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Manifeste (1998) : faire du Vacarme ensemble

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Ce texte, écrit en février 1998, faisait le point sur la revue et le travail à mener pendant l’année qui sépara le n°6 du n°7. Emblématique et programmatique, il n’a rien perdu de son actualité.

Le texte qui suit voudrait être l’amorce d’un débat et, peut-être, d’un travail commun. La situation est la suivante : Vacarme, revue bimestrielle, existe depuis un an et le bilan est, en ce qui nous concerne, mitigé. D’un côté, la revue commence, malgré une diffusion artisanale et une promotion confidentielle, à trouver son public, ses abonnés, a être connue ici et là comme l’un des lieux où quelque chose de nouveau se cherche à gauche. De l’autre, nous touchons aux limites d’un fonctionnement qui nous a vus, pris par la nécessité de produire cet objet, nous éloigner un peu de cette prise directe avec les combats militants dans laquelle la revue devait, et doit encore, s’enraciner. Il s’agit de reprendre contact, et plus encore de trouver une manière de rendre ce contact fécond, pérenne, directement lisible dans les colonnes de Vacarme. De votre côté, peut-être avez vous quelques idées sur l’utilité d’une telle revue, sur les transformations à lui apporter, sur la manière dont elle pourrait être nourrie par les luttes et les travaux actuels. D’où ces quelques pages, entre bilan et programme : pour essayer de préciser

  •  le lieu où nous essayons de nous situer ;
  •  le type de publication que nous cherchons à produire ;
  •  les priorités politiques qui pourraient être les nôtres ;
  •  quelques pistes pour un travail commun.

1. Un nouveau champ politique

Dans son projet, comme dans le parcours intellectuel et militant de ceux qui le font vivre, Vacarme a partie liée avec l’émergence d’un nouveau paysage politique, dont les vocables rassurants de « gauche morale », ou de « renouveau citoyen » peinent à masquer la singularité. On pourrait caractériser celle-ci de plusieurs manières : insister sur les revendications exprimées (le revenu minimum d’existence, la participation des malades du sida à l’élaboration des protocoles thérapeutiques), sur les formes d’action employées (la systématisation de l’activisme et du lobbying), sur la constitution de nouveaux types d’organisation (collectifs, associations, groupements inter-associatifs). Si ces éléments, pris séparément, existaient déjà dans le champ politique, leur mise en conjonction, elle, est effectivement inédite. Mais on pourrait aussi, s’agissant de définir le rôle que peut jouer une revue, souligner un aspect sans doute plus discret, et prendre comme point d’entrée le type d’intellectualité, ou disons (pour faire moins peur) le rapport au savoir qui anime avec insistance la plupart des actions auxquelles nous avons pu, les uns et les autres, nous associer.

Quelque chose a changé, de ce côté-là : quelque chose qui permet au GISTI, association traditionnellement dévolue à l’exercice d’un savoir spécialisé, à la mise en œuvre d’une expertise, d’aller jouer de la corne de brume sous les fenêtres d’un premier ministre. Quelque chose qui permet, à l’inverse, aux journalistes d’écrire : « les chômeurs exigent le relèvement des minima sociaux », sans s’étonner toutefois de ce qu’une telle désignation administrative, compliquée, rebutante dans la connaissance qu’elle présuppose des dispositifs d’aide sociale, puisse devenir un objet de colère et de slogans, être scandée dans la rue. Autrefois, c’était plus simple : les chômeurs demandaient du pain ; les gouvernants traduisaient, avec art, dans une langue inaccessible aux pauvres. Quelque chose, donc, s’est passé - mais quoi ?

Prenons un point de repère, et pardon pour la référence. En 1976, Michel Foucault expliquait, pour justifier la pertinence de son travail, que celui-ci procédait d’une sorte de « couplage »,entre deux types de « savoirs assujettis ». D’un côté, des savoirs minorisés à l’intérieur même des institutions qui assurent la production et la reproduction de la connaissance : par exemple, l’archive, toute cette histoire méticuleuse et grise que l’émergence des sciences humaines « sérieuses » avait relégué au second plan. De l’autre côté, une parole, une expérience propre aux acteurs des luttes sociales : expérience des fous, des prisonniers, tout un « savoir des luttes », qui, parce qu’il n’empruntait ni les mots ni la syntaxe du pouvoir auxquelles il s’opposait, se trouvait du même coup chassé hors du champ de la discussion, et trouvait dans cette relégation même son efficace et sa pertinence critiques. La politique des années soixante-dix aurait donc eu son lieu dans la mise en conjonction, et la légitimation réciproque, de ces deux formes de savoir. Le mouvement anti-psychiatrique, le féminisme, les mouvements de prisonniers en fourniraient de bons exemples.

