autobus qui me mena de Champs-Élysées-George v à la gare de Lyon ; du jour gris-noir à la tiédeur nocturne dans le froid hivernal, est-ce en traversant la Seine, sur le pont Charles-de-Gaulle, entre les gares d’Austerlitz et de Lyon, que je questionnais : « Quand donc la nuit tomba-t-elle ? Où ? Au Carrefour de l’Odéon ? » L’aventure romanesque commença avec les baraques étoilées, entre le disque Rond-Point, fleuri de massifs extraordinairement professionnels, et la verticalité de l’obélisque au pyramidion d’or, l’étrange plaisir culmina au passage rapide de la gare d’Austerlitz dont la buvette-brasserie derrière les grilles portuaires apparut un vestige de la vieille villégiature soulacaise, comportant des nymphes : Fafa, premier amour frustré, mais quel émerveillement de sentir que je ressentais – et j’écrivis à la jeune fille –, Monique Sparamont (peau, parfum…), puis les siestes puissamment érotiques avec A.M. dorée à laquelle la nuit ferroviaire puis la Gironde transversale (bac) me menaient. Le Quartier latin (Saint-Germain-des-Prés, le Carrefour de l’Odéon) gardait l’antiquité des années 1950 RELEVÉE par les morts des années 2000 (Espédan, J. Lapeyrère)… L’heure passée avec A.M. vêtue en bourgeoise, de 15 h 30 à 16 h 30, avait eu une belle étrangeté parce qu’une séparation l’achèverait. Devais-je rapprocher cette petite heure et l’heure que dans la nuit, sous les deux sanas séparés (garçons, filles) au faible éclairage (petits carrés, petits hublots), nous arrachions à l’incarcération il y a 53 ans ?

Peut-être l’hybridage entre jamais et toujours, une fois et mille fois, A.M. éternelle (jeune) et A.M. retrouvée, créait le volume qui me pénétrait. La roulante promenade qui suivit, d’une heure également, avait-elle ce caractère 1/1000 fois ? Proclamer « le miracle des Une et Mille fois » quand, multiplié par mille Autres, l’Un demeure Un ?

Deux jours après, le vendredi 12 décembre, j’ai refait le travelling total du boulevard Saint-Germain avec un même bonheur mais sans le plaisir de la surprise. Bonheur ! la surprise survint : avant d’arriver au Buffet d’Austerlitz, en retrait du quai j’ai fixé une des barrières de 1,20 m de large, 1 m de haut, qui empêchent la montée des voitures sur un modeste terre-plein ? ou bien l’on y fixe… ? les barrières étaient vierges de vélos. La forme est simple : un rectangle barré d’un X plus large que haut. Au « pied », une couche de feuilles a belle épaisseur aérée. Ma raison rapproche de cela l’émotion que m’avait donnée l’arrière noir d’une roue de vélo. Le métal froid de la barrière à la géométrie rudimentaire et la mollesse des feuilles, un matelas, sont DE L’EXISTENCE, sont DE L’IMMÉDIAT – à opposer aux couches de souvenirs ? Écrivant ce mot, j’entrevois une relation nouvelle : les feuilles mortes opposent leur immédiateté aux souvenirs, ainsi renouvellent la chanson « Les feuilles mortes… les souvenirs aussi », qui avait conclu en avril 1951 sous la pluie marine mon premier amour (Fafa), né du sable de Soulac qui jamais ne s’effacera en moi.

dissymétrie

Les explosions se poursuivent, retentissent dans le monde entier depuis un mince territoire. ÇA continue, ÇA s’allonge : en ce 4e jour (mardi 30 décembre) de bombardements israéliens sur Gaza, 385 morts. Bouclage de la cible, les journalistes « se contentent » d’entendre des tirs lointains : Israël leur interdit le terrain. « Incorrigible », le parti au pouvoir à Gaza, le Hamas, répond des tirs légers aux bombes lourdes, lesquelles s’acharnent. L’humanité éprouve de la compassion pour les Palestiniens, morts féminines, morts enfantines, maisons détruites lui font horreur, les Israéliens opposent aux milliards d’humains un silencieux mépris et l’absoluité de leur passion – que nous jugerions plus acceptable dans la paix.

4 janvier 2009

Des milliers de Français, d’Anglais, d’Allemands manifestent contre la fureur israélienne. La ministre israélienne des Affaires étrangères, Tsipi Livni, future Première ministre peut-être, est à Paris ; sourires avec Sarkozy, baiser de Kouchner, nous (blancs Français) appartenons au beau monde, non à celui des Bougnouls.

À 19 h 30, des commandos envahissent Gaza avec le soutien de Bush et le silence d’Obama. Les États arabes ne devraient pas être surpris par le cynisme occidental et l’impuissance de l’Onu ; ils se disent abasourdis. – Bon sens de H.L. : auteurs de Dresde, d’Hiroshima, du Nord-Vietnam, les Américains ne s’émeuvent devant 500 (600 ?) morts palestiniens. A.M. survient : « Les mots font disparaître les choses ; on vient d’en inventer un : “conflit dissymétrique”. »

Guerre du Golfe de 1991 : un pilote face à des pacifistes : « J’aimerais un monde sans guerre, mais j’ai un travail à accomplir. Quand j’aurai terminé, je m’interrogerai sur la validité des bombardements. »

12 janvier

L’Onu a exigé l’arrêt du massacre, car les États-Unis n’ont pas opposé le veto habituel, Israël poursuit son offensive, ses bombes au phosphore brûlent les visages, ses téléphonades déplacent la population des immeubles qui seront anéantis. Kouchner met en garde contre « l’importation du conflit » en France, certains parlent d’un différend politique entre les communautés juive et arabe : la guerre relève du débat d’idées.

Alors que, depuis septembre 2008, petits et grands semblent refuser les excès du libéralisme destructeur et panser les plaies, présentes, futures, qu’ouvrent la Crise, l’offensive israélienne manifeste avec vigueur la nature violente de l’Occident judéo-chrétien et du capitalisme, tandis que l’absolu proclamé par le parti au pouvoir en Israël, le Kadima, « centriste », se révèle relatif : ses coups lui donneront des voix aux législatives de février.

Post-scriptum

Hubert Lucot est écrivain. Ce texte est extrait du livre en cours, Le Noyau de toute chose, qui prolonge Allégement (P.O.L, 2009).

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Publiée dans Vacarme 49, , pp. 73-76.