Vacarme 15 / chroniques

le cirque d’hiver

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- Ne me pardonne pas, ne m’oublie pas.

L’écho rebelle, le vrai cirque d’hiver, qui retenait les mains, maintenait le spectacle : d’éperdus mouvements gymnastiques torsadaient le jeu de leurs corps, leurs séquences nouées ; tous les yeux sont fermés, Raphaël pleure doucement. Tant que le sol fume, la situation est sans appel : face noire, claire, on se croirait presque chez les Lotophages.

Ils avaient rassemblé des planches qu’ils faisaient brûler dans une brouette. La lumière du brasier prolongeait des mèches, presqu’invisibles dans la luminosité du ciel. Malgré l’hiver glacé, les acteurs évoluaient à moitié nus, la scène présente devant évoquer le sol brûlant sous leurs pieds, ils couraient dans les rues et heurtaient des voitures. Leur désœuvrement rappelait le film d’une naissance, ils se taisaient entre les cigarettes qu’ils maniaient comme des bougies. En plein après-midi ils rentraient pour fermer les persiennes.

Les trains ne roulaient plus qu’au tiers de leur fréquence ; des systèmes de cars les relayaient sur les courtes distances. Les voyageurs circulaient comme des navires en porcelaine. On s’étonnait parfois de les entendre encore parler.

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Publiée dans Vacarme 15, , page 95.