Si cette analyse me semble importante, ce n’est pas tant parce que nous pourrions, nous aussi, nous y reconnaître — y retrouver le geste par lequel, d’un coup, la parole des malades, des chômeurs, des sans-papiers, est devenue digne d’être écoutée pour elle-même. Le fait est, en même temps, que nous sommes ailleurs. On pourrait, par contraste et un peu à la hache, caractériser la situation présente comme une autre mise en conjonction, née de deux transformations essentielles :

  •  Le discours des minorités (entendues dans un sens très large : tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la norme qu’on leur impose) s’articule, de manière de plus en plus systématique, dans la syntaxe, le lexique, le champ de spécialité et d’expertise au nom desquels on prétend les exclure. Si le GISTI peut aujourd’hui se proposer de faire de l’activisme, c’est d’abord parce que la plupart des associations activistes se sont rapprochées des positions et du type de travail qu’il défendait de manière isolée : acquérir la connaissance des mécanismes juridiques, administratifs, scientifiques ; faire valoir cette compétence pour exiger un droit de regard et d’intervention ; redéployer, à partir d’elle, des alternatives que les pouvoirs réputaient déraisonnables ou dénuées de sens. Appropriation des connaissances réservées ; concurrence avec les instances reconnues comme expertes ; découplage par lequel on montre que tel ou tel problème (l’immigration, la recherche médicale, l’aide sociale, etc) admet, sans sortir d’un discours sérieux et responsable, d’autres traitements et d’autres solutions : tels sont les trois étapes, les trois opérations principales de ce que l’on pourrait nommer une lutte dans le savoir, et qu’il faut distinguer de ce « savoir des luttes » sédimenté, selon Foucault, dans les discours d’en-bas, dans le « savoir des gens ».
  •  Dans le même temps, on assiste au déclassement massif d’une population intellectuelle dont la qualification, la formation scientifique, artistique, universitaire est en raison directe de sa déqualification professionnelle, de son incapacité à inscrire ses compétences dans des cadres institutionnels déterminés, aptes à définir sa tâche et sa fonction. Je ne m’étendrai pas trop sur les aspects sociologiques et historiques du phénomène (Toni Négri a, je crois, écrit de bonnes choses là-dessus). Je me contenterai de demander, concrètement, combien d’associations et de mouvements vivent aujourd’hui de la participation active d’intellos-sans-emploi, d’étudiants-sans-horizon et de thésards-sans-thèse. Combien de chômeurs font vivre les compagnies théâtrales, et combien de comédiens au chômage ? Beaucoup - à en croire, néanmoins, les rencontres et les entretiens que nous avons pu faire dans les six numéros parus. Le fonctionnement interne de Vacarme, sur ce point, est un bon point d’observation : s’il eût été plus simple de le vivre et de le fabriquer tout au long de l’année comme le « bon objet », frivole et propédeutique, pour une bande d’universitaires et d’artistes en attente d’occupations plus sérieuses, le fait est que ce n’était pas ça du tout. L’énergie que nous y avons mise n’avait que peu a voir avec l’angoisse du vieil étudiant dont on fait le jeune cinéma français. Vacarme est sans doute, comme d’autres revues, comme d’autres projets, un effet direct de cette énergie intellectuelle non-liée, littéralement désaffectée par les transformations actuelles de la production.

Hypothèse, donc. Le champ politique serait aujourd’hui traversé de deux mouvements potentiellement convergents : un investissement, par les minorités, du champ des savoirs ; une mise en minorité, non de certains segments du savoir (comme l’archive selon Foucault), mais de pans entiers de producteurs et de praticiens du savoir. Se placer à l’intersection exacte de ces deux mouvements — et y faire une revue. Mais laquelle ?

