Vacarme 24 / entretien Michel Le Bris

le pirate

entretien avec Michel Le Bris

entretien réalisé par Philippe Mangeot & Jean-Philippe Renouard

« Recoller les morceaux ». Michel Le Bris emploie souvent l’expression. Il désigne par elle l’injonction qu’il s’adressa à un moment charnière de sa vie : entre son départ de la Gauche Prolétarienne, dont il avait été l’un des acteurs, et son travail sur les romantiques allemands, dans l’aventure desquels il lisait la promesse d’une autre radicalité. Recoller les morceaux, donc, entre la politique et le poème, entre l’engagement dans le réel et le désir de fiction.

La question de Le Bris est aussi la nôtre.Depuis son premier numéro, Vacarme cherche à ouvrir un espace commun entre les lieux de la politique et ceux de la culture, et tente d’agencer des questions souvent séparées : les fuites et les rapports de force, les formes de l’engagement et celles de la création, l’Histoire et les histoires, les mouvements et les romans, les figures minoritaires et les urgences sociales. Nous avions au moins deux raisons de vouloir rencontrer Michel Le Bris : parce que ce numéro de la revue est en partie consacré à la mer, dont il a fait son lieu ; et parce que nous partageons au moins avec lui une communauté de questions, sinon toujours de réponses.

Quel Michel Le Bris ? L’ancien de la GP qui passa huit mois en prison pour avoir dirigé La Cause du peuple, ou le fondateur des festivals « Étonnants Voyageurs » un peu partout dans le monde, dont la dernière édition, qui vient de s’achever à Saint-Malo, a rassemblé des écrivains autour de la question des littératures européennes ? L’historien des pirates et des chercheurs d’or, ou l’éditeur de Stevenson, dont la publication de la Correspondance et des Essais sur l’art de la fiction a considérablement contribué à en renouveler la lecture ? L’un des intellectuels qui voulurent voir dans Sarajevo, à l’époque du siège, le lieu où se jouait une certaine conception de l’Europe, ou le commissaire d’exposition sur le vaudou à l’abbaye de Daoulas ? Impossible d’isoler certaines facettes au détriment des autres, au prétexte de nos préférences : Michel Le Bris n’aime rien tant que de raconter des histoires, et les histoires s’accommodent mal de la tentation de l’ordre et du classement. On dit qu’il songe à organiser une exposition sur les Vikings et qu’il co-écrit le scénario d’un prochain film d’Alain Resnais, cet autre « recolleur de morceaux » avec lequel il partage son goût pour les formes mineures. Il y a du Nemo chez Le Bris. On s’en souvient, avant de prendre le large, le capitaine avait été l’un des meneurs de la révolte de Indiens cipayes contre la puissance coloniale anglaise - le genre de type capable de vous prendre en otage si c’est pour vous emmener découvrir des royaumes engloutis, ou de distribuer des trésors pirates aux luttes de libération grecque. La devise du Nautilus ? Mobilis in mobile.

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