Vacarme 14 / processus processus
rencontre avec Renée Lichtig
Adolescent, on fréquentait la cinémathèque du Vieux Nice. On ne choisissait pas les films, le pensionnat était là pour décider que ce seraient les séances du mercredi après-midi, jour de sortie autorisé. Là, dans la salle vétuste, la magie originelle du cinématographe opérait toujours, entouré de vieilles dames, souvent les mêmes. On projetait des films muets italiens où l’on parlait beaucoup avec les mains. On imaginait qu’autrefois les vieilles dames avaient été actrices de cinéma, étaient les actrices du film que l’on regardait ce jour-là sur l’écran. Et peu importait ce que l’on avait vu quand on regagnait le dortoir le soir venu. Moonfleet, Eshnapur, Vera Cruz et Malibu se confondaient dans le même souvenir. Plus tard on apprit que des chasseurs de trésor d’un drôle de genre consacraient leur temps à sauver les images du passé. Toutes les images. Et les fantômes revinrent à notre rencontre avec la magnificence qui était la leur lorsqu’ils étaient apparus à Berlin, Moscou et Paris dans les années 1910 et 1920.
Ces chasseurs de trésors d’un genre particulier œuvraient à retrouver, puis montrer des films après les avoir restaurés. Ils se consacraient entièrement à sauver la mémoire des images. L’un des premiers d’entre eux s’appelait Henri Langlois, il avait inventé la Cinémathèque Française ; d’autres, partout dans le monde, avaient suivi son exemple. Tel chef d’œuvre qu’on croyait perdu avait été miraculeusement retrouvé dans les caves d’un asile psychiatrique norvégien, tel autre avait été patiemment reconstitué à partir de bobines récupérées aux quatre coins du monde. Lucie et Renée Lichtig. La première née à Vladivostok, la seconde à Shanghai. La première a travaillé comme scripte avec Max Ophüls, Nicholas Ray, John Huston ou Joseph Mankiewicz. La seconde a été la monteuse des derniers films de Jean Renoir, a collaboré aux côtés d’Henri Langlois à sauver de nombreux films comme La Symphonie nuptiale d’Erich von Stroheim - elle travailla à la restauration de la version souhaitée par le cinéaste. Petites mains, Lucie et Renée ont été scriptes, monteuses, restauratrices ou animatrices de la Cinémathèque Française. Les vies des deux sœurs racontent un siècle du cinéma. Lucie disparue en 1999, Renée, qui fut, quinze années durant, restauratrice en chef de la Cinémathèque, se souvient. Aux côtés de Mary Meerson, Marie Epstein et Lotte Eisner, elle fut le quatrième mousquetaire d’Henri Langlois.
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