Vacarme 49 / cahier

ruades, ruées, répétées

par Hubert Lucot

J’avais passé la matinée dans la crépusculaire fermeture des musées – une fois encore retouchée – et marchai vers le Quartier latin, j’y déjeunerais à l’heure où les employés quittent la table pour s’enfermer une seconde fois dans un bureau, il me plaisait que ma journée s’organise complète par temps peu froid ni humide, plus automnal qu’hivernal : restaurant, cinéma, poésie dans un musée bien connu dont la bibliothèque privée, celle du conservateur (mort depuis des décennies), avait fasciné mon enfance, j’en choyais l’échelle.

J’escaladai la célèbre Montagne Sainte-Geneviève, par une ouverture jetai un œil profond sur le jubé qui barre l’intérieur de l’église Saint-Étienne-du-Mont, longeai la masse non détestée du Panthéon, dont les dieux sont des républicains. Dans la rue Saint-Jacques rétrécie (elle pénètre le faubourg), prise en haut de la rue Soufflot, sur la gauche en descendant, j’atteignis la boutique PERRAUDIN.

J’ai découvert « tardivement » (il y a 20 ans ?) ce restaurant provincial qui semble communiquer avec la Sorbonne – située plus bas sur la pente qui mène au fleuve. L’authenticité des mets français, ragoût façon grand-mère ou pot-au-feu aux légumes du jardin, peu onéreux mais chers pour l’étudiant, et le voisinage d’universitaires et thésards instruits à Paris et suggérant une province originelle, caractérisaient le Perraudin qui évoquait la carriole à Perrotin, une diligence en route vers l’Aube dans laquelle un jeune homme se révèle un blanc-bec bavard ratant ainsi Un début dans la vie (titre de la nouvelle de Balzac)… il meurt héroïquement dans la fleur de l’âge en Algérie, […]

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Hubert Lucot est écrivain. Ce texte est extrait du livre en cours, Le Noyau de toute chose, qui prolonge Allégement (P.O.L, 2009).