Vacarme 75 / Cahier

Des vies d’artistes telles qu’ont choisi de les raconter trois jeunes curateurs et une artiste : un récit pris entre leurs représentations du monde de l’art contemporain et le témoignage.

Si Paris est une des villes où le coût de la vie est parmi les plus élevés au monde et qu’en conséquence elle est un environnement hostile pour les jeunes artistes, elle est aussi, paradoxalement, une scène attractive et en pleine effervescence. Une scène où l’on s’organise, tant bien que mal, pour monter des projets en dépit de la difficulté de les financer et de vivre de son travail artistique.

le prix du dynamisme

Cet élan parisien et francilien, que l’on peut faire remonter au début des années 2000 avec les ouvertures simultanées du Palais de Tokyo et du Plateau (espace d’exposition du FRAC Île-de-France), en amont du retour de la Foire internationale d’art contemporain (FIAC) au Grand Palais en 2005, fait pourtant suite à une décennie difficile.

En 1994 en effet, la FIAC quittait le Grand Palais, temporairement en travaux. Temps fort économique mais également critique, communicationnel et institutionnel, cette foire est un événement important pour la visibilité internationale de l’écosystème artistique français. Amenant un public international, la FIAC a des répercussions bien au-delà du marché de l’art, et à l’époque où elle s’éloigne du centre, elle perd en prestige — cependant le marché de l’art n’est pas le seul garant d’un dynamisme que la création artistique parisienne a dû aller inventer ailleurs et autrement.

C’est que, dans le même temps, la ville souffre d’un manque de structures d’ampleur pour la production et la monstration de l’art contemporain à même de pallier l’invisibilité du seul marché de l’art. Paradoxalement, c’est le constat de ce manque qui amène, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, à la création d’un nombre important de petites structures hétérogènes — associations, fondations privées, lieux intermédiaires — qui viennent soutenir le terreau créatif. À Paris naissent, entre autres, Glassbox (1997), l’Entreprise, porteuse du projet Plateforme (1999), Immanence (2000), la Maison Rouge, la Fondation Antoine de Galbert (2000), Kadist Art Foundation (2001) ; et en périphérie la Maison Populaire (Montreuil, 1995), le CNEAI (Chatou, 1997), la Galerie (Noisy-le-Sec, 1999), les Laboratoires (Aubervilliers, 2001), Mains d’Oeuvres (Saint-Ouen, 2001), la Maréchalerie (Versailles, 2004), l’Espace Khiasma (les Lilas, 2004), etc.

Ces initiatives sont diverses tant du point de vue de leur statut que de leur financement et de leur programmation, mais ensemble elles dessinent une nouvelle géographie de l’art en région parisienne. S’il est notable que ces structures accompagnent le désenclavement de Paris et son ouverture progressive vers sa banlieue, il l’est également qu’elles partagent des modes de fonctionnement nouveaux, plus ouverts et collaboratifs, et participent toutes à la formation d’un tissu artistique plus dense et poreux, et donc plus complexe. La scène artistique, traditionnellement partagée entre marché de l’art et institution, devient le lieu de mouvements et de va-et-vient entre une multiplicité d’acteurs.

Cette revitalisation progressive du territoire vient innerver un milieu qui prend conscience de sa diversité et de sa force : la scène artistique que connaît aujourd’hui la région parisienne est en germe. À la fin des années 2000, une nouvelle vague de lieux vient enrichir le tissu artistique en cours de constitution : l’espace Jeune Création (2006), la Fondation d’entreprise Ricard (2007), Bétonsalon — centre d’art et de recherche (2007), Le 104 (2008), Le BAL (2010). De nouvelles formes de collaborations émergent, dans la zone grise entre marché et institution.

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Post-scriptum

Les auteur·e·s de cet article appartiennent au Syndicat Magnifique, un collectif curatorial fondé en 2012 et composé de jeunes commissaires et d’une artiste. Carine Klonowski est plasticienne ; Thomas Conchou, Anna Frera et Victorine Grataloup sont commissaires indépendants en parallèle des fonctions qu’ils occupent actuellement à l’association d’artistes Jeune Création (T. Conchou et V. Grataloup) et au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (A. Frera).

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Publiée dans Vacarme 75, , pp. 111-117.