2. Quelle revue (journal) ?

Au départ du projet de Vacarme, deux hésitations. Hésitation, d’abord, sur la forme et l’ampleur qu’un tel projet pouvait prendre : journal, ou revue ? Diffusion large, et en kiosques, ou restreinte, et en librairie ? Discours généraliste, ou propos de spécialistes ? Hésitation, ensuite, sur la fonction politique d’un tel objet : intervenir, analyser, faire du reportage — et dans quel ordre, suivant quelles priorités ? Tentons un bilan.

  •  A propos du format. S’il semble vain (compte tenu des moyens dont nous disposons) de prétendre s’adresser à tous, mais tout aussi vain de bâtir une revue de plus, cette alternative me semble néanmoins pouvoir être dépassée. Si l’hypothèse que j’énonçais plus haut a quelque validité, cela veut dire aussi que le discours politique (c’est-à-dire universel) ne s’élabore aujourd’hui que dans l’entrecroisement et le renforcement mutuel de discours spécifiques, hautement spécialisés — ceux qu’on lit dans Plein Droit, dans Action, dans Occupation, etc. Que les rédacteurs des trois publications que je viens de citer soient parfois les mêmes ne change rien au problème : il ne suffit pas de juxtaposer ces analyses pour produire un propos politique d’ensemble. Cela veut dire : il faut, avec les mêmes gens peut-être, un autre lieu, déconnecté de l’urgence et de la nécessité de faire valoir ses analyses, de faire avancer ses dossiers, de produire un discours immédiatement représentatif de l’organisation à laquelle on appartient, et productif pour la cause que l’on défend. Ce n’est pas là une affaire de supplément d’âme ou d’écriture : mais les problématiques et les revendications locales auront d’autant plus de force qu’elles pourront se soutenir d’une réflexion générale, qui ne soit pas laissée aux instances traditionnellement investies de cette fonction (les partis - qui, de toute façon, ne le feront pas). Autrement dit : quelque chose se cherche dans cet espace-là, dans cet espace intermédiaire ; quelque chose comme un désir de généralité qui s’enracine dans des mouvements extrêmement « pointus », mais excède leur champ d’intervention. Il y a quelque sens, de ce point de vue, à défendre la nécessité d’une publication précisément située entre la revue spécialisée et le journal généraliste.
  •  A propos de l’angle d’attaque. Un journal peut, vis-à-vis du politique, jouer trois rôles. Il peut aider au repérage des positions des uns et des autres ; dire qui pense quoi, et informer sur les travaux en cours. Il peut intervenir directement dans l’espace public : produire du slogan, du coup de gueule, proposer des alternatives ou appeler ses lecteurs à s’engager à leur tour. Il peut enfin jouer un rôle de laboratoire ; travailler de façon interne et un peu obsessionnelle sur ses problèmes, développer son questionnement propre. Entre les trois, notre cœur a balancé, et il n’est pas sûr que nous ayons su, cette année, rendre lisible la distribution de ces différents points de vue. De là, peut-être, que l’on nous ait successivement, ou simultanément, reproché d’être l’organe d’un club, ridiculement acharné à refaire le monde depuis sa fenêtre, et d’être un peu centre-gauche, de porter un regard tout extérieur sur les luttes en cours. (C’était notre séquence : nous sommes des incompris). Qu’en est-il, aujourd’hui, de cette réflexion ? D’abord, un principe : on ne peut travailler que par affinités électives. Autrement dit, il ne s’agit pas de faire une revue qui surplomberait, pour en tracer la carte exhaustive, le champ politique. La relation avec des groupes et des associations « amies » a nourri Vacarme, et doit continuer à lui donner sa colonne vertébrale. Toutefois, l’objectif d’une telle publication ne peut être ni de constituer un laboratoire interne aux organisations existantes, ni d’être un moyen d’intervention systématique, une tribune : pour cela, il existe des revues, et une presse quotidienne ou hebdomadaire, qui font tant bien que mal l’affaire — mieux, en tout cas, que Vacarme. Mais justement : si Vacarme a un sens, c’est de faire, à partir d’un engagement clairement assumé, ce qui ne peut être fait ailleurs. En particulier, ce peut être le lieu et l’occasion de travailler sur notre culture politique (quelles sont nos références ? nos outils théoriques ? nos modèles, historiques ou internationaux ?), sur nos limites et la manière de les dépasser (qu’est-ce qui bloque, et pourquoi ?), sur nos ambiguïtés et les questions qui restent en suspens — bref de faire, sans prendre pour autant la posture du journaliste, un pas au-delà de ce que nous savons spontanément dire. On peut même y apprendre des choses.

