Vacarme 78 / Vacarme 78

lendemains et veilles de batailles ? éditorial

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On en est là. Monsieur Trump est à la Maison Blanche. En France, on nous promet un duel entre une droite qui balance entre ultra et ordolibéralime, conservatrice, traditionaliste, et une extrême droite identitaire, xénophobe, populiste, aux relents de fascisme : entre Monsieur Fillon et Madame Le Pen.

Partout le monde bascule, se poutinise, se tend, se recroqueville. La puissance des discours de l’extrême-droite est en train de nous exploser à la figure. C’est un fait. Il faut le reconnaître. Savoir le regarder en face. L’hégémonie de ces discours tradis, cathos, réacs, racistes ou ultra-libéraux est là. Elle balaye nos voix. Elle nous fait croire que nous sommes devenus inaudibles. Et ce n’est pas nouveau. Ça fait même un bout de temps qu’on la voit monter, la vague, et qu’on n’arrive plus à rien faire. Ça fait un bout de temps qu’ils travaillent, ces gens-là. Un bout de temps qu’ils se réunissent, qu’ils lisent, qu’ils cisaillent leurs arguments nocifs, et qu’ils diffusent leur pensée en occupant les interstices d’une société fragile, ceux-là mêmes que d’autres ont bien voulu leur laisser (ceux de la misère, du combat social, du sentiment de déclassement, de l’incapacité à faire commun, à accueillir l’autre). Tout ce qui compte à nos yeux semble en train de sombrer.

Oui, cela fait un bout de temps que la société se fracture et se radicalise — il n’y a pas que Daesh qui recrute sur internet, ils le font eux aussi et depuis plus longtemps. Ça fait aussi un bout de temps qu’on se leurre sur le fait que les acquis sont acquis, qu’on essentialise ce à quoi l’on croit sans penser que tout cela est fragile, si fragile, et mérite d’être défendu. Et pas qu’une bonne fois pour toutes, mais chaque jour, tous les jours, tout le temps. Oui, il souffle déjà un bon air de défaite sur le paysage de la lutte sociale, et, semble-t-il, pour longtemps. Reconnaissons-le, les acquis de la lutte auxquels nous tenons tant, n’ont jamais été aussi attaqués, aussi précaires.

Partir de ce constat. Il faut (re)commencer à se (re)demander ce que l’on doit et ce que l’on peut faire. Reconsidérer nos engagements. Notre mode de confrontation à ces discours. Bien sûr il y a la tentation de faire silence, celle du retrait, du deuil, du recueillement, et puis celle du désespoir, profond et sincère, qui prend à la gorge. Mais l’intensité et la réalité des affects politiques qui sont les nôtres résistent au désespoir. Et nos voix, quoique de moins en moins audibles, n’ont pas pour ambition le grand silence. Le chuchotement n’a jamais été notre mode d’expression. Tous les combats doivent être reconsidérés, amplifiés, réarmés et il faut recommencer à faire de la politique, à occuper le champ du discours et l’espace de la rue : c’est une réalité qui consonne non seulement avec un idéal, mais avec une lecture du réel que ni Monsieur Fillon, ni Madame Le Pen n’arriveront à corrompre.

N’ayons pas peur d’affirmer encore et toujours cette nécessité contre tous les vents contraires qui soufflent contre nous, toutes ces petites phrases, ces interventions dans le débat public qui martèlent des propositions assassines, de grands projets ostracisants. Et n’oublions pas que les combats doivent se mener au plus près des situations que tous subissent au quotidien : avec des gestes, des actions situées, avec de grands refus collectifs incessamment renouvelés. Enfin, prenons conscience du caractère minoritaire et malheureusement jour après jour plus imperceptible de nos positions. Pour se réapproprier des modes de luttes que nous connaissons bien, mais que nous n’avons pas réussi encore à faire converger. Et en interventer d’autres, plein d’autres.

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