rentrer comme des bêtes

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Rentrer, c’est nul, que ce soit au travail, chez soi, en soi ou chez sa mère. On préfère toujours partir, s’élancer vers l’inconnu, s’enivrer du jamais vu. Mais dès qu’on part, on a envie de rentrer. D’où qu’on tourne la question, on ne s’en sort donc pas très bien : la raison est muette et la sensibilité toujours contradictoire. Alors autant prendre modèle sur certains animaux qui en savent pas mal sur la question. Courte tentative d’éthique zoologique.

On désire tous rentrer quelque part et on déteste tous rentrer autre part. C’est le fantasme ultime et le cauchemar ultime, retrouver son paradis perdu et retourner en enfer. C’est le fantasme des soldats : vivement la quille et le repos du guerrier. Le fantasme des voyageurs, des migrants et des exilés, qui finissent toujours par regretter l’Europe aux anciens parapets, ou l’Afrique, ou l’Asie. Le fantasme des sages qui s’efforcent de rentrer en eux-mêmes pour cesser de se perdre au dehors, et le fantasme des philosophes qui rêvent de rentrer au « pays natal de la vérité » comme dit Platon, à la fois origine et fondement premier d’où découleraient tout sens et tout principe. Le fantasme des petits bourgeois : cocooning dans son home sweet home, et le fantasme des aristocrates : la terre et l’ordre premier des vainqueurs. Peut-être même le fantasme primordial de tout le monde, au moins quand il ne tient plus la grande forme — rentrer dans le giron maternel, retourner au stade fœtal et même au-delà, retourner à l’inorganique homogène et en finir avec toutes ces saloperies d’exigences, de départs, d’élans et d’ailleurs.

D’où le fait que rentrer peut aussi bien s’avérer un cauchemar, et pour les mêmes

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