3. Quelles priorités politiques ?

Partons peut-être des deux textes publiés, pendant la campagne des législatives, par Nous sommes la gauche, textes auxquels la rédaction de Vacarme a pu collaborer.

Le premier affirmait : « nous sommes la gauche qui se bat et s’est toujours battue pour toutes les personnes qui subissent quotidiennement l’exploitation, la répression, la discrimination ». Le second s’articulait autour de trois revendications : revenu minimum d’existence, légalisation de l’usage des drogues, liberté de circulation. Évidemment, il y a un rapport : ces trois exigences remettant justement sur le devant de la scène, et presque dans le même ordre, les trois vieux concepts dont le premier texte faisait mention. Il ne s’agit pas de s’en satisfaire, et de louer la cohérence qui nous faisait, alors, subsumer les questions actuelles sous les notions canoniques de la gauche. Au contraire : le combat des toxicomanes, celui des sans-papiers, celui des chômeurs montrent la nécessité, et les linéaments, d’une réflexion renouvelée sur ces trois fronts. Le fait est qu’il faut repenser la répression (en rapport avec les nouvelles formes de contrôle), l’exploitation (en rapport avec les nouvelles formes de travail), la discrimination (en rapport avec les nouveaux lieux où celle-ci s’opère et se renforce). Le fait est, aussi, qu’il y a à repenser le rapport entre ces trois combats, leur coordination - si l’on veut éviter, par exemple, que le revenu minimum d’existence devienne (comme on nous l’objecte déjà) un cheval de Troie des défenseurs de la préférence nationale, et vienne, au nom de la lutte contre l’exploitation, renforcer la discrimination. Le premier objectif de Vacarme pour l’année qui vient serait peut-être de comprendre où et comment, aujourd’hui, se posent très concrètement ces trois questions-là : pour éviter de mettre des majuscules à nos principes, comme si cela suffisait à en conjurer les transformations. Or, ces trois axes ne sont pas sans rapport avec ce qui a tenté de se faire, tout au long de l’année écoulée, dans Vacarme. Trois enquêtes ont été lancées, de manière plus ou moins erratique :

  •  une enquête sur le minoritaire, comme catégorie transversale, dans sa relation avec telle ou telle minorité constituée et en lutte (disons, dans le désordre des parutions : les vieux, les sourds, les homosexuels, les femmes).
  •  une enquête sur les pratiques et les usages — sociaux, intellectuels, artistiques —, en tant que ceux-ci excèdent les cadres dans lesquelles ils s’inscrivent : qu’est-ce qu’un chômeur fait de son chômage, qu’est-ce qu’un cinéaste fait avec la télévision, qu’est-ce qu’un responsable d’ONG fait avec l’humanitaire ?
  •  une enquête, enfin, sur les désirs qui traversent, de l’intime au public, l’espace social, et participent de la constitution des mouvements politiques : Pourquoi les citoyens descendent-ils dans la rue pour défendre quelque chose d’aussi « privé » que la santé ? Mais aussi bien : quelle volonté de savoir anime les spectateurs de films pornos ? Ou encore (car il ne s’agit pas forcément de « bons » désirs) : quels sont les désirs d’un militant FN ? etc, etc.

Évidemment, tout cela a été écrit et transformé au cas par cas, parfois dans un joyeux désordre. Reste que l’on pourrait établir à partir de là une sorte d’architecture du travail de Vacarme : comprendre les nouvelles formes d’exploitation — et explorer, en face d’elles, tout l’étoilement des usages et des pratiques, toute cette production qui s’organise aujourd’hui aux frontières du travail. Analyser les nouvelles formes de discrimination — et promouvoir l’émergence d’une revendication minoritaire, qui renverse et subvertit le jeu des normes sociales. Repérer les nouvelles formes de répression - mais affirmer aussi l’insistance des désirs qui leur font face, et de leurs agencements politiques. Tout cela, sans oublier en même temps que ces questions se croisent dans chaque lutte politique concrète ; sans oublier, aussi, que l’on ne fait pas un journal comme on trace un schéma. Disons que ce sont des pistes, et des points de rencontre possibles entre la revue et les mouvements politiques actuels. Il faudrait en parler.

