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Vacarme 27 / entretien Sophie Shihab
entretien avec Sophie Shihab
Vous avez déjà lu Sophie Shihab : depuis treize ans, c’est entre autres par ses articles du Monde que vous sont parvenues des informations sur la Tchétchénie. Elle est l’une des rares journalistes en France à pouvoir témoigner, pour s’y être rendue régulièrement, de l’ensemble de l’histoire de la République tchétchène, depuis la proclamation d’indépendance de 1991 aux simulacres de consultation populaire organisés par le pouvoir russe en 2003. Alors que l’entrée sur le territoire n’a jamais été si contrôlée qu’aujourd’hui, elle continue d’y voyager clandestinement, se faisant passer pour une Tchétchène, jouant de marges de manoeuvres qui se sont encore réduites depuis que la participation de femmes à des attentats s’est soldée par l’extension des rafles à la population féminine.
En matière tchétchène, l’opiniâtreté de la journaliste est de facto, un engagement : fidélité à un peuple dont le sort passe aux pertes et profits des arrangements diplomatiques, et aux Russes, hélas de moins en moins nombreux, qui persistent à refuser de laisser carte blanche à Poutine ; militantisme de l’information qui ne se résout pas au silence des opinions publiques, quand seule une mobilisation internationale pourrait changer la donne. Ce serait mentir d’écrire que le travail de Sophie Shihab donne du courage : mais son obstination à rendre compte de l’existence des Tchétchènes et à déjouer les chausse-trappes des versions officielles permet au moins de contrecarrer le sentiment d’abstraction dont s’autorise en général toute résignation.
Dans ses articles, les faits massifs (grandes manoeuvres, décisions de palais), s’entrecroisent avec une description fine des conditions de vie de ceux qu’elle rencontre, de la façon dont ils perçoivent leur situation, des mouvements de leur sensibilité. Cette méthode, Sophie Shihab l’a mise en oeuvre sur d’autres fronts. Ainsi, de la guerre en Afghanistan à l’intervention anglo-américaine en Irak, elle a pris la mesure, toujours dans Le Monde, des mutations de l’anti-américanisme dans les opinions publiques arabes. Au printemps 2003, elle « couvrait » la guerre en Irak, d’abord dans le sud chiite, puis à Bagdad. C’est à ce titre que Vacarme l’avait rencontrée. Cette interview n’a pas été publiée : au moment de la relecture, elle était en Tchétchénie - injoignable. Partie remise en janvier dernier, à son retour d’Irak, en pays sunnite cette fois, « parce que dans les médias, on voulait que « la résistance parle » ». Ce nouvel entretien suit donc les pérégrinations de Sophie Shihab, de Tchétchénie en Irak. Rapprochement arbitraire qui ne doit qu’à sa « polyvalence » ? Sophie Shihab est trop prudente pour rabattre une expérience sur une autre. Quant aux résonances, au tissage des motifs, à la façon dont dialoguent les deux chapitres de l’entretien, au lecteur de les apprécier.
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