4. Que faire ensemble ?

Ici comme ailleurs, tout reste à discuter. Voici en tout cas quelques propositions, pour entamer la discussion :

Nos besoins sont de deux ordres :

  •  d’une part, il nous faut renforcer et stabiliser une équipe rédactionnelle, autour de ceux qui, jusqu’ici, ont produit Vacarme — et dont certains se sont éloignés, et nous manquent. Participer à la rédaction de Vacarme n’est pas forcément une charge très lourde : contrairement au fonctionnement qui a prévalu pendant notre première année de parution, nous souhaitons autant que possible dimensionner l’objet en fonction des énergies des uns et des autres, plutôt que l’inverse... Concrètement, Vacarme 98 sera trimestriel, aura peut-être un peu moins de pages, verra son rubriquage simplifié (toutes les propositions, idées, critiques sont ici bienvenues).
  •  d’autre part, nous souhaitons constituer, autour de Vacarme, une sorte de « comité éditorial », qui aurait un rôle de pilotage, de boîte à idées, et qui pourrait porter un regard extérieur, de numéro en numéro, sur le traitement et le suivi des dossiers. Et puis (on peut rêver), un tel comité pourrait peut-être être l’occasion de faire de Vacarme un peu plus qu’un revue, de mobiliser autour de revendications transversales, d’actions ponctuelles, lecteurs et collaborateurs. Projet qui reste hors de notre portée, tant que ceux qui fabriquent Vacarme ont les mains, et un peu plus que les mains, prises dans l’élaboration du journal.

Le rapport de Vacarme avec les organisations et mouvements politiques actuels peut se jouer à différents niveaux. Quelques exemples :

  •  Nous souhaitons mettre en place, dans la nouvelle formule qui paraîtra à l’automne, une rubrique consacrée a notre actualité politique. Il s’agira dans celle-ci de faire connaître l’état des revendications, des problèmes en suspens, des modes d’action utilisés, sous la forme d’une série de textes courts rédigés par la rédaction ou, plus directement, par des militants. L’idée, encore une fois, n’est pas de constituer une tribune, de faire écho à une parole représentative : plutôt de faire état de tout ce halo de réflexions, d’idées, de questions d’organisation et de tuyauterie, de textes restés lettre morte, qui entoure la vie des associations et lui confère son dynamisme (c’est pour cela aussi qu’on aime militer, non ?).
  •  Les dossiers de Vacarme peuvent également être nourris par un travail commun, comme cela a été le cas cette année, plus particulièrement dans la rubrique Minorités (je pense au dossier du n°2 consacré aux Sourds, et réalisé en collaboration étroite avec les Sourds en colère). Ce pourrait être l’occasion de faire le point sur des questions qui, pour être « marginales » dans le combat quotidien, n’en sont pas moins importantes et transversales : par exemple, le problème de la sécurité ; celui des « papiers » ; celui de la famille ; celui des rapports entre politique et administration, etc. Dans nos cartons, il y a aussi l’idée d’une rubrique régulière, qui verrait se rencontrer (sous la forme d’une interview réciproque) une association et un chercheur (par ex, André Gorz et AC !...).
  •  Vacarme peut également être une pièce dans le travail de réseau entrepris par certaines associations. Par exemple, en faisant régulièrement une place à l’international, non du point de vue des politiques gouvernementales (le Monde diplomatique le fait très bien), mais de celui des mouvements militants. Où en est-on du syndicalisme européen ? Des relations entre chômeurs allemands et français ? Comment la politique d’immigration de la France est-elle vécue en Afrique ? Toutes choses que Vacarme n’a pas les moyens de faire connaître seul (nous ne disposons pas encore de beaucoup de bureaux à l’étranger), et que les associations n’ont pas forcément la possibilité de faire savoir au-delà de leur propre réseau. Décloisonner l’information internationale, en connectant une revue aux réseaux militants : on peut rêver...

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